ACTE PREMIER
PIERRE
Dieu vous bénisse, vieille pie !
COLTNER.
Il n"y a que monsieur... comment vous l'appelez?... qui fait des pièces de comédie...
PIERRE
Larvejol ?
COLTNER.
Oui, il m'a vendu un autographe de M. Ibsen, et un vieux pantalon... Et M. Caracel, le paysagiste, un complet... (i-e lui montrant.) Vojez ! il est gentil?... Tenez ! cinquante francs, voulez-vous ?
PIERRE
Et de l'argent ?
COLTNER.
Les autres peintres, ils étaient tous partis pour savoir s'ils ont des récompenses.
PIERRE
Ah! oui, c'est aujourd'hui que le jury s'assemble.
COLTNER.
Et vous n'allez pas aussi, vous?
PIERRE
Pourquoi faire ?
COLTNER.
Vous croyez pas que votre statue aura la médaille ?
PIERRE
Non.
Moi, je crois pas non plus. C'est votre faute, aussi ! Vous faites pas de visites. Vous vivez comme un sauvage. Et puis, vous êtes pas gentil pour votre vieux Coltner, vous pensez jamais à lui... Au lieu de mettre votre montre au Mont-de-Piété, pourquoi que vous m'avez pas donné la préférence? Non, c'est pas gentil!... Vendez-moi quelque chose ?
PIERRE, agacé.
Oh!
COLTNER.
N'importe quoi ! (Apercevant un paletot sur la chaise, il va le prendre.)
Tenez! ce paletot...? au mois de mai !... un paletot!... Oh!... dix francs!... Je vous donne une belle pièce d'or toute neuve! C'est dit! J'emporte!
PIERRE, le reprenant.
Voulez-vous bien!...
COLTNER.
Eh bien, autre chose !... Vous avez besoin aussi !... Votre maman arrive aujourd'hui.
PIERRE
Qu'est-ce qui vous a dit ça?
COLTNER.
Je sais. Elle vient tous les ans, le jour des récompenses.
PIERRE
Pauvre femme ! Cela ne lui réussit guère.
COLTNER.
Il faudra bien la promener votre maman, la mener au spectacle, au restaurant...