LOUIS XIV ET MARIE-THERESE D'AUTRICHE
I 7. Eloges historiques des Empereurs, des Rois, des Princes, des Impératrices, des Reynes, et des Princesses qui dans tous les siècles ont excellé en piété, par Messire Antoine Godeau, evesque et seigneur de Vence. Paris, che\ François Muguet, imprimeur ordinaire du Roy et de M. VArchevesque, 1667. In-4°, maroquin rouge compart. fil. et dos fleurdelisés, tr. dor.
Exemplaire de dédicace aux armes de Louis XIV et de Marie-Thérèse.
Ce livre qui ne sort guère de la banalité ordinaire de ces sortes d'ouvrages présente cependant une particularité intéressante : c'est à peu près le seul de l'époque qui, dédié au roi, n'offre pas dans sa dédicace cette phénoménale platitude dont ne furent pas exempts eux-mêmes Molière, Racine et Boileau. Ce ne sont pas seulement des éloges que Godeau donne au Roi : ce sont aussi des conseils qui pourraient presque passer pour des leçons. Il lui conseille d'étudier la vie de son ancêtre Louis IX, qui fut, dit-il, « vaillant sans être brutal, magnifique sans être prodigue, juste sans être cruel, dévot sans être faible, et chaste sans être farouche. » (Ce dernier défaut ne pouvait en bonne justice, se reprocher à Louis XIV, mais les autres!) « Déjà, continue-t-il, V. M. comme lui, a employé son authorité pour bannir le blasphème de son royaume. Déjà, comme lui, elle a réformé les abus qui se commettaient dans l'administration de sa justice. Déjà,commelui, ellearétablilaPoliceet banni la Débauche. » Puis, plus rien ; voilà tous les éloges que Godeau décerne à Louis XIV. Il y a loin, on le voit, de lui à Saint Louis. Et le Monarque-Soleil dut trouver la louange mince.
La fin de la dédicace est écrite avec la même liberté et dut faire un effet étrange au milieu de cette cour d'aplatis : « Que saurais-je après cela souhaiter à V. M. de plus grand que de ressembler à Saint Louis en toute chose. Je crois que V. M. ne condamnera pas la liberté qu'un Evesque prend de lui parler de la sorte et qu'elle me fera l'honneur de croire que je suis avec plus de passion et de vérité que ceux qui lui adressent des Panégyriques flatteurs et intéressés, Sire, de V. M. le très-humble et très fidèle serviteur et sujet. »
Godeau n'est pas sur la liste des pensionnés de Louis XIV.