OFFRANDE
Quand elle se fut mise à nu, — C'est son métier, elle est modèle Le sculpteur pas encor venu, Elle s'assit. Or, tout près d'elle,
Elle remarqua par hasard Un buste : une barbiche jaune, Un regard paillard, goguenard, Une oreille pointue — un faune.
Et ce faune la regardait
Avec une fixité telle
Que, tout comme s'il entendait :
<( Qu'est-ce que tu me veux? » fit-elle.
Elle se leva, vint à lui
Et lui dit, tout près, bouche à bouche :
« T'as ciré ton œil? il reluit!...
« Tu rigoles? T'es pas farouche!
<( Moi non plus... Tu me plais, tu sais? « Tu dois aimer faire la fête!...
« Mais un buste, c'est pas assez « Pour faire la fête complète.-
« C'est dommage, mon pauvre vieux, « Car regarde un peu l'étalage.
« Est.ce assez chouette? As-tu vu mieux? « Défendu tout ça!... C'est dommage!...
« Eh bien! quoi? T'as l'air tout chagrin. « C'est moi qui t'ai rendu morose?
<( Pour te consoler, gros serin, « Tiens, je vais t'offrir quelque chose. »
Alors, la poitrine en avant, Dans la plus coquette des poses, Au faune elle offre gentiment Deux petits boutons de fleur roses.