LA FEMME A HARDY COURAIGE
Vuyde de ce lieu, très orde beste.
Qui des vignes les bourgeons manges,
Sur arbre et sur buysson
As tout mangé jusques aux branches.
De ma quenoille si tu t'avances
Je te donnerai tel horion
Qu'on l'entendra d'icy à Nantes.
LES GENS d'armes
Lymasson pour tes grans cornes
Le chasteau ne lairrons (laisserons) d'assaillir
Et, se pouvons, te ferons fouyr
De ce beau lieu où tu reposes.
Oncques Lombart ne te mangeât
A telle saulce que nous ferons.
Si te mettrons en ung grand plat
Au poyvre noir et aux ongnons
Serre tes cornes, si te prions
Et nous laisse entrer dedans,
Autrement nous te assaillerons
De nos basions qui sont tranchans,
LYMASSON
Je suis de terrible façon
Et si ne suys que lymasson
Ma maison porte sur mon dos,
Et si ne suys ni chair ni d'os,
J'ay deux cornes dessus ma teste,
Côme ung beuf qu'est grosse beste ;
De ma maison je suis armé
Et de mes cornes enbastonné :
Si ces gens d'armes-là m'approchent,
Ils en auront sur leurs caboches,
Mais je cuyde qu'en bonne foy
Qu'ils tremblent de grant peur de moy.
La rime n'est pas riche et le style en est vieux assurément ; mais ne trouvez-vous pas que cette naïve chanson , empreinte déjà d'un doux scepticisme à l'égard de la gendarmerie, ne vaille pas mieux que toutes les calembredaines scientifiques des Almanachs modernes, ces Mathieu pervertis.
La gravure qui accompagne cette poésie est naïve comme elle. Champfleury l'a reproduite dans l'histoire de la caricature au moyen âge : elle représente une femme brandissant une quenouille et deux gens d'armes, armés de pied en cape, menaçant avec de grands gestes un placide et gigantesque lymasson, placé devant un château fort. N'y a-t-il pas là quelque allusion (probablement politique) qui nous échappe, mais qui faisait rire nos aïeux. Une autre planche très curieuse, représentant la barque de l'homme mortel, est reproduite dans l'ouvrage de M. Paul Lacroix, Mœurs, Usages, et Costumes au moyeri âge.
96. La Fontaine de toutes sciences du philosophe Sydrach. (A la fin) Cy finist le livre que Sydrach philozophe a fait lequel livre est la fontaine de
toutes sciences : impriîné à Paris, le XX jour de février mil huitâte et six (^1486^ pour Antoine Vérard libraire demonrat à Paris sur le pot nostre dame à Lymage saint lehan leuvangeliste ou au Palai'y au premier Pillier devant la chappelle ou on chate la messe de Messeigneurs les présidens. amen. (Marque de Vérard.') In-f° de i85 feuillets gothique, maroquin rouge foncé, compartiments à froid, large dentelle intérieure, tr. dov.[Bau:{onnet-Traut^.
Première édition de ce livre rare. Exemplaire d'Armand Bertin.
Cette baroque encyclopédie, qui renferme dans ses 1,075 demandes, suivies d'autant de réponses, toute la science du moyen âge, est véritablement d'une lecture réjouissante; elle brille surtout par l'imprévu : c'est un mélange de choses sérieuses et de burlesques ; l'âme, le péché, la pluie, le vent, les chiens et les chats, les rois, les femmes, les diables, la cuisine, la bijouterie, la médecine, la sorcellerie, tout se trouve pêle-mêle dans les questions que le Roi Boétus, seigneur du pays de Bectorcenne, entre Inde et Perse, pose au philosophe Sydrach, le tout se passant 745 ans après Noé, ce qui est, comme on le voit, d'une antiquité respectable, et ce qui permet audit Sydrach de prédire en toute sécurité une foule de choses curieuses arrivées en plein moyen âge.
Voici du reste quelques demandes du Roi prises au hasard de la lecture et qui feront mieux juger de l'esprit du livre que tout ce que nous pourrions dire.
D. ' Quelle vie mènera le fils de Dieu quand il sera en (sur) terre ?
I. Nous avons simplement un peu modernisé l'orthographe des mots qui auraierït été peu compréhensibles pour beaucoup de lecteurs.
