LIVRES DIVERS DU XVI* SIECLE
en lettres rondes ou italiques
i38. Almanach ou journal pour l'an iSgS faictet diligemment calculé suyvant la nouvelle reformation par M. Amour de Valleffin, Astrophile Bourguignon. Dominus anni Mercurius. A Lyon par Benoist Rigaud (1594). In-32, mar. Lavallière, milieux et dos ornés, tr. dor. (Capé.^
Ces petits almanachs du xvi« siècle sont rares et curieux. Sans avoir la naïveté de leurs ancêtres, les Calendriers et Composts, ils ont encore un côté pittoresque: les prédictions pour Tan qui vient; ce sont généralement des prédictions de mauvais augure, sûr moyen de se tromper le moins possible, attendu qu'il ^ I y a dans ce bas monde plus de deuil que de joie. Mais
le côté utilitaire commence à y apparaître :
« Déjà Mathieu Lansberg perçait sous Nostradame. »
On y trouve des indications de foires et de marchés pour la province où paraît 1 almanach, les environs et môme quelques grands marchés étrangers comme Anvers ou Francfort.
Les pronostics du temps sont indiqués à presque tous les jours du mois, entremêlés de quelques prédictions politiques : le 23 juillet est notamment signalé comme donnant avertissement aux peuples maritins de se tenir sur leurs gardes, à cause des surprises barbaresques. Voyez comme nos ancêtres étaient plus pra-
tiques que nous ; malgré les progrès de la science moderne, nous n'avons pas un seul almanach qui nous donne avertissement des surprises barbaresques des valeurs à turban.
1 39. La guide des chemins de France reveue et augmentée, les fleuves du royaume de France aussi augmentez. A Paris pour la veuve de François Regnault demeurant en la rue Saint- Jacques^ 1 554. Curieuse figure de voyageurs sur le titre. Petit in-8*», lettres rondes, mar. rouge, fil., tr. dor. ÇTraut^-Bau^^onnet.)
Ce petit volume est le précurseur des guides'Conti et autres Joanne qui se sont masculinisés avec le temps. On l'attribue à H. Estienne, mais il faut que ce savant distingué ait voulu, en l'écrivant, se divertir ou se mettre au niveau du populaire des Halles ; les étymologies qu'il se plaît à donner des principaux noms de lieux appartiennent plutôt au genre macaronique qu'à la science austère : voici, d'après lui, d'où vient le nom de la province de la Brie : « Ainsi nommée pour ce que ce pays est si plaisant et commode que par tout, en temps des pluies et chaleurs, l'on peut se mettre à Vabry, à cause de la multitude des arbres fruitiers qu'il contient. »
Ajoutons que ce volume, qui donne l'itinéraire de Paris aux principales villes du royaume, est rempli de détails curieux sur tous les lieux que le guidé est censé traverser, productions, foires, monuments, etc., tout y est indiqué ; on y trouve à chaque instant de petites notes invitant les voyageurs à se garer des mauvaises rencontres, et cela même dans les environs immédiats des grandes villes. Mauvais gîte, dangereux passaige, forêt à éviter, brigands d'habitude, sont des refrains
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qui devaient tinter désagréablement à l'oreille de nos pères. Dans ce temps-là la maréchaussée n'arrivait pas trop tard, elle n'arrivait pas du tout.
140. De justa Reipublic^ Christian^ in reges impios et hasreticos authoritate, etc. Parisiis apud G. Bichonium via Jacobœà sub sigiio Hinnulei (curieuse marque d'imprimeur représentant un cerf sans bois poursuivi par des chiens, avec la devise nunc fugiens, olim pugiiabo). Petit in-8°, mar. vert, fil,, tr. dor. (Jolie reliure de Derome.^
Aux armes de Mgr Double, évêque de Tarbes.
