REVERIE FEMININE
« — Ton front est soucieux,
Le vague est dans tes yeux Et tu restes sans rien me dire.
Où donc est ta gaîté?
Que faut-il, ma beauté, Pour faire éclore ton sourire?
As -tu quelque désir Qu'il te fasse plaisir Que je contente et qui sommeille?
Par exemple, un bijou Pour caresser ton cou Ou pour perler à ton oreille?
Serait-ce une œuvre d'art
Que revoit ton regard?
Dentelle, éventail, diadème?
Ou quelque vieux coffret
Dont le secret serait Même ignoré de moi qui t'aime?
Rêves-tu d'un baiser Tel qu'il sache apaiser
Le vilain chagrin qui t'oppresse?
Rêves-tu d'un parfum Tel qu'un amour défunt
En renaîtrait sous sa caresse?
Pour t'égayer un peu,
Faut-il un ciel plus bleu A ton âme qui s'ennuage?
Si tu veux voyager,
Ce soir, à l'étranger Nous partons pour un long voyage.
Je ne devine pas,
Car ton regard, hélas !
Dans le vague toujours s'isole.
Ne reste pas ainsi
Et dis-moi ce souci Que j'ignore et qui me désole?... »
Alors, sincèrement,
La belle, à son amant, Avec une douceur extrême
Dit : « Est-ce que je peux
Dire ce que je veux ?
Hélas!... je n'en sais rien moi-même! »