UN MAUVAIS PAUVRE
Cyprien, dit Etienne, ce tableau de la pauvreté saine et sainte ne vous faiWl pas songer à quelquesuns de nos pauvres de Paris, et notamment au fameux Miron?
Cyprien haussa les épaules avec tristesse. Suzanne et Sylvain demandèrent ce que c'était que le fameux Miron.
— Miron, reprit Etienne, était le gueux parisien complet et raffiné, la perfection du genre. Il aurait pu figurer à la grande exposition de la grande industrie, si l'on avait eu la sincérité d'y ajouter une
annexe pour les produits humains de Tindustrie so* ciale et politique moderne.
Miron savait lire» écrire et même parler* Il était inventeur, orateur, philosophe, plein d'opinions variées sur toutes choses, ingrat, paresseux, ivrogne, insolent. Il battait sa femme et ses enfknts et se mo* quait de nous ; et tout en battant ses enfants et sa femme et en se moquant de nous , il a su pendant plusieurs années tirer de nous de quoi se griser à peu près tous les jours. Voilà une vue d'ensemble du citoyen Miron, homme libre, fameux par ses aventures, par son beau langage, par les échecs qu'il a fait subir à tous ceux qui ont entrepris de le tirer de la crapule.
C'était une des cinq mille pratiqms de la sœur Rosalie. La bonne sœur me l'avait donné, ou plutôt lui avait fait cadeau de moi. Le trouvant un peu lourd, je le communiquai à Cyprien, qui me relayait de son mieux. Miron m'apparut, la première fois, coiffé d'un chapeau sans rebords, vêtu d'un habit noir sans boutons, chaussé de bottes vernies sans semelles ; tout le dehors de la vilaine misère, avec la trogne enluminée, la langue épaisse et une forte odeur de vin et de tabac. Cette odeur néanmoins me rassura un peu. Je vis qu'il n'avait pas encore passé à l'eau-de-vie. Avant Teau-de vie, il y a quelquefois de la ressource ; après l'eau-de-vic, il n'y en a plus.
Il me dit noblement qu'il était artiste tailleur, sans ouvrage, vu la tyrannie et la cra$se des patrons, dont plusieurs lui avaient fait tort. Il n'aimait pas à tendre
la main ; mais, père de fomille, ayant sa femme en couche, il se voyait obligé de demander assistance, et il emprunterait volontiers une petite somme, dont il payerait les intérêts.
Avant de me résoudre à faire ce bon placement, je suivis ma nouvelle connaissance à son domicile, au quatrième étage d'une maison infecte, dans une rue borgne du ftiubourg Saint-^Germain. Les citadins qui regardent avec horreur la pauvre chaumine de village n*ont sans doute jamais visité ces bouges où s'entasse la misère parisienne. Il n*y a point d'indigent dans les campagnes qui n'ait au moins le bon air et le sa> leil à sa porte. Ici n'entraient que les miasmes d'une cour étroite, cloaque de la maison. L'on y respirait cette infection particulière qui sentie vice plus encore que la pauvreté. Les carreaux, les murs, les vitres, la table et les deux ou trois chaises délabrées qui for* maient le mobilier, tout était d'une malpropreté infâme. Je me rappelle que je marchai sur des feuilles d'artichaut et sur d'autres débris. Deux enfants déjà grands jouaient par terre avec ces ordures. Leur mère, hâve et décharnée, enfouie dans un tas de haillons, présentait un sein tari à son nouveau-né qui criait. Il n'y avait ni pain ni argent. Le père avait déjà bu, mais les enfants n'avaient pas encore dé-^ jeune.
J'envoyai Miron chercher une voisine, et, pendant son absence, je causai avec la pauvre femme, qui me parut honnête. Je lui demandai si l'on pouvait confier de l'argent à son mari ; elle me répondit avec
embarras que, comme il était malheureusement, par hasard, un peu en ribotte, il pourrait bien perdre ce qu'on lui donnerait; et elle me conjura de faire apporter du pain à ses enfants. La voisine arriva. Je m'arrangeai avec elle pour tâcher de pourvoir au plus pressé. Elle se montra fort obligeante , lorsque je lui eus fait entendre que sa peine ne resterait pas sans salaire ; car on rencontre à Paris de ces voisins d'escalier qui n'aiment en aucun cas à se déranger pour rien. Je demandai ensuite à Miron pourquoi le logis était si sale. Il me répondit que la Sœur de Charité n'était pas encore venue, et que c'était elle ordinairement qui se chargeait de ces soins de ménage. — « Et pourquoi ne le faites-vous pas vous-même? — J'ai beaucoup d'occupations, me dit-il; d'ailleurs ce n'est pas ,1a besogne d'un homme. — Moi aussi, repris-je , j'ai des occupations, et ce n'est pas ma besogne de visiter les femmes en couche. Prenez le balai , et nettoyez votre chambre. » Il chercha , de très-mauvaise grâce, où était le balai. On l'avait brûlé pendant la nuit. Je lui donnai de quoi en acheter un autre. Il se hâta de sortir. « — Ah! monsieur, s'écria la pauvre femme, il a de l'argent, le voilà parti pour toute la journée! » En effet, il ne reparut point. Cependant, il n'avait pas dépassé le plus proche cabaret. Je l'aperçus qui pérorait devant le comptoir, en belle humeur. J'entrai , et lui demandai ce qu'il faisait là. Il me répondit qu'il cherchait un balai d'occasion.
