LIVRE III
RÉSURRECTION D'UNE VILT.E
ROOS N KN VODLONS PLUS.
JA ville où nous arrivons est belle, alignée, policée ; elle a des ruines, des monuments, une histoire ; plusieurs de ses carrefours sont ornés des statues de ses propres grands hommes. Elle s'enorgueillit de deux ou trois écoles centrales; elle est chef-lieu administratif, militaire, judiciaire ; elle a deux académies et un préfet qui a fait jouer des vaudevilles en son jeune temps. Avec tout cela, cette ville pouvait bien se passer de catéchisme, et, en effet, ses doctes disaient, tout comme Oscar : « Nous n'en voulons plus ! »
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Il n'y avait que quelques femmes qui en voulussent encore. Elles étaient peu connues. Le reste appartenait à la philosophie. Le dix-huitième siècle régnait là sans partage. Quelle fière ville ! Les lumières y abondaient si rayonnantes, si fortes, si souveraines, qu'un jour on avait chassé ï'évèque.
Les gens du pays UQ se laissaient point disputer celte palme. Partout où ils se trouvaient, ils faisaient valoir leur gloire ; ils racontaient comment ils s'étaient délivrés d'un prélat fanatique, et ils disaient aux plus orgueilleux : « Quand vous en aurez fait autant, nous vous croirons avancés! »
L DTIN CELLE.
In homme vint chez eux épouser une de ces filles chrétiennes dont leur fierté faisait peu de cas. C'était un rêveur, un liseur, un esprit chimérique, pis encore : c'était un converti. On disait de lui des choses invraisemblables : poète, bon poète, il avait, par dévotion, brûlé ses propres vers. Un directeur des hypothèques qui composait des héroïdes h. l'imitation de Colardeau,
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et un conseiller de k €oar qai pabliair tous les ans des stances à Églé dans le recueil de la Société royale d'Agriculture, traitaient de fable Thistoire de ce sacrifice; ils n'y crurent jamais.
Le poète resta dans ce pays, précisément parce qu'il aurait eu du goût pour en habiter un autre. Il était instruit, point renfrogné, bon causeur dans les deux, langues : celle du ciel qu'il apprenait, celle du monde qu'il avait parlée avec délices. On convint que, sauf la dévotion , il était homme d'esprit , et honnête homme.
« Mais, dit- il aux plus abordables, que trouvez-vous donc d'étrange à ce que je sois chrétien ? Penseriez-vous ne l'être pas vous-mêmes? »
On entrait en débat, en examen, en lectures.
Un pauvre incrédule , qui a accepté son incrédulité toute faite, sans regarder, comme une monnaie courante, mais (jui d'ailleurs est doué d'intelligence et de probité, s'il se laisse franchement aborder par un chrétien, ne résiste guère. Aussi ces oiseaux, je parle des incrédules, sont-ils de ceux qui n'aiment pas qu'on les approche. Ils ont entre eux de certains cris pour s'avertir réciproquement de la présence du chasseur, et ils prennent la volée. Par bonheur, notre poète, en ayant deux ou trois sousla main, put les priver.
« Vous voyez , leur dit-il, vous croyez comme moi : il y a un Dieu créateur, il y a un Dieu rédempteur, et c'est le même Dieu; mie religion vraie, consofatrice,^ réparatrice, et c'est la religion catholique, apostolique, romaine, hors de laquelle il n'est point de salut. Le
monde est ia mer, la vérité est le navire ; il faut vivre sur le navire ou périr sous les flots.
« — Oui, dirent-ils.
« — Allez donc à confesse, » repril Tapôtre.
Ils y allèrent.