SCÈNE PREMIÈRE
FRITZMANN , Valets , ensuite BERTA.
fritzMANN., aux valets.
Emportez cette harpe chez le luthier, et dites-lui de raccommoder, sur-le-champ , la pédalo qui est dérange'e ; il faut que cet instrument soit emballé dans la journée : tout le monde part pour la campagne, après la noce. (Les valets] emportent la harpe. )
BERTA
La noce lia noce! se fera-t-elle, la noce? Le promis (i) n'arrive pas ; et il me semble qu'on ne peut guères se marier sans lui.
FRITZMANN.
Que dit mademoiselle Berta ?
i Expression dont on se sert à Berlin pour désigner le pi étendu;
BERTA
Je dis qu'on ne peut pas faire un mariage, sans mari. FRITZMANN.
Cela arrive souvent. On joue de la harpe dans un cencert ; au lieu de regarder la musique , ou a les yeux dans la salle ; tout à coup en aperçoit celui qu'on aime à côté d'une jolie femme ; dans un moment de dépit , on appuie le pied sur la pédale un peu plus fort que de coutume, et crac! voilà de l'ouvrage pour le luthier.
BERTA
Que diantre me chante-t-jl là? Vous radotez, père Fritzmann.
FRITZMANN.
C'est vrai, ce que je dis-, voilà trois fois qu'on raccommode cette harpe cette semaine.
BERTA
Maudit sourd! va. {Elle lui fait signe de prendre son cornet. )
FRITZMANN.
Je vous en'ends fort bien sans cela , mademoiselle; ne dirait' on pas que je suis sourd?
BERTA
Non, il ne l'est pas 5 quand on lui parle il faut toujonrs crier à se compromettre , et il ne vous entend pas encore.
FRITZMANN.
Oui, je sais de vos nouvelles! parce que j'ai l'oreil'e un peu dure , vous voulez me faire passer pour sourd , afin que monsieur le baron m'ôt; ma place de concierge; mais grâce au ciel, j'entends les ordres qu'il me donne; et malgré les complots que l'on fait ,ici, contre moi, tous les jours, on ne parviendra pas à me faire perdre la confiance d'un si bon maître. Je me suis bien aperçu, depuis long-temps, que, quand je suis là, tout le monde parle bas., afin que je n'entende point, et l'on s'imagine que je ne sais rien ; mais j'ai tout écouté.
BERTA
Avec les yeux probablement.
FRITZMANN.
Et la preuve que j'entends : c'est que je n'ignore pas que monsieur le baron marie sa nièce avec uu jeune colonel qui
devait arriver avant-hier de Breslaw à Berlin, que le mariage devait se faire htfr, mais qu'il a été remis à ce m.itin, parce que le jeune colonel a oublié de venir, et que monsieur le baron a décidé, qu'après la cérémonie, tout le monde partirait, aujourd'hui, pour ses terres delà Poméranie !!.,. EU bien, mademoiselle, ai-je bien entendu?
BERTA
C'est vrai , vous entendez ; mais cela n'empêche pas , père Fritzmann, que vous ne {avec le ton de compliment} soyez un vieux radoteur. •
fritzmann, trompé par le geste. C'est bon! c'est bon ! je n'aime pas qu'on me flatte.
berta , de même.
Un Vieil entêté !
FRITZMANN.
Merci ? merci 1
u E rt A , Mém e jeu .
Air des maris ont tort.
Bref, vous êtes un méchant homme Qui nous faites toujours gronder; Aussi je vous hais, Dieu sait comme î
FRITZMANN.
Vos complimens vont m'obséder berta , ayant toujours un air flatteur.
Même, d'une façon accorte, Quelque jour, vilain rapporteur, Je vous ferai mettre à la porte.
FRITZMANN.
Je sais que vous avez bon cœur.
Et si vous vouliez, mamzelle Berta, nous pourrions faire un petit arrangement... Je ne suis pas sourd ; mais je n'entends pas quelquefois?.. Ne rrre quittez pas, quand monsieur le baron me donnera un ordre ; je ferai semblant de l'entendre parfaitement, et vous me le transmettrez en particulier au moyen de cette oreille supplémentaire (il montre son cornet) que je cache aux yeux de tout le inonda et pour cause. Si vous me rendez ce petit service, vous serez contente de moi.
BERTA
Je ne demande pas mieux.
fritzmann, qui avait son cornet.
Vous ne dcmaLdez pas mieux; eh! Lien, nous voilà d'accord!
Berta, à part.
C'est bon, je lui ferai faire toutes les bévues que je voudrai.
FRITZMANN.
Mais surtout gardez- moi le secret!
BERTA
Je vous le promets. (A part. ) Nous allons nous amuser. (Haut.) Silence ! voilà monsieur le baron.
fritzmann, cachant son cornet.
Il ne faut pas montrer le bout de l'oreille.