Tel j'ai vu Miron le premier jour, et tel je l'ai vu
sept ans. Malgré tous nos efforts, nous n'avons pas pu le tirer de la misère, parce que nous n'avons pas pu le tirer du vice. Il ne nous donna qu'une seule fois une lueur d'espoir. A force de patience, Cyprien avait pris sur lui un certain ascendant. Il le conduisit au Père M***, qui s'est voué à l'apostolat de cette redoutable espèce de sauvages. Miron se confessa et parut honteux de son ignominie. On lui avait trouvé une place de portier et du travail; il était ouvrier assez habile, il faisait de bonnes journées , n'allait plus au cabaret, ne battait plus sa femme; c'était une résurrection. Au bout de trois mois, il mit en gage ses draps, ses bardes, les habits que nous lui avions donnés à réparer, et resta une semaine absent. On le rapporta ivre, en guenilles, couvert de coups. Quand je l'interrogeai, il ipe répondit qu'il montait une entreprise où il ferait fortune , et qu'il ne s'était pas voué à l'étude de son art pour rester portier. Il nous accusait intérieurement, Cyprien et moi , de chercher à le tenir dans notre dépendance. Il trouvait que nous ne remplissions pas nos devoirs envers lui. Nous aurions dû lui fournir les fonds nécessaires pour réaliser les belles conceptions qu'il avait en tête.
Un abrutissement de lâcheté et d'orgueil le rendait insensible à tout. Quand nous lui avions fait gagner quelque argent, il jetait une pièce de vingt sous à sa femme et à ses enfants affamés, et il allait boire le reste. Il venait ensuite , puant le vin , nous exposer sa misère et nous sommer de l'assister. Une
fols, ma sœur, indignée, lui enjoignit de sortir, n s* en alla, grommelant qu'on insultait Thomme du peuple, mais que le peuple aurait son jour* C'était en 1850. Vous pensez bien que Miron ne négligeait pas de lire les journaux et d'étudier ses droits. U réclamait le droit au travail. Il avait été Fun des cinquante mille travailleurs des ateliers nationaux, où son éloquence naturelle s'était bien perfectionnée. Très-sincferement il se considérait en lui-môme, visà-vis de nous autres ariBtoB , sinon tout à fait comme un maître mal servi , du moins comme un créancier à qui ses débiteurs payaient trop négligemment l'intérêt de leur dette. En même temps , il comprenait l'empire que la détresse de sa femme et de ses en* fants lui donnait sur notre pitié, et il en usait sans scrupule. Je crois vraiment que plus d'une fois il les a battus exprès pour nous attacher davantage. Comme il voyait que nous ne pouvions pas nous résigner à les laisser mourir de faim , et comme il avait nécessairement sa large part de tout ce que nous leur donnions , il pouvait bien se passer le plaisir de nous insulter un peu. Je n'exagère pas. Il lui plut un jour de déclarer à sa femme que c'était là l'unique motif qui Tempêchait de se séparer d'elle : € Car, ajouta-Ml, te voilà vieille, tu es laide, sans éducation et sans manières : je ne devrais pas te garder I » Pour marquer sa supériorité , il lui enjoignit de ne plus oser le tutoyer, de ne plus l'appeler que moniteur Miron , et de ne jamais se permettre de lui parler sans être interrogée, ni de marcbar à son oôté
dans la rue. Lorsqu'elle enil^eignait cette consigna, il la battait. Pour une cause ou pour l'autre, la pauvre créature était battue ordinairement plus d'une fois par jour. Nul moyen de la protéger. Si j'eésayais de raisonner avec Miron, il me disait : « Monsieur» vous ne connaissez pas cette femme-là, elle est in» corrigible. Je suis assez malheureux de lui être atta« ché par des liens que la religion et Thumanité me défendetit de rompre... D'ailleurs, les coups ne lui font pas l'effet que vous croyez. Elle est habituée à cela comme les chiens à sortir nu-tête. » Si je le menaçais , il demandait pardon ; mais le soir, la femme et les enfants étaient battus plus fort.
