‹ Cadet la perle drame en cinq actes en huit tableauxChapitre 87 sur 97 · ACTE CFNQUIÈM E · texte numérisé non relu

ACTE CFNQUIÈM E

HILDA

Si vous avez découvert ma demeure, c’est par l’aide de nos ennemis.

LA DUCHESSE

C’est vrai! Mais pour préserver le comte, il fallait tout savoir. La maréchaussée dispersant votre petite troupe dans la forêt de Senlis ; le comte vous quittant pour attirer sur lui toutes les poursuites, et perdant vos traces; l’arrestation du chevalier, votre retour à Paris, le comte y revenant luimême, il n’y a pas une heure... il fallait savoir tout cela, et tout cela, je l’ai su.

HILDA

Oui, oui!... vous êtes bien instruite, madame, et c’est la joie dans l'âme, des diamants au cou, que vous venez m’annoncer ces lugubres événements...

L’espoir d’arracher le comte d’Harcourt au bourreau, si vous voulez m’aider dans mon projet, me fait paraître à la fête donnée au roi par le premier ministre.

HILDA

Une fêtel quand des échafauds se préparent...

LA DUCHESSE

Écoutez-moi. Il faut d’abord aller au-devant du comte et l’empêcher de se livrer. Avec moi, on vous laissera passer... Je vous dirai ensuite ce qu’il vous reste à faire...

HILDA

Non, je ne vous suivrai pas. Votre pitié pour Henri est une pitié feinte, vous voulez vous venger de ses dédains... Non ! je ne vous suivrai pas... Henri est à cette heure hors de votre atteinte... je n’en veux d’autres preuves que la pâleur qui viçnt subitement d'envahir vos traits...

LA DUCHESSE

Je prie Dieu qu’il m’envoie le don de vous persuader!... Vous seule pouvez encore détourner la hache levée sur la tête du comte.

HILDA

Et comment le pourrais-je?...

LA DUCHESSE

En écrivant au premier ministre que vous repartez cette nuit même pour l’Allemagne et que vous renoncez à M. d’Harcourt.

HILDA

Je n’écrirai pas cela, madame...

LA DUCHESSE

Vous aimez mieux qu’il meure ?

HILDA

J’aime mieux qu’il ne me méprise pas.

LA DUCHESSE

Ainsi, vous rejetez le moyen de salut que je vous apporte, le seul moyen, entendez-vous.

HILDA

Il n’èsl pas en mon pouvoir d’arracher de mon cœur la pensée qui le remplit... si je vous disais, madame, que je me résigne à renoncera Henri... je mentirais et vous ne me croiriez pas. Rappelez-vous que j’ai survécu à la mort de tous les miens que j’ai abandonné mon pays, supportant sans me plaindre la misère, la faim, l’épuisement, pour venir le retrouver... l’espérance m’a seule soutenues travers tous les périls... Je puis renoncer à l’existence... mais non pas à son amour...

LA DUCHESSE

Malheureuse enfant 1... Mais vous ne voyez donc pas que e l’aime?

HILDA

Vous l’avouez, enfin !

Eh bien, oui...

HILDA

Vous l’aimez 1... oh ! alors, je saurai vous le disputer..* Vous n’entendrez plus mes prières, vous ne verrez plus couler mes larmes... non... je me relève et je vous regarde en face, vous ma rivale, mon ennemie... vous qui m’avez plongée dans cet abîme de douleurs !... Le ciel vous réserve un châtiment... C’est de savoir que moi seule je suis aimée d’Henri, moi seule, entendez-vous ? quelle joie j’éprouve à vous torturer avec ce mot... Il m’aime, et pour vous il n’a que de la haine et du mépris.

LA DUCHESSE

Pour me braver avec cette audace, vous oubliez donc qui je suisl Mais vous avez beau me prodiguer l’injure, me soupçonner de toutes les trahisons, moi qui vous ai sauvée et qui voudrais vous sauver encore, je ne garde pour vous, Dieu m’en est témoin, (que le sentiment de la miséricorde et de la pitié. Plus qu’un mot, le dernier. Si cette nuit le comte d’Harcourt était en danger de mort, pensez à ce que je vous ai dit. Vous n’aurez qu’à prononcer mon nom, on vous conduira, vers moi...

Elle sort par le fond.

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