LA DUCHESSE, M. DE CHAVIGNY
M. DE CHAVIGNY
Cet empressement, madame, est de favorable augure.
LA DUCHESSE
Vous pourriez vous tromper.
M. DE CHAVIGNY
Que dites-vous là, madame la duchesse? Vous savez les vastes projets de votre oncle le cardinal. Ils doivent, par une étroite alliance avec la Lorraine, contribuer à la grandeur de la France et à l’éclat do votre maison.
LA DUCHESSE
Je sais tout cela.
M. DE CHAVIGNY
On songeait bien à absorber tou t à Tailla Lorraine, mais pour le moment, en face de l’Europe coalisée, il y faut renoncer; nous ne saurions nous entendre avec le duc Charles IV, retiré à Vienne, ni avec son cousin le duc d’Elbeuf, en rébellion ouverte contre le roi et réfugié à Sedan près du duc de Bouillon et de monseigneur Gaston d’Orléans. Il ne reste donc plus que le frère cadet de M. d'Elbeuf, M. le comte d'Harcourt, et c’est sur lui qu’oq a jeté les yeux.
LA DUCHESSE, se levant.
Ces mêmes paroles, je les ai entendues, il y a deux jours, de la bouche du cardinal, et voici ce que je lui ai répondu : * A quinze ans j 'étais mariée presque de force au duc de Puylnurens. Je n’étais qu’une enfant et vous me faisiez déjà servir d’instrument à vos combinaisons politiques. Dieu sait quel lugubre dénoûmcnt attendait cette courte alliance 1 Aujourd'hui vous prétendez rn’entrainer encore dans le tortueux dédale des raisons d’État, et vous faites bon marché de ma personne, de mon cœur, de ma liberté. Mais moi, je réponds que je suis devenue femme, et que vous ne me sacrifierez pas une seconde fois. M. de Puylaurens, après six mois ue mariage, est mort prisonnier à Vincennes. Qui sait si celle couronne de Lorraine ne glisserait pas aussi de mon front à la première indocilité de M. d’Harcourt. »
M. DF. CHAVIGNY
Vous aviez demandé deuxjours pour réfléchir.