Plus d'une fois nouô songeâmes à les séparer. Nous aurions assuré l'existence de la femme et des enfants et lâché l'homme. Mais n'était-ce pas l'abandonner tout à fait au crime ? Et , dans tous les cas , comment l'aurions-nous empêché de reprendre sed droits , dont il était fort instruit, lorsqu'il serait las de ne plus manger notre pain et de ne plus torturer la pauvre victime qui lui devait, ainsi qu'il avait soin de le dire, obéissance et respect? La femme elle^ même, par un sentiment louable, n'aurait pas consenti à le quitter. Cette malheureuse, quoique fort bornée, excitait, je puis le dire, notre vénération autant que notre pitié. Faible, épuisée, continuellement en proie à la fièvre ou à la faim, sans cesse humiliée et battue, elle nous oStmi le spectacle d*une résignation morne, mais invincible. Sans courage comme sans foroe devant Bon mari, se laissant
dominer par lui jusqu'à se rendre coupable d'une sorte d'ingratitude envers ses bienfaiteurs, les accusant avec lui de ne pas faire assez , lorsqu'elle ne vivait que de leurs dons ; elle avait cependant de la piété et du cœur. Elle passait la nuit auiL petits travaux qu'elle pouvait faire, sachant que le bandit qui ronflait à côté d'elle lui en arracherait le prix pour le porter au cabaret. Elle ne murmurait ni contre Dieu, qu'elle priait au contraire fidèlement, ni même contre cette brute à qui Dieu avait permis qu'elle fût livrée.
Cette vertu, dont nous étions touchés, semblait obtenir sous nos yeux un succès et une récompense que nous admirions. Malgré l'exemple eflrayant de leur père , les trois enfants de Miron s'élevaient dans les sentiments pieux dont leur mère était si fortement animée. Hélas 1 je suis au point le plus triste de mon histoire.
L'aîné, Timoléon (tous avaient des noms recherchés) , annonçait d'heureuses dispositions. Il s'était distingué au catéchisme et venait de faire sa première communion de la façon la plus consolante. Sa mère se louait de sa tendresse ; son père avait une sorte de complaisance pour lui : cet enfant parvenait quelquefois à lui faire entendre raison. Nous crûmes pouvoir tirer parti d'un si heureux naturel; et comme, d'ailleurs, Timoléon était faible et chétif , nous résolûmes de le placer dans un petit séminaire. Sa mère espérait qu'il aurait la vocation. Déjà elle le voyait prêtre, et elle se voyait sa servante.
Nous faisions aussi nos châteaux , qui différaient peu de ceux de la bonne femme. C'est une si grande chose de donner un prêtre à VÉglise de Dieu I Nulle œuvre n'est au-dessus de celle-là, ni ne l'égale. Timoléon, prêtre, assisterait sa mère, sortirait son père de l'abjection , empêcherait ses frères d'y tomber. Amsi nous viendrions à bout de cette entreprise ardue, et en même temps nous ferions à Dieu et aux hommes le don le plus précieux; car, enfin, Timoléon pouvait devenir un bon prêtre , un prêtre remarquable, un savant, un orateur, un saint... Où nous arrêtions-nous? Plus ambitieux que la mère elle-même, notre protégé, notre enfant, nous apparaissait la mitre en tête, et la crosse à la main , répandant sa bénédiction sur nos fronts courbés devant lui. Dans tous les cas , nous étions bien résolus à ne pas l'abandonner, quelque chemin qu'il prît , et à le pousser Jusqu'au bout, pourvu seulement qu'il fût laborieux et bon chrétien.
Miron se fit prier. Il pleura et déploya le faste de son amour. Nous lui arrachions le cœur, disait-il, en le séparan't de ce fils pour lequel il avait tant travaillé 1 Ce qui l'affligeait, ce n'était pas que Timoléon pût devenir prêtre; il n'avait rien à dire contre cet état, qu'il trouvait honorable et pas fatigant; mais la pensée de ne plus voir auprès de lui son fils l'accablait. Depuis qu'il était question de cela , il ne dormait plus, et telle était la cause de ses larmes. Il nous priait aussi de considérer que l'état ecclésiastique, quoique bon, prive cependant l'homme
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des joies de la famille, et lui ôte à beaucoup d'égards •a liberté. Une fois, après une longue séance au cabaret , il vint me demander si cela ne nous serait pas égal de faire élever son fils pour être prêtre proieêtant y ayant entendu dire que c'était la môme chose, sauf que dans cette religion^à les prêtres peuvent se marier, ce qui lui paraissait plus moral et plus conforme au vœu de la nature; Thomme, ajoutait-il, étant fait pour Famour et pour la liberté.
