HILDA, MAURICE
MAURICE, prenant la main d’ililda.
Oui, Maurice, qui est bien heureux de vous revoir, Hilda.
HILDA, tristement.
Soyez le bienvenu, Maurice, mon ami...
MAURICE
Ces mots viennent des lèvres et non pas du cœur... Vous vous étiez d'abord reculée comme si vous aviez eu peur de moi.
HILDA, avec douceur.
Quelle idée!... moi, peur de vous... vous savez que je vous regarde comme un frère...
MAURICE, arec amertume.
Comme un frère!...
HILDA
Mon bon Maurice, je vous en prie, que votre retour ne soit pas marque par des paroles amères! Est-ce ma faute à moi, si mon cœur n’a pu se donner à vous? Toutes les contraintes du monde n’y sauraient rien faire. Il n’est ouvert
a u’à des sentiments plus calmes (Elle lui tend ta main.) et plus urables... Croyez-moi, là aussi, on peut trouver bien des joies.
MAURICE
Vous avez raison, et puisque je reviens, je lâcherai que ma présence ne soit pas une persécution pour vous... (Après un siionco.) Ainsi, vous n’attendez personne?...
HILDA, avec un mouvement.
El qui puis-je recevoir la nuit?
MAURICE
Pardonnez-moi, Hilda...
* HILDA, à part.
Mentir I toujours mentir I que cette contrainte me fait mal!...
Elle s’assied près de la table.
MAURICE. '
J’aurais peut-être dû attendre à demain... mais...
Il s'arrête.
PROLOGUK ' 5
HILDA
Ces mots couverts me blessent à la fin... Voyons, que savez- vous?
MAURICE
Dites ce que vous croyez savoir, 'je vous en prie.
Elle retombe plongée dans l'abattement.
MAURICE
Je vous obéirai donc, Hilda; mais vous n’ignorez pas pourquoi j’ai brusquement quitté notre bourg. Presque entants on nous avait fiancés. Nos pères étaient amis et voisins. Moi, j’ai grandi en m’habituant à vous regarder comme ma femme. Vous, vous évitiez autant que vous le pouviez cas tête-à-tête si chers aux fiancés allemands. Quand je prenais votre main, elle ne répondait pas à mon étreinte. Je ne désespérais pas pourtant de briser celte barrière, de fondre cette glace. Un jour maudit où j’avais eu le cœur torturé par ces mille riens que la femme indifférente ne soupçonne même pas, je sortis d’ici en emportant dans mon âme la plus horrible douleur.
IIILDA.
Par votre faute.
MAURICE
Je sellai mon cheval et je partis, pensant que je vous avais dit un éternel adieu. Pendant trois mois, j’ai erré à travers l'Allemagne. La nature entière me paraissait déserte puisque vous n’étiez pas là. Enfin, je n’ai pu y tenir et je suis revenu ici, pousse par une force invincible. Il était tard quand je mis pied à lerre sur la place de notre petite ville. Mais tout le monde est debout dans une nuit comme celleci. Je fus bien vite reconnu et entouré par mes amis. Oh I je n’oserai jamais vous répéter les calomnies dont ils ont salué mon retour.
niLDA.
Qu’onl-ils pu dire?
MAURICE
Us ont osé me dire que, la nuit, un homme, enveloppé d’un manteau, se glissait dans la rue que vous habitez... Ils ont ajouté que la porte de votre maison restait entrebâillée fort tard, et que, longtemps après la nuit close, une lueur brillait entre les fentes de vos volets...
HILDA, chancelant
Et vous ne l’avez pas cru, n’est-ce pas?
MAURICE, la regardant fixement.
J’ai répondu qu’il était impossible que vous eussiez souilié la demeure où votre mère e.'t morte... j’ai dit que Dieu ne pouvait vous avoir donné le front pur d’une vierge et des
J eux limpides comme la voûte céleste pour envelopper l’âme 'une fille perdue.
HILDA, te levant.
Maurice!... (Bile te rassied.) Continuez...
MAURICE
Je me suis acheminé vers voire maison, Hilda... j’ai aperçu une lumière trembler derrière vos rideaux, et j’ai vu la porte entrebâillée... j’ai gravi l'escalier et je me suis trouvé en face de vous... Oh! si j'avaisrencontré un homme dans celle chambre, je l’aurais tuél
HILDA, effrayée.
El de quel droit?