R. Il mènera vie d'homme et fera tout ce que fait l'homme fors le péché.
D. Lesquelles femmes profitent plus à l'homme, les blanches ou les brunes quand il dort avec?
R. Les blanches (mises là pour blondes) valent mieux l'été, mais les brunes valent mieux l'hiver. Les premières étant plus fraîches, et les secondes plus chaudes.
D. L'homme doit-il faire savoir à son ami la déloyauté de sa femme? (Déjà la question si controversée de doiton le dire.)
R. On doit le dire, dit Sydrach.
D. Laquelle chose est la plus savoureuse qui soit?
R. C'est le dormir, car lorsqu'on tombe de sommeil on n'a envie de rien.
D. Quelle est la plus verte chose qui soit au monde ?
R. C'est l'eau, car elle fait tout reverdir.
D. Quelle est la plus savoureuse chair qui soit ?
R. La sauvagine (pris ici pour chair de bête sauvage, cerf, daim, chevreuil) après qu'on l'aurait chassée à force, puis laissée aller au bois deux ou trois ans, et puis qu'on la reprît pour la manger. — Voilà un plat à recommander pour un dîner pressé.
D. Qui serait en chemin et s'il avait aucun (quelque) mal au ventre, que lui pourrait-on faire ?
R. 11 faut lui faire prendre à jeun et au coucher, pendant quinze jours un lectuaire (sic), qui est fait de cinq choses et en boire ou manger gros comme trois ou quatre pois.
D. Le Roi demande de quoi cet électuaire est fait.
R. Les cinq choses de quoi cet électuaire est fait, ce sont : sargont, genciane, morelle, grain de o^ier bien mélangés avec du miel qui est la cinquième chose : et cestuy est appelé droict électuaire de vie.
Cette recette est précieuse, car, dit Sydrach, outre le mal de ventre, elle guérit tous les autres maux ; nous croyons en effet qu'il vaut mieux l'employer pour tous
— soles maux, surtout ceux à venir, que pour le mal de ventre qui prendrait en chemin, car la nécessité d'absorber l'électuaire pendant quinze jours avant d'en ressentir la salutaire influence, ne me semble pas permettre de ranger ce remède parmi les préparations à recommander pour les cas pressés.
D. Qui est plus gentil, le chien ou le chat ?
R. Ni l'un, ni l'autre ne sont gentils, mais le chat est plus privé pour l'homme que le chien, car le chat peut dormir sur le lit de son seigneur mieux que le chien, et aussi est pour garder le dedans de la maison de son seigneur pour la vermine, et aussi a plus grande franchise d'aller par l'hôtel à mont et à val que le chien ; car le chien ne doit demeurer qu'à la porte, dehors et non pas dedans ou aux champs où son métier est ; donc le chat a plus de noblesse que le chien.
D. Y a-t-il herbe pour faire voir les étoiles en plein jour.
R. Oui ! ! ! ! Une herbe basse, en guise de lupin jaune, et qui mettrait de cette herbe sur sa tête et dans sa bouche, il verrait les étoiles en plein midi.
Nous croyons qu'après l'indication de ce procédé destiné à révolutionner l'astronomie, nous pouvons tirer l'échelle.
97. La Dance des Aveugles. (A la fin) Cyjinist le (sic) Dance des aveugles imprimée à Paris par le Petit Laurens (vers 1492). In-8°, gothique; nombreuses figures sur bois, maroquin rouge, compart. de fil., doublé de maroquin violet avec mosaïque de maroquin citron, guirlandes de feuillages, mascarons. etc., tr. dor. (Très originale reliure de Lor tic père.)
Exemplaire de Firmin Didot.
La Dance des Aveugles fait partie de cette littérature peu folâtre du moyen âge dont la Danse Macabre est le plus bel échantillon. C'est du reste un curieux ouvrage, très peu connu, et qui mériterait au moins d'être cité comme spécimeji autant que l'éternel et insipide Roman de la Rose. 11 y a dans les vers de Michault, l'auteur de la Dance des Aveugles, de la vigueur et par moment même une certaine grâce. Quelques pointes, funeste tendance des poètes de la cour de Bourgogne à laquelle appartenait Michault en sa qualité de secrétaire de Charles le Téméraire , déparent seules l'ensemble sérieux de l'ouvrage.
La Dance des Aveugles, c'est la Danse que mènent les trois grandes Déités aveugles de la Fable , ou plutôt hélas ! de la Réalité, l'Amour, la Fortune et la Mort. Chacun de nous bon gré mal gré entre dans la Danse et saute, saute jusqu'au dernier saut.
