‹ Ça!...et le resteChapitre 28 sur 60 · LEVER D'AURORE · texte numérisé non relu

LEVER D'AURORE

L'aurore poind, comme une source Qui viendrait éteindre en sa course L'éclairage de la grande Ourse.

Lors, sans trompette ni tambour, La nuit brune tire au blond jour Son bonsoir, en disant : « Bonjour. »

Et l'aurore, aux feux de vestale, Dans l'immense et céleste stalle Lentement, lentement s'installe.

De l'Orient à l'Occident, Ainsi qu'un tlacon se vidant, Sa lumière va, s'évidant.

Les fleurs, de rosée irisées, Par cette orgie un peu grisées, Se dodelinent, défrisées.

Dans la masure et dans l'hôtel, En commençant par tel ou tel, L'aube éveille chaque mortel.

La fillette qu'amour a prise, Par consentement ou traîtrise, Au chant du coq bondit, surprise.

Sa mine, à ce cocorico, Passe du brun de l'abricot Au rouge du coquelicot.

Tout renaît, s'agite, tressaille, Et la brume perd sa grisaille Qui s'effiloche à la broussaille.

Le dos voûté, les liras ballants, Le vieux berger mène, â pas lents, Son troupeau dans les prés salants.

Il mâche avec sollicitude

Le refrain dont, par habitude,

Il tourmente sa solitude.

Avec un gentil petit bruit L'eau, qui bruissait dans la nuit, Au jour pareillement bruit.

Sur ses bords, comme des Gisèles, A la musique de leurs ailes, Dansent les vertes demoiselles,

Tandis que, sans aucun remord,

Du poisson méditant la mort,

Le pêcheur guette le : « Ça mord ! »

Mais il i beau jeter sa ligne, L'ablette maligne qu'il guigne S'en moque comme d'une guigne.

Parmi le thym, sous les sapins,

Trottinent les petits lapins

Qui par les rapins sont là peints.

Avec une grâce parfaite Dieu déclare ouverte la fête Et l'aurore est son estafette.

Chacun sait, qu'il peut compter sur

Cet organisateur si sûr,

Aussi tout est joie, hymne, azur !

Allons, gens vertueux, — encore Qu'il en reste, ce que j'ignore — Venez voir se lever l'aurore.

Mais si le rose de son teint Vous semblait l'indice certain Qu'elle se farde, le matin,-

Gardez-vous d'affirmer la chose !

De sa rougeur c'est vous la cause, Gone vertueux, et son teint rose

N'est que la honte évidemment Des doux péchés que constamment Vous commettez tous nuitamment.

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