Le débat de l'hôme et de largent en rime
Pour ce que pouvreté me pince Lettres allez incontinent Et par vos dits monstrez au prince Que pour vray j'ai faulte d'argent, Si je n'ai esté diligent Ce a esté par grant maladie Laquelle m'a fait indigent Peu s'en fault que je ne mendie En tout patience.
s. /. u. d. Petit in-8° gothique de 23 feuillets, figures, maroquin orange avec riches compartiments et fers spéciaux représentant des pièces de monnaie, doublé de maroquin bleu, dentelles, tr. dor. (Cu\in.^
Cet opuscule extrêmement rare a été réimprimé par M. A. de Montaiglon dans son Recueil de poésies françaises^ VII, ^02. Brunetencite trois éditions, dont on ne connaît de chacune que deux ou trois exemplaires, mais celle-ci lui est restée inconnue, et nous ne croyons pas qu'on en connaisse d'autre exemplaire que celui-ci. Des vingt-trois feuillets, dix-neuf, outre le titre, sont ornés au recto et au verso d'une gravure sur bois représentant toujours, comme celle qui est reproduite ci-contre, un buste d'homme dialoguant avec une pièce de monnaie. A première vue ces bois se ressemblent, mais, suivant le dialogue et le texte, les expressions de la tête de l'homme et de l'effigie de Denaro, la pièce de monnaie, sont différentes. Quant c'est l'argent qui débat, l'effigie de Denaro ouvre la bouche, prend tour à tour des airs sévères ou gais conformes aux textes qu'elle débite. Il en est de même quand c'est l'homme qui a la parole.
C'est un intéressant spécimen de notre ancienne littérature que ce dialogue entre l'Homme qui reproche à l'Argent tous les maux qu'il occasionne et l'Argent qui se défend de son mieux en rappelant tout le bien qu'il fait, églises bâties, pauvres secourus, amis obligés.
Les invectives de l'Homme sont véritablement indignées :
« Femmes souvent à l'abandon Se mettent pour t'avoir, glouton ;
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No 126
Ne fus-tu pas de maie heure trouvé Quand par toi fut un tel crime commis : Mieux eut valu à Judas n'estre né Car par cela en enfer il fut mis Avec Sathan et tous nos ennemis, Ou il sera perpétuellement, Et toi aussi après le jugement ! »
Malgré tout, l'argent l'emporte et l'auteur termine son ouvrage par ce philosophique rondeau :
« Or, Messeigneurs, qui ce livre lisez C'est le débat de l'Homme et de l'Argent. En bien lisant leurs esprits entendrez : L'Argent se dit aimé de mainte gent Et l'Homme est à luy contredisant ; Et je dis moi que c'est un grant plaisir Que d'en avoir toujours à son désir.
Qui a argent heureux se peut tenir.
Chacun lui fait révérence et honneur Le redoubtant comme maître et seigneur, Car toutes gens si le veulent servir, Tous désirent son amour obtenir, Il est prisé du grand et du mineur Qui a argent.
Maisons, châteaux à son gré peut bâtir. Ensuivre doit toutes gens de valeur, Par ce moyen montera en hauteur Et malgré tous fera à son plaisir Qui a argent.
C'est l'opinion d'un pauvre auteur famélique traînant sa misère dans la boue du xvi^ siècle : vers la même époque un riche seigneur des Pays-Bas, héritier de la puissante maison de Hornes, grand amateur de livres et de belles choses, inscrivait sur toutes ses richesses, depuis le fronton de ses châteaux jusqu'à la reliure de ses livres, cette mélancolique devise : « Fortune rend triste. »
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Hélas, il y a longtemps qu'on le sait, et nous l'avons appris tout petits dans nos grammaires : nemo contentus suâ sorte.
127. Les souhaits du monde. S. l. n. d. Petit in-8"* de 4 feuillets, gothique, figure, maroquin citron, mosaïque de mar, vert doublé de vélin (Jo//.)
Plaquette très rare. Reliure à mosaïque en maroquin citron avec entrelacs de filets en maroquin vert de style renaissance. Cet exemplaire, qui a passé parles bibliothèques Nodier et Laroche-Lacarelle, était précédemment relié en maroquin bleu de Duru.
128. Les Regrets de Picardie: et de Tournay a XXIX coupletz. Pet. in-8° goth., de 7 feuillets non chiff., fig. sur le titre, maroq. bleu doublé de maroq. orange, fleurs de lis, tr. dor. (Chambolle-Diirii.^
Cette édition n'est pas la même que celle qui est mentionnée par Brunet. La pièce n'est pas datée, mais le dernier couplet nous apprend qu'elle est de l'année i522. C'est une sorte de complainte à trois personnages, YActeur, Picardie et Tourjiesis. L'Acteur met en scène les deux principaux interlocuteurs dont il a entendu la conversation pendant qu'il « sommeillait à l'ombre des bois pers » et Tournesis et Picardie commencent à échanger leurs doléances à propos de la prise de Tournay par Charles Quint et de l'abandon de François I"^'" qui n'avait pu ou n'avait su secourir la malheureuse cité, réduite après une héroïque résistance de six mois à capituler faute de vivres.
129- Les grandes merveilles veues es parties orientalles par les patrons des gallées, nouvellement imprimées. S. l. n. ci., pet. in-8° goth., de 8 feuillets non chiff., maroq. lavall., tr. dor. (Chambolle-Diiru.')
Petite plaquette fort rare ornée de quatre figures sur bois. Exemplaire de M. Yéméniz, le seul cité.