Voici quelques vers qui feront connaître suffisamment le style et la manière de Michault.
Ceux-ci sont placés dans la bouche de l'Amour :
« Pour me servir, chacun veut le mieux faire,
L'un chante bien pour à sa Dame plaire,
L'autre a plaisir à avoir beaux cheveux,
Ainsi je fais le monde contrefaire,
Je fais rondeaux et balades parfaire,
Je fais courir et faire maint grands sauts.
Je fais fonder édifices moult hauts ;
Je fais voler trompettes et chevaux,
Je fais donner bagues, robes et dons
Dont les donnants ont souvent faux guerdons.
Je fais faire par le monde univers
Habits nouveaux en façons trop divers.
Je fais souvent ces jolis corps estreindre
Je fais porter ces chappelles (chapeaux) tout verts,
Bouquets garnis de très amoureux vers.
Et en chantant maintes fois la voix feindre,
Je fais polir les visages, et peindre,
Je fais chausser étroit et étroit ceindre,
Je fais lever ces bonnets et atours
Si haultement qu'ils ressemblent à tours.
Je fais muser maintes fois par la voie.
Je fais chanter tel qui n'a point de joie,
Et fais jeter à dolent son désaise (tristesse),
Tel rit à coup qui à l'heure lermoit (larmoyait),
Tel entreprend de poursuivir sa proie
Qui la lairra voire plaise on non plaise,
(qui la laissera qu'il lui plaise ou non)
Tel veut parler et je fais qu'il se taise,
Tel meurt de froid en ardente fournaise,
Tel a grand mal qui cèle ses clameurs.
Et tout ce vient des miracles d'Amour.
Ceux-ci sont prononcés par la Mort, souvent représentée au moyen âge (notamment dans les gravures d'Alb. Durer), non sur le cheval pâle de l'Apocalypse, mais sur un bœuf d'aspect lourd et fatigué, comme s'il avait à supporter sous la figure de la Mort qui le monte, le poids de toutes les douleurs humaines :
Sur ce bœuf-ci qui s'en va pas à pas
Assise suis et ne le hâte point
Mais sans courir je mets à grief trépas
Les plus bruyants quand mon dard dur les poinct (pique).
Je pique et poins quand je connais mon point
Sans aviser qui a assez vécu
Et si ne crains ni targe ni écu.
Car quand me plait, je poins et aiguillonne
Et ne sera jamais mon dard vaincu
Par royal sceptre ou florissant couronne.
L'âge sonnant sa flûte et son tambour Endort plusieurs entre temps que je viens Et an à an, mois à mois, jour à jour Les fait passer, sans les advertir rien :
Ils s'endorment sur les temporels biens Et n'ont de moi souvenance ou mémoire,
Jusque je viens qui fier de ma chassoire Pour leur donner effroi grief et terrible, Puis Accident à avec^ son cornet de vache Qui a un cri trop hideux et soudain Meurtrit plus gens que épée ni que hache.
98. Brandt (Séb.) Stultifera navis narragonice perfectionis nunq. satis laudaia navis vernaculo vulgarique sermone nup. fabricata... (A la fin) In laiidat. urbe Basiliensi nup. opéra Joh. Bergman de Olpe, anno 14Q7. Bien complet avec les feuillets supplémentaires. Petit in -4°, lettres rondes, mar. rouge, fil., tr. dor. 'Hardy).
1 17 figures sur bois qui ont souvent été copiées plus ou moins fidèlement dans les éditions postérieures. « Cet ouvrage singulier, dit Brunet. a eu une grande vogue à 1 "époque où il parut et les gravures en bois très remarquables dont il est orné le recommandent encore aux curieux. L'édition la plus ancienne est celle que nous citons 1497. Mais on en trouve difficilement des exemplaires bien conservés. » « Cet ouvrage, dit Harisse dans sa Bibliotheca americana vetustissima, est un des plus anciens ouvrages dans lesquels il soit question de la découverte de l'Amérique » encore innommée. Cela doit être assurément, car la nef des Fols, Navis Stultifera, a été imprimée en mars 1497. Et c"est en 1497 que Christophe Colomb aborda pour la première fois au véritable continent du Nouveau Monde, les vovages de 1492 et de 1493 n'ayant amené que la découverte des îles.
Voici ce passage célèbre, quoique généralement ignoré, qui intéresse les bibliographes américains.
