OBJECTIONS DU PUBLI CISTE GIBOU
r REMiÈRE OBJECTION. — Le publicistc Gibou, futur membre [de l'Académie des sciences morales, se fait la part du lion. Quand d'autres se bornent à foudroyer les ordres religieux, lui, Gibou, sans dédaigner d'anéantir par-ci par-là quelque Capucin, quelque Jésuite, il se prend à l'Église in globo ; il s'en prend à Dieu même, lorsque Dieu se permet de faire un miracle. Le publiciste Gibou n'ignore pas que cet adversaire est fort, ou que tout au moins il a souvent l'opinion pour lui. Avant de l'attaquer, Gibou prend des précautions oratoires. Je ne
sais pas si vous penserez comme moi, mais les précautions oratoires de Gibou contre le bon Dieu me paraissent charmantes. Écoutez :
« Le respect profond et sincère que nous portons à la « religion nous fera toujours distinguer soigneusement « le dogme, la morale, le culte, Thistoire authentique du « Christianisme et les véritables droits du clergé, des « fausses doctrines, des pratiques superstitieuses, des « jongleries et des prétentions absurdes ou coupables « des spéculateurs en religion. »
Aimable homme ! l'Église n'est-elle pas heureuse qu'on vienne ainsi l'aider à distinguer des choses qu'elle a le malheur de confondre souvent? Mais voyons le distinguo de M. Gibou :
« A Dieu ne plaise que nous voulions jamais déverser « le mépris et le ridicule sur les miracles de l'Évangile « et sur les pieuses traditions que l'Église a consacrées; « mais, dans Vintérêt même de la foi et des croyances « respectables^ nous croyons utile de livrer à la risée « publique les contes puérils qu'on s'efforce de nouveau « d'accréditer dans le peuple, et les tours d'adresse que « de hardis escamoteurs prétendent appeler au secours « do la prédication ou substituer à l'autorité du bon « exemple. »
En d'autres termes,^ M. Gibou reçoit les « faits accomplis ; » mais, pour l'amour de Dieu, qu'on n'y ajoute pas! Restons-en à l'Église et à la tradition, c'est bien assez; la foi de M. Gibou n'en saurait porter davantage. S'il avait vécu du temps de saint Bernard, il aurait trouvé souverainement déplacé que saint Bernard rendît la
lumière aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la paix aux possédés, le mouvement aux paralytiques, la vie aux morts. Dans Yintérêt de la religion il se serait empressé de livrer le tout à la risée publique ; et ainsi eût été empêchée la seconde croisade, principalement déterminée par ces tours d'adresse du moine de Glairvaux. A quoi tiennent les choses !
StQOITDE OBJECTION.
yuEsi l'on veut savoir pourquoi M. Gibou pourchasse ainsi les faits surnaturels, son motif est louable : les miracles l'empêchent de croire en Dieu, ce bon sire ! « Rien, dit-il, ne détruit plus efficacement chez les « hommes sensés le désir de croire, que l'appareil ridi- « cule de la sorcellerie des thaumaturges modernes; rien « n'est plus opposé à la vraie morale et à la piété « sincère, que les récits d'absurdes merveilles à l'aide « desquelles on cherche à faire non des honnêtes gens. « mats des sots; non des chrétiens, mais des dupes. » Voilà I
Je rends pleine justice aux sages et religieux senti-
ments de M. Gibou ; mais qu'il consente à raisonner un moment.
Il y a des miracles dans l'Évangile, et M. Gibou, qui daigne les ratifier, reconnaîtra bien qu'ils y sont pour quelque chose. Sans s'exposer, il peut admettre que Dieu ne déroge pas aux lois de la nature sans avoir un but.
Quel a été ce but? Apparemment celui que l'Église et le bon sens nous révèlent : prouver par des faits merveilleux la divine mission du Sauveur, faciliter ainsi l'adhésion des peuples aux vérités qui allaient les régénérer.
M. Gibou accepte-t-il cette explication? Allons plus loin.
La mission du Sauveur a été continuée par les Apôtres, et les Apôtres, à leur tour, ont fait des miracles assez notoires. M. Gibou mourrait plutôt que d'en douter ; car les Actes des Apôtres, actes authentiques de ces miracles, font partie intégrante des pieuses tradition^ que l'Eglise a consacrées.
Poursuivons.
Les Apôtres sont l'Église, et l'Église continue depuis eux la mission qu'ils ont continuée depuis le divin Maître... Ici, nous le savons bien, quelques doutes arrêtent le penseur Gibou, mais c'est qu'il ne réfléchit pas. Du moment qu'il respecte profondément et sincèrement \a. religion, le chrétien Gibou ne peut manquer de concéder encore ce point ; car autrement rien ne pourrait lui paraître moins respectable que la religion, qui nous en fait un article de foi.
Or, si rÉglise, les Apôtres et le Sauveur ne font qu'un, si leur mission n'est pas terminée, si les mêmes incrédulités qui ont dressé le bois du Calvaire sont prêtes à le dresser encore ; si les mêmes passions émeuvent le cœur de l'homme, l'entraînent aux mêmes crimes, le retiennent dans le même aveuglement; si tant d'idolâtres et d'infidèles restent à baptiser sur la terre, si tant de baptisés restent à convertir..., pourquoi la miséricorde divine n'userait-elle plus des moyens qu'elle jugea nécessaires dès le commencement? Pourquoi ne ferait-elle pas des miracles spontanés? pourquoi n'en accorderaitelle pas à nos prières? Lorsqu'un prêtre, ou un simple fidèle, avec une foi pareille à celle de saint Pierre, prie Dieu de guérir un paralytique, pourquoi le paralytique, aussitôt guéri, ne se lèverait-il pas à la vue de tout un peuple naguère incrédule, que va convertir ce signe éclatant? Nous voudrions entendre là-dessus les objections du respectueux Gibou. Est-ce que Dieu ne serait pas aujourd'hui dans son droit aussi bien que du temps des Apôtres ? Et nous, serions-nous forcés de nier ce que nous aurions vu, parce qu'il plairait à un butor de crici qu'il ne le voit pas ?