‹ Ça!...et le resteChapitre 30 sur 60 · RÊVEUSE · texte numérisé non relu

RÊVEUSE

Que fixe-t-elle dans l'espace, La rêveuse? Quel songe ailé, Quel papillon, quel sylphe passe Devant son long regard voilé?

Vient-il du ciel ou de la terre Le doux rêve mystérieux?

On l'ignore, mais ce mystère Double la caresse des yeux.

L'aile du nez qui se retrousse Frémit encor certainement Sous l'impression vague et douce De quelque souvenir charmant.

La bouche, close et sérieuse, Conserve, au coin, un pli moqueur, Gomme une réponse railleuse A ce que lui redit le cœur.

Et la rêveuse est si jolie, Si chaste, si troublante ainsi Que, devant sa mélancolie, On se met à rêver aussi,

Pour l'arracher à ses pensées, On voudrait, pris d'un désir fou, Dénouant ses deux mains croisées, Se les passer autour du cou,

Et, sans d'abord oser prétendre A rien qu'à lire en ses yeux doux, On serait humble, on serait tendre, On se mettrait à ses genoux,

On lui dirait : « La vie est brève, « Le rêve en chasse les soucis, « Rêvez donc! Mais si votre rêve « Est encore vague, indécis,

« S'il ne parle encor qu'à lui-même « Et qu'il faille, pour l'achever, « L'écho de ces deux mots : Je t'aime ! « Avec vous laissez- moi rêver. »

Oui, voilà par quelle folie,

Un beau soir, on serait heureux

De troubler la mélancolie

De cette songeuse aux doux yeux.

On aurait mis tant de caresse, Tant de peur de l'effaroucher Dans cet aveu plein de tendresse, Qu'elle se laisserait toucher.

Et, l'ayant fait passer, sans crainte, Du rêve à la réalité, Plus pressante serait l'étreinte, Plus intime l'intimité.

Enfin, grisés des mêmes fièvres, Les yeux auraient plus de langueur Et les lèvres diraient aux lèvres La chanson que chante le cœur.

COUCOU f

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