¥° 76 verso. Plinius erravit, quamvis spectalibis auctor, Errores varios et Ptolemaeus habet :
Antea quae fuerat priscis incognita tellus Exposita est oculis et manifesta patet :
Hesperiae rex, Ferdinandus, in alto Aquore nunc gentes reperit innumeras.
En voici la traduction :
« Pline s'est trompé malgré tout son mérite, Ptolémée aussi a commis plus d'une erreur : une terre ignorée des anciens a subitement apparu à nos yeux, et le roi des pays d'Occident, Ferdinand, découvre en ce moment, tout au delà des mers, des peuples innombrables. »
99. La grad nef des folz du Monde en laquelle chascun home sage prenant plaisir de lire les passages des hystoires d'icelle morallement et briefvement exposées trouvera et congnoistra plusieurs manières de folz et aussi pourra discerner entre bien et mal et séparer vice et pèche : d'avec vertu à eulx côtraire quest ung œuvre excellëte pour mener l'homme en voye de salut i63o. 0)1 les vend à Lyon en la maison de Frâçois Juste Imprimeur devât nostre Dame de Confort. (A la fin) Cy jinist la nef des fol\ du monde. Premièrement composée en ahman par maistre Sebastien Brant docteur es-droit^. Consécutivement daleman en latin rédigée par maistre Jacques locher. Reveue et ornée de plusieurs belles concordances par ledit brant. Et
de nouvel translatée de latin en françoys et imprimée à Lyon sur le Rosne par François luste Imprimeur. Le dernier lour du moys de /«i«^/a«MCCCCCXXIX(i529). In-4° gothique, figures sur bois, maroquin olive, milieux dorés, tr. dor. [Traut^-Bauzonnet).
Très bel exemplaire de La Roche-Lacarelle. Traduction et glose très explicite de l'ouvrage précédent. Les figures sont à peu près les mêmes, mais agrandies, et il y en a en plus quelques-unes de nouvelles.
100. La MANIÈRE d'enter et planter en jardins. S. l. n. d. [vers i52o). Petit in-8° gothique, de 4 feuillets, figures, mar. brun janséniste, tr. dor. [Cape.)
Au titre, un bois représentant des cultivateurs pratiquant les diverses opérations de la greffe, au verso du dernier feuillet une chasse au sanglier. Ce petit traité, qui est attribué à Pierre de Crescens ou à Nicole Dumesnil, renferme de curieuses recettes, entre autres la suivante : « Pour faire que le fruict d'ung arbre qu'il soit laxatif, faictes un pertuis en la tige ou en la maîtresse racine dudict arbre d'une grosse tarière non pas tout oultre, mais jusque dedans la moelle bien avant et emplissez ledict pertuis de séné ou de ^[ulles (?) ou de turbich (?), lequel vous voulez des trois qui toutes sont choses laxatives et puis estouppez le pertuis de cire et de mousse et tout le fruit dudict arbre sera dès lors en avant laxatif. »
On peut essayer.
Exemplaire unique sur lequel a été fait une réimpression à petit nombre par Pilinski.
No 100
10 1. Les LOUPS ravissants, dit le Doctrinal moral contenant douze chapitres ou chascun pourra facilement congnaistre que c'est de bien et fuyr mal (par Robert Gobin, prêtre licencié en décret). On les vend à Parais [Philippe le Noir : marque à la Jîn) (vers 1S2S). Petit in-4°, gothique, figures, mar. rouge brun janséniste, tr. dor. [Duru.)
Livre rare et l'un des plus curieux que nous ayons en ce genre; nombreuses gravures sur bois représentant des loups habillés en hommes de toute condition. « C'est, dit La Croix du Maine, le plus hardi livre pour parler en toute liberté des ecclésiastiques que nous ayons encore vu écrit par un homme de sa profession. »
102. Ces présentes heures à l'usaige de Paris sont toutes au long sans ries requérir aveq les heures saincte geneviève et la cômemoration saint Marcel et de saint Germain (ma. que et nom de Guil. Eustace. Au verso du dernier feuillet :) Ces présentes heures furent achevées le XX iour de iuing Lan Mil CCCCC (iSoo) par Thielman Keruer (marque de Kerver) pour Guillaume Eustace. Petit in-4° gothique, de 96 feuillets, mar. rouge, dos orné, large dentelle au pointillé, tranche dorée et ciselée primitive [Duru.)