Il fallut subir bien d'autres discours de cet animal, sans savoir au juste s'il avait puisé un surcroît d'abrutissement dans quelque lecture de son joui^ nal favori, ou si tout simplement il se moquait de nous. La plupart du temps, c'était l'un et l'autre. Au fond, il calculait que, Timoléon parti, il aurait un enfant de moins à la maison , une plaie de moins à montrer pour apitoyer les bienfaiteurs, upe part de moins à dévorer. L'affection dramatique de ces sortes de pauvres pour leurs enfants provient rarement d'une autre source.
Enfin , nous vînmes à bout des obstacles que nous opposaient les sentiments paternels du fameux M iron, et Timoléon partit pour le petit séminaire de ***, à cinquante lieues de Paris , à l'abri des visites de son tendre père. Le bon évéque de ***, malgré sa pauvreté tout apostolique, avait voulu nous faire une remise sur le prix de la pension , et se charger lui-même du trousseau de l'enfant. Notre protégé fut reçu comme la charité reçoit les pauvres, c'estrirdira avee plus d'amour que s'il avait
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payé sft pension et avec un désir plus ardent de le conduire à bien.
Il contenta d'abord ses maîtres. Cependant, dès la fin de la première année, on trouva qu'il se relâchait d'une façon asses inquiétante. 11 était paresseux, menteur, insubordonné, ^02Mxt7/tft/r. Ce n'étaient encore que les défauts d'un en&nt; néanmoins nous y reconnaissions bien des traits de son père, et nous commencions à trembler. Le supérieur, consulté par nous, pensa que nous ne devions pas laisser Ti- . moléon au séminaire pendant les vacances , e( qu'il fallait lui faire passer ce temps de repos dans la maison paternelle, afin que le contraste entre les deux régimes provoquât 'ses réflexions. Il nous revint donc, frais et fortifié , et nous le rendîmes pour deux mois aux soii\s et aux exemples de Miron, non sans avoir recommandé à sa mère de ne pas le perdre de vue.
Miron ne se souvint plus de cette tendresse qu'il nous avait tant étalée. Il laissa jeûner son fils, et n'en perdit pas un verre de vin ; en outre, il le battit comme par le passé , et même un peu plus. Le misérable faisait tous les jours un progrès dans l'abrutissement et dans le vice. Il passait h l'eau-de-vie ! La femme vint un matin , en grand émoi , nous raconter que Miron , après une absence de vingtrquatre heures, était rentré à la pointe du jour, dans un état ^ faire frémir. Il s'était endormi sur le boulevard et on l'avait volé. « Comment! m*éoriai-je, et qu'est-ce qu'on a pu lui voler ? ^ Monsieur, on
lui a volé votre pantalon...; et il avait bu le
sien I... »
Nous pensâmes que des leçons plus multipliées n'étaient pas nécessaires pour avancer Timoléon dans le chemin de la vertu. Le pauvre enfant nous faisait d*ail1etirs pitié. Depuis un mois il avait effroyablement pâti et perdu toute sa bonne mine. Nous le renvoyâmes bien vite au séminaire. Il y rentra pire qu'il n'était parti. Le croiriez-vous ? cet infôme spectacle de fainéantise et de crapule l'avait plutôt séduit qu'épouvanté ! Il lui semblait meilleur de ne point manger que de travailler. Ses professeurs s'effrayaient tout de bon des germes qu'ils voyaient poindre en lui. Cependant, la charité de ces bons prêtres ne se découragea point et soutint la nôtre. Ils nous dirent qu'ils avaient souvent rencontré ces difiBcultés avec les enfants d'une certaine classe de pauvres , particulièrement ceux de Paris , mais qu'ils en étaient quelquefois venus à bout, quoique ces malheureux semblassent atteints d'une sorte de malédiction, tant l'instinct du mal les tenait profondément. On voyait leur intelligence précoce baisser tout à coup , s'étioler, disparaître, leurs bonnes qualités se changer en vices, leur antipathie pour toute espèce de règle et de travail devenir une antipathie pour toute espèce de bien.
Hélas ! ce fut l'histoire de notre Timoléon. A la fin de la troisième année, il fallut le retirer du séminaire. Il en était pour l'instruction au point de ses débuts ; pour le caractère, c'était son père en miniature; pour
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le cœur, il n'aimait ni sa mère, ni ses frères, ni ses bienfaiteurs, ni Dieu. Voilà où nous le trouvâmes à Tâge de seize ans, après trois années passées dans Tune des meilleures maisons d'éducation qu'il y ait en France. J'essayai de causer avec lui. Je ne pus en obtenir que des pleurnicheries hypocrites.
Nous décidâmes pourtant de ne pas l'abandonner et de lui faire apprendre un métier, puisque aussi bien nous étions cause qu'il se trouvait à seize ans hors d'état de gagner sa vie.
