‹ Ça et la (volume 5)Chapitre 65 sur 72 · TROISIEME OBJECTION · texte numérisé non relu

TROISIEME OBJECTION

C'est que, dit M. Gibou, cela choque « les gens sensés, » Gens sensés est bientôt dit; il faudrait s'expliquer. Qui sont les gens sensés? Je soupçonne que la définition de M. Gibou ne contenterait pas tout le monde. En fait de gens qui croient à priori aux mi- * racles passés et présents (sauf à contester, dans les

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larges limites que T Église permet et méiùe ordonne, les cas particuliers bien ou mal établis) , il y a premièrement rimmense majorité des catholiques de tous les temps : M. Gibou les envoie-t-il en masse aux Petites-Maisons? Il y a ensuite les philosophes; car celui-là est petit philosophe qui ne croit pas aux miracles, de quelque nom qu'il les appelle, et quelque explication qu'il en essaye : les philosophes sont-ils encore des fous? Après les philosophes, il y a les savants, principalement les savants matérialistes, la classe d'hommes qui laissent le plus de miracles à déchiffrer : fous aussi bien que les autres ? Où donc descendrons-nous pour trouver l'être dont la pensée n'est pas en échec presque continuel devant quelque chose d'inexpliqué et d'inexplicable? Nous ne trouvons plus que la brute et l'homme abruti, ce qui ne réfléchit point et ce qui ne veut point réfléchir; la créature qui n'a pas été élevée jusqu'à la raison, et celle qui descend de cette hauteur, afin d'embrasser d'un amour infâme les basses œuvres et les basses joies.de la vie.

Mettons pourtant qu'il existe des « gens sensés » désireux de croire en Dieu, mais à condition que Dieu ne fera point de miracles, leur sens ne pouvant s'élever jusqu'à comprendre que le plus grand des miracles est la naissance de la foi dans une âme où elle h' était pas. Malgré leur ultimatum^ des miracles éclatent; nos « gens sensés » se fâchent, les voilà plus incrédules que jamais. Ma foi, tant pis pour les « gens sensés ! » L'humilité est la première vertu

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que Dieu leur demande: qu'ils s'humilient, ou qu'ils restent incrédules. Dieu sauvera des âmes qui ne r^ fuseront pas leur salut, parce qu'un malade aura été guéri contre l'attente et contre l'art des médecins. M. Gibou est par trop gentilhomme 1 Pourquoi veutil que Dieu n'aime, ne protège, n'attire à lui que les « gens sensés? » Un pauvre paysan qui n'a point fait d'études, qui ne peut suivre un cours d'athénée, qui ne peut lire les brochures de M. Gibou, un pauvre sauvage encore plus insensé, ne sont pas moins chers à Dieu que la ileur des publicistes et des académiciens de France. Ils ne savent pas lire? Là-haut, c'est un petit mal; ici-bas, c'est une raison pour que Dieu leur fasse des signes, leur accorde ces faveurs éclatantes auxquelles les païens durent le bonheur d'entrer en foule dans le sein de la vérité.

LES FAITS QUI BLESSENT M. GlfiOU.

M. Gibou cite quelques-uns de ces faits qui détruisent efficacement, chez lui, le désir de croire. Le premier, c'est la guérison miraculeuse d'un élève du collège des Jésuites à Fribourg. Ce miracle lui est odieux, comme anti-universitaire. « Voilà, dit-il,

une concurrence que Funiversité refuse de soutenir: elle ne peut offrir aux familles que des médecins qui ne font pas' de prodiges. » Il a raison, l'université aussi. Mais cela ne prouve pas qu'un miracle n'ait pu guérir Félève de Fribourg, et que, guéri par un miracle, l'élève ne soit aussi bien guéri que beaucoup d'autres personnes le sont pour ainsi dire journellement, même en France, par les mêmes procédés. Car la vérité est que ces sortes de guérisons se multiplient, et que la risée publique n'y peut rien. II semble que Dieu se plaise à réfuter M. Gibou ; et pourquoi pas? Nul soin n'est au-dessous de Celui qui a promis qu'un cheveu ne tomberait point de notre tête sans sa permission.

Il existe, à Kaldem et à Capriana, dans le Tyrol, deux saintes filles, dont l'une est en état presque permanent d'extase, et l'autre porte sur elle les stigmates sanglants de Notre-Seigneur. Des milliers de personnes de tous les pays, de toutes les conditions, de toutes les sectes chrétiennes ont vu les deux extatiques et ont attesté par écrit les étranges phénomènes qu'elles offrent aux investigations de la science et au respect de la religion. M. Gibou se fâche contre ces deux humbles filles, qui ne s'occupent guère de lui ni du monde, et qu'importunjB assez l'immense concours des curieux. Il reproduit deux passages d'une relation en excellent style, donnée par un Français, témoin oculaire, qu'il se garde prudemment de nommer, étant difficile de faire passer ce témoin pour une dupe ou pour un sot: c'est M. Edmond de Caza-

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lès, homme grave, homme distingué, écrivain d'un mérite supérieur, à qui Ton ne peut reprocher que d'être catholique et prêtre; mais il n'était pas prêtre lorsqu'il, a raconté ces choses, qu'il avait vues et touchées après tant d'autres, et que tant d'autres peuvent voir et toucher après lui. D'ailleurs, il n'a pas parlé seul : il existe un recueil des témoignages italiens, allemands, anglais qui concernent les vierges du Tyrol. On y lit une narration du philosophe allemand, J. Gœrres: M. Gibou a-t-il entendu parler de ce Gœrres? il ne passe pas pour imbécile en Allemagne. Le médecin de Domenica Lazarri a fait un long rapport sur sa malade; lord Shrewsbury, le prince-évêque de Trente, l'évêque de Sidney, M. Ernest de Moi, professeur de droit à Munich, ont donné des attestations : tous ont vu. Que M. Gibou se procure ce petit volume; il croira à l'état surnaturel de l'extatique et de la stigmatisée aussi pleinement qu'il croit à l'existence des onmibus. Qu'il fasse mieux : le Tyrol n'est pas si loin : qu'il aille voir, et qu'il explique ce qu'il verra. S'il peut démontrer l'absence de tout prodige, il obligera la science, qui est fort déconcertée; il obligera aussi ces deux pauvres filles, qu'il pourra guérir de leurs maux ; il obliger^, enfin tout le Tyrol, qui se rend par processions auprès d'elles et qui en revient fort superstitieux. Si j'étais M. Gibou, je ne manquerais certes pas l'occasion. Avant de faire la guerre aux miracles, je voudrais en détruire un. M. Gibou s' égayé ensuite sur un récit qui circule,

dit-il, dans certains de nos départements, et où Ton dit, entre auti^es choses exorbitantes, qu'un trèsgrand nombre de maladies ne sont que des résultats de l'action surnaturelle des démons, et ne se guérissent que par le jeûne et la prière. Je ne suis pas médecin, mais en vérité cette théorie ne me parait pas folle. Pourquoi le diable ne pourrait-il pas produire des maladies? 11 inspire bien des livres, des articles de journaux ; il donne bien la maladie de rinvention à tant d'esprits gâtés que la prière et le jeûne pourraient aussi guérir !

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