Edition non décrite. Dix-sept grandes gravures bordées et nombreuses petites dans le texte, la 14^ est celle de la Mort. Toutes les initiales sont peintes
en or et en couleur. Les pages de texte n'ont pas de bordures, mais sont encadrées d'un filet d'or. On lit à la fin cette note en écriture du commencement du xvi« siècle : Ces présentes Heures appartienënt à Honorable femme Jehanne Cocault féme de honorable home Pierre Johânes archer de la garde du roy notre Sire. Qui les trouvera, cy les rapporte on lui douera le vin.
Superbe exemplaire sur vélin, provenant de la bibliothèque Didot.
io3. Heures. Jésus soit en ma teste et à mon entendement .. Ala louange de Dieu... Ces présentes heures à lusaige de Romme pour Gilet hardouin libraire demourant à Paris sur le pont au change auprès de la belle ymage Nostre dame a lenseigîie de la Rose. (A la fin) Ces présentes heures furent achevées le XIX jour de janvier laji mil cinq cens et quatre par Antoine Chappiel, imprimeur, demourant à Paris, en la rue sainct Jehan de latran au collège de Friguet. In-8°, gothique très allongé format d'agenda, figures, mar. rouge, dos orné, fil., tr. dor., [Cape.)
Heures très remarquables par leur format inusité ; le volume a 253 millim. de haut et seulement 90 millim. de large. Douze figures moyennes, un grand nombre de petites dans le texte et bordures à chaque page.
Bel exemplaire cité par Brunet, tom. V, p. 163 1,
1 04- Les présentes heures a l'usaige de Tours toutes au long sans reqrir avec les figures et signes de la pocalypse, la vie du Sainct home Thobie et de la bône dame iudic, les accidës de Ihôme, le triûphe de césar et miracles nre dame : ont estefaictes à Paris pour Symô Vostre libraire, demourât a léseigne saïct iehanlevangeliste. S. d. (i5i2.) In-8°, gothique, figures, maroquin grenat bordé d'une dentelle à froid et compartiments de filets à froid et dorés, style Grolier. tr. dor. (^Lortic.)
Un des plus précieux et des plus rares livres d'heures de Simon Vostre. 14 grandes planches , plusieurs moyennes, nombreuses petites figures de saints dans le texte, bordure à chaque page dont la danse macabre et la série des jeux de l'enfance, etc.
Cet exemplaire est imprimé sur papier fin, toutes les lettres majuscules sont peintes en couleur avec le plus grand soin, et toutes les illustrations sont d'une vigueur rare à rencontrer dans ce genre de livres.
io5. Le quadragésimal spirituel, c'est assavoir la salade, les fèves frites, etc.. (A la fin) cy finit ce présent livre nommé le quadragésimal spirituel nouvellement imprimé à Paris par la veuve Michel Lenoir [vers 1S20). In-4°, gothique, mar. bleu., compart., fil., tr. dor. (Bau:{0}inet.)
Exemplaire de J.-C. Brunet. Un des plus curieux livres mystiques, mélange bizarre de cuisine et de dévotion. Au moyen de rapprochements étranges l'auteur attache un sens mystique à tous les mets qu'on
mangeait alors en carême ; en voici la liste ; elle diffère sensiblement du menu d'un grand dîner maigre de nos jours :
« La salade, les fèves frites, les pois passés, la purée, la lamproye, le saffren, les orenges, la violette de mars, les pruneaux (déjà !) les figues, les alemandes (amandes) le miel, le pain, les eschauldés, le vin blanc et rouge, l'ypocras. » Ce volume est parsemé de quatrains étranges ; en voici un échantillon.
« Les saints martirs te serviront De rosti par leurs bons exemples De bouilli et de poissons amples Quand autour de ton cœur yront.
La salade moult proffitable Signe (signifie) la parole de Dieu Qu'il faut ouïr en chacun lieu ; Pêcheurs, entendez ce notable. »
Enfin ces derniers vers après lesquels il faut tirer l'échelle :
« Les eschauldés font démontrance
Qu'il n'est qu'ung Dieu en trois personnes
Mettre là fault notre espérance. »
Dans quelle décadence sont tombés les échaudés qui ne paraissent plus guère aujourd'hui que sur la table des serins.
Le livre est orné de trois bois ; le plus curieux représente un festin servi par des diables.
Ce livre a eu une édition postérieure dont Henri Estienne s'est servi pour donner de curieux détails sur la cuisine du commencement du xvi^ siècle, mais dans celle-là on ne trouve pas les quatrains caractéristiques dont nous avons cité quelques-uns.