Ce fut un grand scandale chez les Miron , lorsqu'on leur signifia que Timoléon ne retournerait pas au petit séminaire et que nous lui proposions d'entrer en apprentissage. Miron nous déclara qu'il avait entendu que son fils devînt professeur, ou tout au moins employé. Timoléon ne se sentait de vocation pour aucune autre profession , et trouvait mauvais qu'on pensât à lui mettre un outil dans les mains; il n'aurait jamais cru , dit-il , que nous en viendrions là. Sa mère elle-même ne déguisait pas son mécontentement. Elle nous pria de remarquer que les frais d'apprentissage nous coûteraient moins cher que les frais de pension, et qu'ainsi nous allions faire une économie qui n'était pas suivant les règles de la charité. La chère femme, malgré sa vertu , avait souvent de ces absences un peu dures. Elle estimait qu'on devait lui payer à elle, pour l'entretien de Timoléon , au moins ce que l'on donnait au petit séminaire; elle se croyait obligée de nous avertir que son mari était choqué de voir que
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nouf aimions mimix «nrichir dat prêtres qui bV vaifflit besoin de rien, que soutenir des malheureux qui manquaient de tout. 11 y avait de quoi la mettre cent fois à la porte; mais c'eût été la punir trop sé- Tërement de sa sottise, et la contraindre sans utilité à demander pardon. On se content^ de lui répondre que Ton tenait en effet beaucoup plus à faire un prêtre qu'un ouvrier, et probablement un ivrogne. C'était à prendra ou à laisser : les Miron se rési*gnèrent; mais nous vîmes bien que Timoléon et sa mère nous retiraient leur ^time. Celle de Miron père, nous l'avions perdue depuis longtemps.
Sauf quand la faim le pressait, Timoléon ne ter moignait du reste aucun chagrin de n*étre plus au séminaire; il n'en regrettait que les repas.
Lorsqu'il eut choisi son métier, nous lui trour vftmes, par les soins de l'Œuvre du Patronage, un excellent maitre, honnête, bienveillant, religieuii, dernière qualité peu commune & Paris, pu la situa*^ tion des apprentis est en général des plus dures, M, sous le rapport religieux, des plus périlleuses. Làrdessus, nous avions toute garantie: l'atelier était fermé le dimanche; on n'y voyait point de mauvais exemples, on n'y entendait point de mauvais propos. De plus, à notre prière, Timoléon avait été admis par l'Œuvre du Patronage. L'un des bienfaits de cette Œuvre est de donner aux jeunes gens, ouvriers et apprentis, la récréation du dimanche. Os y ont la messe, des jeux , de l'instruction , des amis honnêtes, et enfin leurs repas.
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A la fin d0 Itt smnaine) Tappreiitl Tlmoléoti avait assez du métier^ U maître atait assez de ïimoléoi) l'apprenti. Ce brave homme ilous dit qu'il doutait qu'on pût jamais faire uil ouvrier ni rien de bon de oé petit drôle, paresseux et tourné à mal ; qu'il avait voïpoii danê la main; qu'il semblait que Foutil lui brûlât les doigts et que la société des getis de bien lui déplût; que déjà' il s'était fait de mauvaises relA!><' tiens hors de l'atelier ; qu'après avoir boudé au travail toute la semaine, il avait offert de travailler le diman*^ ohe.i. Bref, une débàolel Le sang de Miron triom^ phait complètement; il n'y avait pas même combat.
Timoléon ne s'était pas montré au Patronage, ayant appris de son père qu'on y faisait dés mome^ rtes^ et he voulant pas « avoir l'air d'un badaud. » En nous avouant que cette raison principale l'avait empoché d'aller à la réunion, il voulut bien ajouter qu'il ue savait pas qu'on y mangeait.
Sa répugnance pour le travail s'exprimait avec une certaine énergie. Il nous déclara que le métier était trop dur, les journées d'atelier trop longues, et qu'i7 ne voulait pas se creVer. Miron père, définitive-»ment arrivé à l'eau-de-vie, approuvait fort ce principe. « Si mon fils se tue de travail pour vous plaire, nous dit*il, quel sera le soutien et la consolation de mes vieux jours? D'ailleurs, il est né gompeur* C'est dans le sang, et ça ne se perd pas. Il y en a qui viennent au monde pour flâner. Est-ce leur faute s*i1s n'ont point de rentes, comme certains, qui se donnent des genres de leur faire la leçon? »
Nous étions véritablement consternés. Malgré nos efforts, le vice venait nous prendre cette proie dans les mains et la jetait à la misère. Nous voulûmes lutter encore. Timoléon choisit un autre état, nous lui trouvâmes un autre maître. Il se fit chasser après quinze jours ; on dut le chasser également du Patronage. Nous le ramassâmes une troisième, une quatrième fois ; même résultat. ïl finit par nous enjoindre formellement de le laisser tranquille, et force fut de Fabandonner au gouffre. Il ne tarda pas d'y descendre aussi avant que son père, attirant ses frères, très-disposés à s*y plonger comme lui.
