LES FAITS QUI BLESSENT M. GIBOU
Gibou cite quelques-uns de ces faits qui détruisent efficacement y chez lui, le désir de croire. Le premier, c'est la guérison miraculeuse d'un élève du collège des Jésuites à Fribourg. Ce miracle lui est odieux comme antiuniversitaire. « Voilà, dit-il, une concurrence que l'Université refuse de soutenir : elle ne peut offrir aux familles que des médecins qui ne font pas de prodiges. » Il a raison, l'Université aussi. Mais cela ne prouve pas qu'un miracle n'ait pu guérir l'élève de Fribourg, et que, guéri par un miracle, l'élève ne soit aussi bien guéri que beaucoup d'autres personnes le sont pour ainsi dire journellement, même en France, parles mêmes procédés. Car la vérité est que ces sortes de guérisons se multiplient, et que la risée publique n'y peut rien. Il semble que Dieu se plaise à réfuter M. Gibou; et pourquoi pas? Nul soin n'est audessaus de Celui qui a promis qu'un cheveu ne tomberait point de notre tête sans sa permission. Il existe, à Kaldern et à Capriana, dans le Tyrol,
deux saintes filles, dont l'une est en état presque permanent d'extase, et l'autre porte sur elle les stigmates sanglants de Notre-Seigneur. Des milliers de personnes '■'I de tous les pays, de toutes les conditions, de toutes les sectes chrétiennes, ont vu les deux extatiques et ont. attesté par écrit les étranges phénomènes qu'elles offrent aux investigations de la science et au respect de la religion. M. Gibou se fâche contre ces deux humbles filles, qui ne s'occupent guère de lui ni du monde, et qu'importune assez l'immense concours des curieux. Il reproduit deux passages d'une relation en excellent style, donnée par un Français, témoin oculaire, qu'il se garde prudemment de nommer, étant difficile de faire passer ce témoin pour une dupe ou pour un sot : c'est M. Edmond de Cazalès, homme grave, homme distingué, écrivain d'un mérite supérieur, à qui l'on ne peut reprocher que d'être catholique et prêtre; mais il n'était pas prêtre lorsqu'il a raconté ces choses, qu'il avait vues et touchées après tant d'autres, et que tant d'autres peuvent voir et toucher après lui. D'ailleurs il n'a pas parlé seul : il existe un recueil des témoignages italiens, allemands, anglais, qui concernent les vierges du Tyrol. On y lit une narration du philosophe allemand J. Gœrres. M. Gibou art-il entendu parler de ce Gœrres? Il ne passe pas pour imbécile en Allemagne. Le médecin de Domenica Lazarri a fait un long rapport sur sa malade; lord Shrevvsbury, le prince-évêque de Trente, l'évêque de Sidney, M. Ernest de Moï, professeur de droit à Munich, ont donné des attestations : tous ont vu. Que M. Gibou se procure ce petit volume; il croira à l'état surnaturel
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de l'extatique et de la stigmatisée aussi pleinement qu'il croit à l'existence des omnibus. Qu'il fasse mieux : le Tyrol n'est pas si loin : qu'il aille voir, et qu'il explique ce qu'il verra. S'il peut démontrer l'absence de tout prodige, il obligera la science, qui est fort déconcertée; il obligera aussi ces deux pauvres filles, qu'il pourra guérir! de leurs maux ; il obligera enfin tout le Tyrol, qui se rend par processions auprès d'elles et qui en revient fort superstitieux. Si j'étais M. Gibou, je ne manquerais certes pas l'occasion. Avant défaire la guerre aux miracles, je voudrais en détruire un.
