‹ Cabinet d'un curieux: Description de quelques livres raresChapitre 1 sur 57 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

M.-'D CGC. XC

dame de Lamballe et Marie- Antoinette.... J^ai l'honneur de posséder cinq ouvrages à ses armes.

On a souvent demandé quelle idée chacun de nous se fait du bonheur.

Pour moi, le bonheur est dans cette cité des livres où je m^enfermc sous la lueur égale et claire de la lampe^ oublieux de la foule qui s^agite, des vanités qui s'aflblcnt, des plaisirs qui se lassent. Dans la calme retraite et la paix souriante^ le flot des heures s'écoule doucement ; mes amis silencieux me disent leurs secrets.

Les esprits s'envolent de leurs pages comme de mystérieux feux follets. Je pense à ceux qui les ont écrits^ à ceux qui les ont lus^ aux royales mains qui les ont touchés.

Qui sait si ce Henri VIII, offert au camp du Drap d'Or, en même temps que les beaux yeux d'Anne de Boleyn enflammaient le cœur du roi anglais, n'a pas été effleuré par ses doigts, poétisé par ses larmes ?

Et les livres du Dauphin François, Marie Stuart n'y a-t-elle pas attaché son adorable image? On l'entrevoit à travers un nimbe de lumière, de pierreries et de sang.

Le dialogue des Demoiselles, d'Anne d'Autriche, est encore parfumé de la peau d'Espagne qu'elle faisait coudre dans ses jupes. — Encens de la patrie qui lui rappelait ses jours d'enfance et donnait un parfum violent à sa beauté épanouie, à cette beauté qui, suivant riilogismedes femmes, fit plier le genou au duc de Buckingham, le plus brillant des sei-

gneurs d'Angleterre et s'humilia devant un faquin d'Italie appelé Mazarin.

Le Traité pour conserver les pommes de tertre splendidement relié aux armes de Savoie et de Lamballe, fait sourire en rappelant les bergeries du temps et fait pleurer en évoquant le martyre de la Princesse.

Marie-Antoinette a peut-être oublié, en lisant ces deux petits volumes de Manon Lescaut, qu'elle était reine, d'impériale maison, pour se souvenir qu elle était femme et compatissante aux douleurs du cœur, le cœur fût-il coupable.

Un exemplaire de dédicace, offert par Marat à la jeune reine, est certainement ce que je possède de plus précieux. Le sanguinaire atîti du peuple a-t-il remis lui-même ce volume, a-t-il eu l'honneur de baiser la main d'une souveraine dont il devait faire tomber la tête ?

Ainsi mille pensées me vien lent. . . Vol de génies, vol de colombes, vol de tourterelles amoureuses traversent mon ciel, les uns ont la flamme au front, les autres ont la flèche au cœur.

Dans la mélancolie des heures du soir, je les regarde passer. Heureux qui, dédaigneux des folies du présent, se reposant du combat de la vie, loin des luttes de l'ambition et des piqûres de Tamourpropre, s'assied au bord du fleuve de l'histoire et y revoit, dans les brumes lointaines, la vague apothéose des grandeurs d'autrefois.

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