Vous désirez savoir ce qu'il est devenu? Je l'ignore. Après avoir quelque temps traîné d'atelier en atelier, il finit par gueuser tout simplement sur le pavé de Paris, vivant Dieu sait comment. Dieu sait de quoi ! Sa mère était souvent plusieurs jours sans le voir. Une fois, elle nous dit en pleurant qu'il avait disparu, et nous n'osâmes pas trop l'interroger. Les deux, autres enfants sont enfermés dans une maison de correction ; ils donnent peu de consolation à l'aumônier qui s'occupe d'eux.
Miron père, le fameux Miron, a fini logiquement. Après avoir vécu aux dépens de quelques particuliers, il est mort aux frais du public. La police le ramassa un matin dans le ruisseau, ivre, hébété, en proie à d'effrayantes convulsions. On le porta à l'hôpital. Je l'y ai vu. C'était l'abrutissement achevé. Il ne me reconnut pas. Cependant, la Sœur de Charité m'a dit qu'avant d'expirer il avait paru recou-
vrer une lueur de raison et qu'elle avait pu le faire administrer. Par parenthège, cette Sœur, qui a reçu le dernier soupir de Miron, était cette jeune et brillante Berthé de M..., que vous avez connue dans le monde, mesdames, et qui, après avoir quitté une si grande fortune pour servir les pauvres, vient de mourir, ayant conquis sa couronne en peu de temps. Moi aussi, je Vavais vue une fois, au bal , dans la splendeur de ses richesses, mpins splendides que sa beauté. Quand je la revis à l'hôpital, d'une main elle soutenait la tête de Miron sur son épaule, de l'autre elle lui présentait un breuvage ; et ce dernier spectacle effaça la splendeur du premier! Elle servait Miron, elle l'appelait son ami et son frère, elle essuyait la sueur de ce visage immonde, elle lui ferma les yeux! — Mais quand la sœur Berthe se fut éloignée, la société reprit Miron et se paya de ses frais d'assistance. Elle s'empara de son misérable cadavre, elle l' étendit sur la table de dissection, et la sci'ence y étudia les perturbations produites par l'ivresse. Vaine étude! ce ne sont pas ces perturbations-là qu'il importe d'étudier.
La femme Miron a été recueillie par les Petites- Sœurs-des-Pauvres. La malheureuse n'a jamais connu de jours si doux. Elle prie Dieu d'accorder une mort chrétienne à ses enfants.
Voilà, mes chers amis, l'histoire et le tableau abrégés d'une famille de pauvres comme il y en a quelques centaines de milliers dans nos grandes villes à l'heure qu'il est. Les Miron ne sont pas les
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seuls de cette espèce que j*aiô connus. J*en sais qui ont répondu plus mal encore à des efforts plus grands. J*ai vu des familles dont tous les membres, père, mèrô, enfknts des deux sexes, ont pris, quoi qu'on ait pu ftilre, le chemin de la prostitution, de la prison, du bagne, des maisons dô fous. Races maudites, viciées jusqu'au tond le plus intime, sans cœur, n'ayant d'intelligence que pour le mal, d'une paresse cynique et qui se refuse à tout mouvement généreux, ennemies de tout ce qui est régulier, de tout ce qui est honnête, mais qui semblent pardessus tout haïr quiconque leur veut du bien. Le fameux Miron disait un jour à sa femme : « Je bais ce qui m'ennuie; et toi et tes dévots (il parlait de nous autres), vous... m'ennuyez. » Ce mot, que je traduis, résume toute l'étude que j'ai pu faire de la pauvreté scélérate.
Et je dis que quand cette sorte de pauvreté sô multiplie au sein d'une civilisation, la civilisation court des risques auxquels l'étude anatomique des « perturbations produites par l'ivresse » ne remédiera pas.
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LES GHARÉES DE LA ViLLfc.
