LA DUCHESSE, M. DE CHAVIGNY
LA DUCHESSE
Monsieur de Chavigny, vous allez trouver que les femmes sont bien curieuses; mois je meurs d’envie de savoir ce qu’a pu faire cette jeune fille.
M. DK CHAVIGNY.
Eh ! mon Dieu, de quoi peut-il êlre question par le temps qui court, sinon de conspirations !
LA DUCHESSE, riant.
Une conspiration de jeune fille!... voilà qui est piquant.
M. DE CHAVIGNY
Celle-ci est soupçonnée d’avoir apporté d’Allemagne des papiers compromettants.
LA DUCHESSE
Et ces papiers, on les a saisis, sans doute?
M. DE CHAVIGNY, jetant los yeux sur le rapport.
On n’a rien trouvé sur elle.
LA DUCHESSE
Mais alors, vos agents se sont trompés.
M. DE CHAVIGNY
C’est impossible!
LA DUCHESSE
C’est impossible, mais ça se voit... Où l’a-t-on arrêlée ?
M DE CHAVIGNY
Dans la rue Quincampoix, elle sortait d’un cabaret qui a pour enseigne ÏÉpée-de-JBois.
LA DUCHESSE, étonnée.
V Épèe-<le-Bois ?
'iü
M. DE CHAVIGNV.
Ah ! vous ne connaissez pas cela ?
LA DUCHESSE, souriant.
Mais pardon, parfaitement, (a part.) Si c’était l’apparition mystérieuse... (Haut.) Répondez-tnoi, mon cher ministre; le rapport dit-il que cette grande criminelle porte le costume des petites bourgeoises allemandes?
M. DE CHAVIGNV.
Précisément.
LA DUCHESSE
Dit-il aussi qu’elle est remarquable par son extrême pâleur?
m. de' chavignv.
Comment savez-vous?
. LA DUCnESSE. ■
Je sais bien des choses, (a pari.) Plus de doute, c’est la femme qu’il aime et qu’il croit morte.
M. DE CHAVIGNV; il so 1ère.
Oserai-je vous demander quelles sont ces choses que vous savez?
Ceci est tout un roman que je vous conterai en deux mots, mais un roman d’amour où la politique n’entre absolument pour rien! et l’autre, la vraie criminelle, remet sans doute en ce moment à leur adresse les papiers compromettants.
M. DE CHAVIGNV.
Par cxemplel
LA DUCHESSE
Sachez d’abord que je connais l’amoureuse et même un peu le galant; une inclination contrariée, une famille barbare qui veut marier le jeune homme à une autre femme malgré elle et malgré lui ; désespoir, fuite de la jeune tille. On veut les séparer; plutôt mourir! Bref! elle demande grâce et protection à un honnête homme... cet honnête homme c’est vous I
M. DE CHAVIGNV.
Moi ?
LA DUCHESSE
Cette grâce, vous la lui accorderez à ma pressante sollicitation, et vous aurez fait le bonheur de trois personnes, dignes, je vous l’assure, de toute votre bienveillance et de toute votre pitié.