‹ Ça et la (volume 4)Chapitre 13 sur 98 · EN SAVOIE · texte numérisé non relu

EN SAVOIE

1 ARTONS. Voici Cluses, voici Sallanches. Il y a bien encore par ici des aubergistes. Si nous ne sommes point écorchés, nous sommes au moins raclés.

Mais c'est la Savoie, une bonne terre catholique. Paix à l'auberge de Sallanches ! Propter fratres meos et proximos meos, loquebar pacem de te.

Aux portes de Sallanches un aveugle nous joue la Marseillaise sur son violon mourant. aveugle ! quelle est ton idée?

S8 DU MARIAÛE Et DE GtlAMOUNlK.

Le roi de Sardaigne t'a-t-il ordonné de te moquer de nous? Veux-tu au contraire flatter nos oreilles françaises? Voilà tes cinq centimes; merci de Tintention.

II n'est pas bien étonnant que les aveugles en soient à la Marseillaise dans un pays où les voyants en sont à Rousseau. Ce roi de Sardaigne est un bon roi \

Il ne donne pas à son peuple toute la liberté que les avocats désirent ; mais il lui donne la justice et la paix, et cela ne coûte pas cher.

Roi de bonnes mœurs. Une dame lui demandait un souvenir ; il lui fit remettre Vlmilation de Jésus-ChrisL Il se défend bien .de cette jolie vermine des cours.

Il remplit gratis la tabatière des Capucins; tabatière utile pour commencer les conversations qui finissent par des confessions.

Grands travaux publics, petit budget, tranquillité parfaite! Le bonheur des peuples ne dépend pas delà forme, mais de la sagesse des gouvernements.

 la vérité, quand la forme est bonne, la sagesse est plus facile. Un roi maître chez lui et maître de lui-même^ excellente constitution !

G^était ie roi Charles-Albert, en 1845.

Roi, que Dieu vous conserve longtemps ! Que vos successeurs, animés de votre esprit, conduisent dans la paix les enfants de ceux qui vous aiment !

Les peuples sont fidèles aux rois qui sont fidèles à Dieu. De tels maîtres, vigilants et justes, pourvoient aux .abus que l'esprit de révolution promet de délruire.

Les mensonges sont impuissants lorsqu'ils n'ont pas l'appui de l'indignation publique. Laissez les aveugles jouer la Marseillaise sur vos grands chemins.

Nous rencontrons un officier piémontais, garçon joufflu. Il a une jolie voix dont il amuse sa jolie femme.

« Monsieur l'officier, plusieurs de vos écrivains sont célèbres chez nous. Vous avez Silvio Pellico. — Silvio Pellico? Ah! Si!,,, un ipeiii vioux.

« — Vous avez Vincent Gioberti. — Gioberti ? Il est mort ? — Non, il est en exil. — Ah ! oui ! inesilio; Gioberti, en ezil... Nonmiricordo questo Gioberti.

« - Vous avez Balbo. — Si, si, Balbo. .. gran geografo ! — Non, le géographe, c'est Balbi. — Bene, Balbi. Lo conosco molto. Hafatto oune zéographie... beilissima! »

Je voulais avoir son opinion sur les Speranze cfltalia. Je trouvai qu'il me la faisait assez connaître. Brave homme ! je l'aurais embrassé.

Assurément Ton pourrait sans honte être plus instruit. Mais tant de gens savent tout ! Il est doux d'en rançon* trer qui se contentent de ce qu'ils doivent savoir.

Celui-ci savait la charge en douze temps : il chantait pour amuser sa femme. Qu'avais-je à lui demander?

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