ACTE QUATRIEME l
LOVEL
Alors, voyez Pégomas !
LE MAIRE
Mais, c'est de lui qu'il s'agit. Par un revirement inexplicable, dans leur réuaion d'hier soir, les électeurs de M. de Laversée ontvoté la candidature de Pégomas par acclamations.
Bah!
LE MAIRE
Voilà notre candidat par terre. Si le mouvement continue, Pégomas passera sur le corps de l'avocat Costeloub, son seul concurrent, et on le nommera malgré nous, malgré lui!... C'est inouï !... Depuis trente-cinq ans que je fais les élections, à la satisfaction des divers gouvernements qui m'ont honoré de leur confiance, c'est la première fois que je vois les électeurs choisir, entre deux candidats qui se portent, un troisième qui ne se porte pas.
LOVEL
Que voulez-vous que j'y fasse?
LE MAIRE, désespéré.
Et moi, monsieur le député, que dois-je faire?... Je vous jure qu'il n'y a pas de ma faute! c'est à n'y pas croire!... Je suis désolé ! Et ma femme qui comptait que j'aurais la croix!... Vous savez, les femmes!... Ah! si je ne l'ai pas, elle en fera une maladie, bien sur... Il faut pourtant que le gouvernement se défende! Mais, comment? Que faire? ma position est effroyable.
Peuh! Après tout, Pégomas représente aussi nos idées.
LE MAIRE
Mais ce n'est pas le candidat du gouvernement...
LOVEL
Ah! prenez garde, monsieur le maire, vous semblez dire qu'il y a encore des candidatures ofQcielles. N'oubliez jamais ceci: Le gouvernement n'est que le serviteur du sulïrage universel. 11 doit à ses volontés une obéissance absolue. Continuez donc à combattre l'avocat Costcloub, puisqu'il ne représente qu'une minorité, paraît-il, et laissez l'aire la majorité... Si elle préfère Pégomas, eh bien, qu'elle prenne Pégomas! Vox populi, vox Dei.
LE MAIRE, éclair,'.
Ah 1 je comprends!
LOVEL, ù pari.
C'est heureux.
LE MAIRE
Je suivrai ponctuellement vos instructions. Et... quant à ma femme, c'est-à-dire à... ma décoration... puis-je espérer?...
Ah çà!... Vous savez (pie nous n'avons qu'une croix à donner?
LE MAIRE, naïvement.
Mais, je n'en demande pas davantage!
On .iperçoit au dehors Pégomas entouré et suivi de gens dont il se déliarrasse avec des poi|,'nécs de main. Au moment où il entre comme un roii|) de vent, le Maire qui sort, le salue profondément.