L'auteur de cet écrit plus que violent contre Henri IV n'est pas, comme on la cru, Guillaume Rose, évêque de Senlis, mais un certain Guil. Reginaldus Rossœus (voir Barbier, Dictionnaire des Anonymes ^ n^ 20794). Cet ouvrage a pour but de démontrer qu'Henri IV doit être brûlé vif comme Jeanne d'Arc, à laquelle c'est probablement la seule fois qu'on l'ait comparé en qualité d*hérétique relaps. Quoique en latin, du reste très mauvais et par conséquent très clair pour les profanes, il est curieux à lire à cause de la richesse d'invectives dont il déborde. Toutes s'adressent au fils de Jeanne d*Albret, et par extension même à sa mère : il est successivement qualifié de brandon de discorde, de nuée puante, de Julien l'Apostat, de bâtard, de gaine à poignard (on sent Ravaillac), de viande à mouches sales, de porc à deux pieds, de rebut du genre humain, ce qui est faible après le reste, et enfin, ce qui est bien Parisien on peut le dire, de Turc de bazar ou de Sarrazin de pacotille, en latin ! Il y aurait là vraiment un sujet d'étude pour les romanciers naturalistes : ils trouveraient à y renouveler leur fonds.
141. Déclaration des abus et tromperies que font les Apothicaires, fort utile et nécessaire à un chacun studieux et curieux de sa santé, composé par maître Lisset Benancio. Lyon che\ Michel Jove, i556. — Déclaration des abus et ignorances des Médecins œuvre très utile et profitable à un chacun curieux et studieux de sa santé, composé par Pierre Brailiier, marchand apothicaire de Lyon, pour responce contre Lisset Benancio, médecin. Lyon. Michel Jove. Deux pièces formant un volume in- 1 6, maroquin olive, filets à froid, dos, coins et milieux dorés, tr. dor. (jCapé.)
Deux curieux opuscules : dans le premier, un médecin caché sous un pseudonyme donne les moyens de découvrir les tromperies des apothicaires de l'époque parmi lesquels il paraît que ceux de Touraine et d'Anjou étaient les moins consciencieux. Dans le second, un apothicaire indigné prend la défense de sa corporation et après une préface en style noble à Monseigneur Claude Gouffîer, Comte de Carvas^ (sic) de Maulevrier, seigneur de Boysi, grand écuyer de France et protecteur de la pharmacie (pourquoi on l'ignore ?), il accuse à son tour les médecins d'ignorance et s'attache surtout à prouver deux choses, d'abord, c'est que plus les remèdes ont demeuré de temps en boutique, plus ils sont efficaces ; ensuite que ce qui guérit, c'est le remède et non le médecin. D'où la conséquence, que l'important c'est d'acheter des médicaments et d'en prendre beaucoup ; plus on en prend, plus on a de chance de tomber sur le bon.
142. Devises héroïques par M. Claude Paradin chanoine de Beau jeu. Lyon, J. de Tournes, iSSy.
In-S*, cmct. iiiL, finies, mar. chr.i «cn£s, tr. dor. (7V>it/{-ilnr:pMmer.)
Les emUimes loat trti finement gnvés, intit In dcviiUt sutflniioaqDMRGâèbRitioatgénéraknBK
UVRES IMPRIMÉS AU XVU* SIÈCLE, ELZÉVIERS, oc
143. Les Esum M Michel. sBiGiRDt I» MtnrTAUHn. Paris, Jeait Camiaat, i635. Fmit. grav., ia-t, mar. ronge, filets à la Du Soûl. tr. dor.
Anx armes de Mgr Double, irCque de Tarbes. Cet exemplaire d'une boooe édition de Moniaigoe ctt précieux pour moi : il porte les sifpiaturti et ki €x-libriM de Messire Charies Double, dwvalïer, pft>cureur du roi en la cour de parlement en 1 679, et de ses descendants jusqu'à nos jours.
144. Les œuvkes de Monsieur Molièke. A Paris che:( Thomas lolly libraire juré au Palais, dans la petite salle des merciers à la Palme et aux armes d'Hollande. MDCLVI. 2 vol. in-12, frontispice, maroquin rouge, compartiments à la Duseuil, tr. dor. {Trauli-Bau^onnet.')
Première et précieuse édition de Molière contenant seulement les Précieuses ridicules, le Cocu imaginaire,
TEtourdy, le Dépit amoureux, les Fascheux, l'Ecole des maris, l'Ecole des femmes, la critique et la Princesse d'Elide. Les deux frontispices gravés représentent Molière et sa femme avec les costumes de différents rôles. Voir Paul Lacroix, Bibliographie moliéresque.
145. Les femmes sca vantes. Comédie par L B. P. Molière et se vend pour Vauteur à Paris au Palais et che:;^ Pierre Promé sur le quay des Grands Augustins à la Charité, 167 3. In- 12, mar. rouge janséniste, tr. dor. {Traut:^BaU' :(pnnet.)
Edition originale. Très rare.