Là récit d*Étienne nous avait conduits jusqu'au château. Il faisait chaud encore ; nous restâmes sur là terrasse, laissant errer nos yeux tantôt sur la pe^ louse où les enfants jouaient autour des faneurs, tantôt sur les collines, les bois et le ciel, que lei rayons du soleil couchant remplissaient d'ombres et de clartés étranges. Suzanne rompit le silence. •^ Quelle scène ! dit-elle , quelle calme beauté 1 ^ Oui, dit Thérèse; voilà ce qUe Dieu a fait pour les hommes , et nous connaissons des hommes qui méprisent tout cela , qui semblent n'en avoir rien vu, qui n'en veulent rien voir. Il y en a beaucoup de ces aveugles; non-seulement des abrutis comme le Miron, mais bien d'autres : des messieurs et des mesdames qui n'aiment les arbres et le soleil qu'en peinture, les fleurs que dans les pots et sur les cha-^ peaux. Je connais des riches très^honnétes qui coupent les chênes de leur parc pour payer une loge &u Gymnase. Cette année, à Paris, deux femmes, une marquise et une portière, m'ont avoué qu'elles
préféraient, Fane sa rue delà Ville-rÉvêquct, l'autre sa rue du Four, non pas seulement à la beauté, mais à la salubrité des champs. Elles sont écloppées et elles font grand cas de la vie, mais elles aiment mieux mourir à Paris que vivre ailleurs. La marquise a besoin d'errer dans les magasins de nouveautés; la portière de respirer Vair de sa loge, où il ne fait pas clair, où il ne sent pas bon , mais devant laquelle passent tant d'omnibus qui vont partout, ditelle, et qui est si bien située, entre le carrefour de la Croix-Rouge et le carrefour Buci ! Cette portière est une ancienne femme de chambre à moi , bonne créature qui a trouvé un bon mari. Je lui' ai offert de les tirer de la loge où ils moisissent avec leurs enfants, les uns sur les autres, et de les prendre au château. Ds gagneraient autant, ils dépenseraient moins, ils seraient chez eux, ils auraient leur maisonnette, ils auraient de l'air, ils auraient du lait.— Oui, madame, a-t-elle répondu, sans déguiser ses dédains; nous aurions tout cela dans les bois, avec les paysans et les loups ! Mes enfants ne seraient que des paysans comme les autres , tandis que voilà Augusse qui peut dévenir avocat; et comment établir par là des demoiselles ? La capitale offre bien plus de ressources pour l'éducation , pour la société et pour tout. — Mais vous êtes tous malades, ma pauvre fille ! — Quand on est malade, c'est encore un agrément, on 9i les fremiers sérugiens. — A l'hôpital.— Eh bien , madame ! Madame sait qu'on n'est pas déshonoré pour aller à l'hôpital, sans doute ?
Voilà ^ de quelle manière j*ai été reçue, quand je croyais arriver les mains pleines de dons , comme dans les contes de fées. J*ai bien peur que le jeune Augusse ne fasse souche de Miron; et, si les demoiselles deviennent d*honnêtes filles, j'en serai charmée et étonnée. Il y a des indices inquiétants. Je les ai fait remarquer à mon ancienne femme de chambre'; elle en est convenue; mais la rue du Four a trop d'attraits.
L'antipathie pour la vie des champs m'a souvent frappé, dit Sylvain, et j'ai regret que Pascal n'ait point considéré cette bizarrerie. Il en aurait tiré de belles réflexions sur ce démanchement qu'il observait partout dans l'esprit de l'homme , non moins contradictoire à lui-même en ce point qu'en tant d'autres, où il parait un monstre de contradictions. L'homme n'aime rien à l'égal de la liberté et de la domination. Cependant il fuit la liberté des champs, où le plus pauvre même est encore seigneur et propriétaire de tant de choses; il va s'enfermer dans les villes, où il ne rencontre que murs, grilles , portes fermées, surveillants de toutes sortes; où ses regards, quelle que soit sa richesse, s'arrêtent partout sur des biens qui ne sont point à lui et sur des êtres qui ne relèvent point de lui. Il fuit donc ce qu'il aime pour^courir à ce qui lui déplaît? Non; ces instincts si violemment contredits paraissent encore et se satisfont encore dans cette contradiction violente. A rebours et en rebelle, il est encore en ceci ce que Dieu l'a fait. Dieu l'a fait libre , mais au jour ;
9)0 LA Vte t)E GHATSAb.