M. Gibou s'égaye ensuite sur un récit qui circule, dit-il, dans certains de nos départements, et où l'on dit, entre autres choses exorbitantes, qu'un très-grand nombre de maladies ne sont que des résultats de l'action surnaturelle des démons, et ne se guérissent que par le jeûne et la prière. Je ne suis pas médecin, mais, en vérité, cette théorie ne me paraît pas folle. Pourquoi le diable ne pourrait-il pas produire des maladies? Il inspire bien des livres, des articles de journaux; il donne bien la maladie de l'invention à tant d'esprits gâtés que la prière et le jeûne pourraient aussi guérir !
COHCLUSIOJI C^ITTRE I.B FVBLICISTE CIBOO.
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JT puis, qu'importent tous les miracles extérieurs? Qu'on en produise de faux, c'est un crime ou une sottise ; qu'on nie en masse les miracles et la possibilité des miracles, c'est une absurdité manifeste, et voilà tout. Je me demande ce que M. Gibou prétend prouver par ces faits si puérilement rassemblés et si maladroitement contestés. Il croit en Dieu créateur et rédempteur, ou il n'y croit pas. S'il croit, qu'il se mette à genoux, qu'il honore les saints, qu'il obéisse à l'Église. S'il ne croit pas, qu'avons-nous à faire de ses enseignements, nous qui croyons ? Quel profit attend-il de ses objections niaises? Il parle de son respect. Le respect, c'est d'adorer ! Il se trompe étrangement s'il pense qu'il nous fera recevoir ses frivoles arguments contre nos croyances parce qu'il leur tire, en passant, son chapeau. Il n'espère pas séduire les chrétiens instruits ; il sait que les chrétiens ignorants ne le lisent guère, et que ce sont surtout ceux-là qui se trouvent, peut-être avec raison.
conlinuellemcnt enveloppés et pour ainsi dire revêtus de miracles. A qui en veut-il? A la masse prétendue éclairée. Cinquante années de révolutions Tout rendue hostile ou indifférente aux choses de la religion, mais en elle fermentent comme un levain inconnu ce souvenir oublié du baptême, cette aptitude à croire, ce besoin de trouver Dieu auquel les peuples échappent encore moins que les individus. Voilà le danger qui oblige le publi- «iste Gibou d'aiguiser sa rhétorique : il cherche des paroles pour conjurer la mer qui monte, pour glacer la sève qui revient.
Hélas! ami Gibou, combien il faut que vous soyez audessous de cette tâche pour que vous n'en désespériez pas! Raisonnez donc, cher homme : si la religion avait besoin d'inventer des miracles, il serait fort inutile de la combattre, attendu qu'elle serait morte déjà ; et, si elle n'invente point ceux qu'elle proclame, [il est fort inutile encore que vous les contestiez, vous qui n'avez que votre logique à leur opposer.
Vous ne luttez pas seulement contre des faits évidents, palpables, permanents, autrement éloquents que vous et BQOi : dans le cœur de l'homme aussi les miracles abondent, et quiconque, de bonne foi, se considère, devient pour soi-même un vivant miracle. En vérité, Gibou, l'homme qui vous parle en ce moment vousa ressemblé. Il a été sourd, et il a entendu; aveugle, et il a vu; paralytique, et il a marché : il était mort, une parole d'en haut l'a fait revivre. Le bois sec sur lequel j'écris reverdirait soudain, reprendrait sa sève, ses fgailles, ses fleurs, que ce prodige n'égalerait pas les miracles accom-
plis dans une âme revenue à Dieu ; car là aussi la vie remplace la mort, la lige desséchée reverdit, se couvre de fruits, s'élance vers le ciel. Voilà quels faits ravissent des milliers d'intelligences, tandis que vous refourbissez vos vieux arguments; voilà ce que vous vous avez à combattre! Vous travaillez à nous prouver que nous ne pouvons pas croire; vous êtes en arrière de plusieurs années : votre tâche est maintenant de nous prouver que nous ne croyons pas.
Continuez pourtant, puisqu'il paraît que .Dieu vous y condamne ; agitez ce vieil arbre catholique toujours couvert d'une graine féconde : plus la tempête sera forte, dIus la semence ira loin.