III LD A
Maurice, n’étes-vous plus mon ami? Pourquoi ce ton cérémonieux avec la compagne de votre enfance? Avezvous oublié nos bonnes causeries au foyer de mon pauvre père ?
MAURICE
Je n’ai rien oublié.
Je savais que vous vous étiez distingué sur les champs de bataille.
MAURICE
Si je ne me suis pas fait tuer, ce n’est pas ma faute.
HILDA
Le courage n’exclut pas la prudence, et se hasarder sans motifs, c’est dire que l’on n’esl plus rattaché au monde par aucun lien d’affection.
MAURICE
Il faut me pardonner. J’ai toujours été un homme bizarre. Le monde dont vous parlez ne m’a jamais donné ni un regard de bienveillance ni une preuve de sympathie. De bonne heure j’ai connu l’amertume et la vanité des joies terrestres; et, me repliant sur moi-même, j’ai marché en avant, me confiant au hasard, sans ambition et sans crainte, suivant mon chemin tel que Dieu me le lait, comme un rêveur de notre belle Allemagne.
Si
HILDA
Nul mieux que vous ne mérite le bonheur, car vous êtes le plus dévoué et le meilleur des hommes.
MAURICE
Je vais bientôt partir, Hilda; qui sait si nous nous reverrons. Mais votre nouvelle fortune vous a créé de puissants ennemis. Celte duchesse elle-même, ne vous fiez qu’à demi à sa bienveillante protection... Un jour, vous pouvez vous trouver seule. L’adversité peut visiter votre foyer. Alors, Hilda, veuillez songer qu'il vous reste un ami. En quelque coin du monde. qu’il se trouve, au premier appel il sera là.
HILDA
Maurice, je vous le promets... Mais voici M. le comte d’Harcourt.