il cherohe à se rendra libre ^ maid dmii la nuit. Les villes sont ténèbres et solitude , Thomme s'y seur dans un désert, un dèéèrt d' hommes ^ Voilà ce qui lui plaît au sein des villes , peut-être par^lessus tout. Sous les mille regards de la foule, il est mieut qu'in* visible, il est inconnu. Et comme les œuvres de Dieu ne paraissent plus en tout ce qu'il voit , il lui semble que Dieu ne le voit pas. Cela est un charme puissant ! Depuis la faute d'Adam , le premier et le plus vif besoin de Fhomme déchu est de se cach^ de Dieu. Oiet cet œil-là, tout autre est plus ou moins complice. La clarté du gaz ne pénètre pas dans le cœur; celle des étoiles y descend. Importune lumière, comme le bruit des flots , comme le souffle du vent peuvent devenir des voix importunes. Les nobles et mystérieux accents de la grande nature disent des choses que Fhomme n'aime point à entendre, et que le fracas des villes 'ne dit jamais. De même, il n'y a point de barrières dans les villes qui se déclarent aussi décidément infranchissables que la mer et que l'horizon. Quand l'esprit de l'tiomme a perdu les ailes qui le portent jusqu'à Dieu, les murs d'une prison humilient moins son orgueil que la vue de cette immensité dans laquelle il pourrait se mouvoir éternellement, sans jamais en atteindre lei bornes, sans sortir seulement du centre où elle le retient à jamais. L'homme des champs est toujours forcé de regarder le ciel et d'en attendre quelque chose qui ne sera donné ni aux conjurations de sa puissance, ni aux impatiences de son désir. Il n'ar^
r^cbam du eiel, quoi qu'il fosta, autrement que par la prière, pi une goutte d'eau pour se» blés, ni un rayon de soleil pour ses vignes. S'il peut (le peut-il?) écarter la foudre de sa demeure, Il cherche vainement à emipêcber la pluie de noyer sea moissons, ou la aécheresse de le» dévorer. Il craint Thiver trop rude ou trop doui, il craint la sauterelle et la chenille, Dieu seul peut le défendre des insectes inviaibleSf H se sent donc dans la dépendance de Dieu. Les villes le mettent à Tabri de ces humiliants soucis; Vhomme n'y a que faire de Dieu : la vapeur le tlispense de compter avec les intempéries; les pluies ne détremperont pea le pavé, l'hiver n'étein*dra pas les calorifères et ne glacera pas la verve des vaudevillistes; on tirera le blé, le vin, les pri^ nieurs, des lieux où il a fait beau temps. Ainsi, dans les villes, l'homme peut se croire le dominateur de la nature; l'esclavage où elles le renfennent lui offre l'orgueilleuse liberté que cherche sa cor^ i^uption. Vous penser que ce sont des raisonnements bien hauts pour Miron , et môme pour d'autres? Ces autres ne raisonnent pas plus que Miron, et Miron, eomme ces autres, suit son instinct. Grandeur de l'homme, misère de l'homme, dirait Pascal. Il est fait pour la liberté, il la cherche, il la veut, c'est sa grandeur; mais, brisé par la chute originelle et dédaignant la réparation qui le guérit, il voit la liberté dans ce qui n'est en effet que l'esclavage; il se bâtit des prisons pour y régner. Il n'y règne qu'on sa foisant foule; il s'absorbe par orgueil dans un
engrenage où le despotisme de Forganisation le froisse à chaque mouvement /mais où la main de Dieu ne se reconnaît plus : voilà sa misère! Misère très-auguste, puisque en cet état de révolte et d'assouvissement il a encore des regrets, des aspirations , d'inénarrables désirs, par où il est averti qu'il ne possède point ses vraies richesses et qu'il ne jouit pas de sa vraie liberté , et que ce n'est rien pour lui d't^tre roi collectif du monde. Ainsi sa misère porte témoignage de sa grandeur. Grandeur très-misérable; car, enfin, malgré ce noble dégoût de ces faux biens et de cette fausse liberté , il y reste, souvent engagé , méprisant la voix intérieure qui l'appelle à mieux , méprisant même les anges visibles que Dieu lui envoie pour le solliciter d'en sortir. H a des velléités qui n'arrivent pas à l'effort, il fait un effort trop faible , il s*arrête , il retombe , il meurt. N'avez-vous jamais pensé, en parcourant les grandes villes, à l'art avec lequel l'homme les organise de plus en plus pour se séduire lui-même? Il y rassemble toutes ses sciences et toutes ses corruptions. C'est l'arsenal des sept péchés capitaux: paresse, gourmandise, envie, avarice, luxure; et la ville entière est un théâtre d'orgueil. C'est là que Mammon se fait bâtir des temples plus magnifiques que les églises , et étale ses bazars plus riches que ses temples; c'est là que sans cesse il dit à l'homme: Adore-moi , je te donnerai toutt et l'homme l'adore. Quel bruit, quel mouvement, quel perpétuel tumulte pour conquérir la richesse , pour servir Mam-
mon , et quelle science développée et terrible d'oublier Dieu! Quand je traverse ce vacarme, je songe à nos paysans qui vont d'un pas tranquille à leur travail salutaire, qui Tentament sans trouble, qui l'interrompent au son de VAngelm pour prier Dieu de le bénir, et qui reviennent contents lorsqu'ils ont gagné leur petite part du pain dont ils nourrissent le monde. Ils rentrent dans leur humble demeure, ils prennent leur repos sur un lit dur, ils recommencent le lendemain. Ah! que je les trouve graves et nobles, vraiment libres, et vraiment riches, et bien-aimés de Dieu !