ACTE CFNQUIÈM E
HILDA
Si vous avez découvert ma demeure, c’est par l’aide de nos ennemis.
LA DUCHESSE
C’est vrai! Mais pour préserver le comte, il fallait tout savoir. La maréchaussée dispersant votre petite troupe dans la forêt de Senlis ; le comte vous quittant pour attirer sur lui toutes les poursuites, et perdant vos traces; l’arrestation du chevalier, votre retour à Paris, le comte y revenant luimême, il n’y a pas une heure... il fallait savoir tout cela, et tout cela, je l’ai su.
HILDA
Oui, oui!... vous êtes bien instruite, madame, et c’est la joie dans l'âme, des diamants au cou, que vous venez m’annoncer ces lugubres événements...
L’espoir d’arracher le comte d’Harcourt au bourreau, si vous voulez m’aider dans mon projet, me fait paraître à la fête donnée au roi par le premier ministre.
HILDA
Une fêtel quand des échafauds se préparent...
LA DUCHESSE
Écoutez-moi. Il faut d’abord aller au-devant du comte et l’empêcher de se livrer. Avec moi, on vous laissera passer... Je vous dirai ensuite ce qu’il vous reste à faire...
HILDA
Non, je ne vous suivrai pas. Votre pitié pour Henri est une pitié feinte, vous voulez vous venger de ses dédains... Non ! je ne vous suivrai pas... Henri est à cette heure hors de votre atteinte... je n’en veux d’autres preuves que la pâleur qui viçnt subitement d'envahir vos traits...
LA DUCHESSE
Je prie Dieu qu’il m’envoie le don de vous persuader!... Vous seule pouvez encore détourner la hache levée sur la tête du comte.
HILDA
Et comment le pourrais-je?...
LA DUCHESSE
En écrivant au premier ministre que vous repartez cette nuit même pour l’Allemagne et que vous renoncez à M. d’Harcourt.
HILDA
Je n’écrirai pas cela, madame...
LA DUCHESSE
Vous aimez mieux qu’il meure ?
HILDA
J’aime mieux qu’il ne me méprise pas.
LA DUCHESSE
Ainsi, vous rejetez le moyen de salut que je vous apporte, le seul moyen, entendez-vous.
HILDA
Il n’èsl pas en mon pouvoir d’arracher de mon cœur la pensée qui le remplit... si je vous disais, madame, que je me résigne à renoncera Henri... je mentirais et vous ne me croiriez pas. Rappelez-vous que j’ai survécu à la mort de tous les miens que j’ai abandonné mon pays, supportant sans me plaindre la misère, la faim, l’épuisement, pour venir le retrouver... l’espérance m’a seule soutenues travers tous les périls... Je puis renoncer à l’existence... mais non pas à son amour...
LA DUCHESSE
Malheureuse enfant 1... Mais vous ne voyez donc pas que e l’aime?
HILDA
Vous l’avouez, enfin !
Eh bien, oui...
HILDA
Vous l’aimez 1... oh ! alors, je saurai vous le disputer..* Vous n’entendrez plus mes prières, vous ne verrez plus couler mes larmes... non... je me relève et je vous regarde en face, vous ma rivale, mon ennemie... vous qui m’avez plongée dans cet abîme de douleurs !... Le ciel vous réserve un châtiment... C’est de savoir que moi seule je suis aimée d’Henri, moi seule, entendez-vous ? quelle joie j’éprouve à vous torturer avec ce mot... Il m’aime, et pour vous il n’a que de la haine et du mépris.
LA DUCHESSE
Pour me braver avec cette audace, vous oubliez donc qui je suisl Mais vous avez beau me prodiguer l’injure, me soupçonner de toutes les trahisons, moi qui vous ai sauvée et qui voudrais vous sauver encore, je ne garde pour vous, Dieu m’en est témoin, (que le sentiment de la miséricorde et de la pitié. Plus qu’un mot, le dernier. Si cette nuit le comte d’Harcourt était en danger de mort, pensez à ce que je vous ai dit. Vous n’aurez qu’à prononcer mon nom, on vous conduira, vers moi...
Elle sort par le fond.