ACTE DEUXIÈME
. M. DE CHAV1GNY.
Qu’elle ne parle pas, du moins, sans nous montrer son visage.
La dachesso regarde fixement Harcourt et abaisse lentement le capuchon de la mante qui eourro le visage d'Hilda.
HARCOURT, h part.
Juste ciel 1 Hilda 1 Ililda vivante !
LA DUCHESSE, vivement et h voix basse.
Prenez garde I Si vous la reconnaissez, elle est perdue!
M. DE CHAYIGNY.
Cette jeune fille est belle, n’est-ce pas, monsieur le comte? Mais voyez donc, quelle pâleur !
HARCOURT, froidement.
En effet; c’est l’émotion, sans doute...
M. DE CHAVIGNY
Voilà une pauvre enfant qu’ou accusait pourtant d’un crime capital.
HARCOURT
Vraiment?
M. DE CHAVIGNY
Et qui serait à cette heure enfermée dans quelque cachot, car on l’avait arretée, si madame la duchesse, à qui vous pouvez adresür votre compliment, n’avait eu la généreuse pensée d’intercéder pour elle.
HARCOURT
Que madame la duchesse soit louée pour cette belle action... Et quel est le bclîlre qui avait arrêté cette grande criminelle ?
M. DE CHAVIGNY
M. Lonnelas que voici.
HARCOURT
L’agent secret de Son Eminence?... Parbleu! enchanté de faire votre connaissance, monsieur; vous avez commis là une lourde bévue... Mais attendez donc... je vous ai déjà vu quelque part... Je crois même avoir eu l’honneur, cette nuit passée, de vous donner quelques coups de bâton, n'est-ce pas, messieurs? Ilecevez-en mes excuses. Aussi pourquoi venir nous épier sous un déguisement? Vous eussiez dit : « J’appartiens à M. le cardinal, » que toutes les portes se seraient ouvertes devant vous. Oh! oh! je suis vraiment désolé de l’aventure. Mais quittez, jC'Vous prie, cet air rebar-
batii'. Bien qu’à vous regarder, celle pauvre enfant est là tremblante, comme si elle avait encore quelque chose à craindre.
HILDA
Si je tremble, monsieur, c’est de joie; oui, je suis heureuse... heureuse de ne voir autour de moi que des visages amis, quand je redoutais des embûches et des trahisons.
LO.NNELAS, bas à Ctiavigny.
Prenez garde, monseigneur, de laisser échapper un complot 1
M. DE CHAVIGNY
Monsieur le comte, vous n’avez jamais vu celte jeune fille?
HARCOURT, avec indifférence.
Moi ? El où diable voulez-vous que je l’aie vue, puisque M. Lonnelas, cet oracle infaillible, assure qu'efie arrive d’Allemagne la nuit dernière?
M. DE CHAVIGNY
C’est vrai! »
HARCOÙRT.
Il est tout naturel qu’à l’exemple de madame la duchesse, je m’intéresse a tant de grâce et de beauté, (a tiiida.) Vous avez dû bien souffrir, mademoiselle, car vos traits portent l'empreinte de la fatigue et du chagrin.
HILDA
Je bénis mes souffrances, monsieur, puisque Dieu, en m’envoyant d’aussi dévoués protecteurs, me donne l’espoir qu’elles sont à jamais finies.
HARCOURT
Soyez assurée que vos ennemis, quels qu’ils soient, ne pourront plus vous atteindre, car vous êtes sous la protection... de M. de Chavigny, le plus puissant et le plus juste des ministres du roi, après M. le cardinal, bien entendu.
M. DE CHAVIGNY
Vous me flattez, monsieur le comte... mais il faut songer à vos préparatifs de départ.
FAHET.
Je cours acheter à crédit mon cheval de bataille.
SAINT-AMANT
Et moi, une bonne cuirasse à l’épreuve de la bombe, dans le dos surtout.