‹ Ça et la (volume 5)Chapitre 25 sur 72 · LA FLAMME · texte numérisé non relu

LA FLAMME

Sans compter les indigents qu'ils ont mariés et côux qu'ils ont nourris, que n'ont-ils pas fait, après v'ngt ou vingt-cinq ans ! Que d'idées remuées, que d'esprits éclairés et confirmés !

Aux portes de la ville, il existait une chartreuse que les propriétaires allaient abattre pour en vendre les pierres : ces catholiques l'ont rachetée, restaurée, ressuscitée ; ils y ont mis des chartreux. On y chante sans fin les louanges du Dieu étemel, qui facit sterilem in domo matrem filiorum lœtantem.

Un jour, certain gentilhomme, jeune, riche, aimable, amoureux de toutes les vanités, cherchant le nK)nde, cultivant les arts, courant les plaisirs, et qui riait des dévots, se demanda pourtant où il allait, et s'il faisait de son esprit, de son cœur, de sa for-

RESURRECTION D*UISE VILLE. 431

tune, de sa vie, ce qu'il en fallait faire. Il se prit à méditer, il pria, il se reconnut. « Allons, dit-il, je suis chrétien. » Il aurait pu le dire comme Polyeucte : Je suis chrétien^ NéarquCy et le suis tout à fait. On le vit borner son train, réduire sa dépense et en môme temps donner au delà de ses revenus.

— Vous vous ruinez, lui dit-on.

— Non ; mais, grâce à Dieu, je me dépouille.

Il donnait un pré, une vigne, une rente, uu jour les meubles, un autre jour Targenterie, un autre jour la maison. Il avait un beau tableau, un Claude Lorrain, qui ne pouvait pas trouver place dans une église : la pensée lui vint de le mettre en loterie pour les pauvres. L'autorité s* arma de vertu et ne voulut point autoriser ce jeu de hasard. Qu'à cela ne tienne! dit-il. Il acheta lui-même le tableau, et l'ayant payé dans les mains des pauvres, il l'envoya à l'autorité municipale, la priant de vouloir bien ei orner son musée, où justement les Claude Lorrain manquaient.

Cette aventure le mit en goût de faire des cadeaux à sa ville. Il lui restait une maison : il prend ses mesures , appelle les maçons , les menuisiers , les peintres ; et enfin il offre à ses compatriotes un beau couvent de Frères-Prêcheurs, avec cloître, cellules, bibliothèque, chapelle, salle capitulaire, et six dominicains dedans, vêtus de leur robe angélique, vivant et servant Dieu suivant la règle de leur saint fondateur.

Pendant que ee converti travaillait de la sorte.

132 RÉstnaECTiON d'une ville.

replantant le grand arbre de saint Dominique dans cette ville trop fière d'avoir chassé son évêque, il y avait une noble fille, d'un grand noni, d'une grande beauté, d'une plus grande vertu, qui tout doucement, avec un esprit charmant et un sourire céleste, bâtissait un mur de clôture autour de sa maison, dont elle avait fait, depuis quelques années déjà, une école d'orphelines et un atelier de couture. Peu a peu, le règlement de cet atelier devenait une règle, la maîtresse et les sous-maîtresses devenaient des sœurs, l'engagement de travailler pour le bien des pauvres enfants qu'on avait recueillies devenait un vœu. Dans le costume, on laissait la soie pour la laine et la laine pour la bure ; le châle se changeait en guimpe, le chapeau des dames était remplacé par l'humble bonnet des servantes de Jésus-Christ. A la fin, il se trouva que tout cela faisait une congrégation religieuse et un couvent. L'autorité municipale s'émut; elle vint frapper à la porte :

— Madame la comtesse, à quoi vous occupez-vous ici?

— Messieurs, nous apprenons à coudre, nous cousons et nous vivons de notre travail.

— Alors, madame, c'est une entreprise industrielle.

— Oui, messieurs; une entreprise qui décharge la ville d'une centaine déjeunes filles sans appui, sans asile et sans pain.

— Nous ii'tMitrons pas dans ces détails-là, madame. Vous demandez de l'ouvrage, vous le faites,

on VOUS le paye ; c'est du commerce. Avez-vous une patente ?

— Mille pardons, messieurs, je n'y avais pas songé.

La noble dame se mit en règle, et Tautorité municipale eut la joie exquise de lire sur le registre de ses patentés : « Madame la comtesse de..., couturière. »

Cela ne fit pas moins un couvent de plus.

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