ACTE DEUXIEME
LA. MAILLARD
De quoi parlez-vous donc?
ROU^SEL-AlNÉ
.Mais des cinq mille francs que vous eûtes l'audace De lui prendre, en disant les gérer à sa place !
Je respire.
LA MAILLARD
C'est ça qui vous fâche à ce point?
Mais, certe, je l'ai fait et ne m'en cache point. Cadet, partant avec dix mille francs, en route M'en otïrit la moitié de lui-même.
ROUSSEL-AINÉ, narquois.
Sans doute!
LA MAILLARD
En le faisant, il me sauvait sans le savoir Et je me suis juré de le lui revaloir.
ROUSSEL-AINÉ
Beaux serments, en effet : mieux vaut une quittance! Mais non : toi, tu ne tiens qu'à sa reconnaissance! Tu n'as pas de reçu?
CADET
Non.
ROUSSEL-AINÉ
Tu te garderais D'exiger n'est-ce pas même des intérêts?
LA MAILLARD
Il est sur d'avoir mieux.
ROUSSEL-ALNÉ
On n'est pas aussi bête!
Pourras-tu donc jamais te mettre dans la tête Qu'il est sot de n'avoir que des bons mouvements, Et que l'argent vaut plus que tous les sentiments.
84 CADET-UOUSSEL
LA MAILLARD
DeiîKMiroz bon oiilanl cl moquez-vous du resle.
ROUSSEL-AINÉ
Ta bonlé, voilà ce qui t'est le plus funeste; Dans les autres métiers la bonté se conçoit; Mais en allaires, non...
CADET
Pourtant...
ROUSSEL-AINÉ
Chacun pour soi.
Là le malheur de l'un fait le bonheur des autres. ( -eut francsperdus: mieux vautqu'ilsnesoientpaslesnùLres ! Dehors le quémandeur qui me raille en sorlant! Si nous changions de rôle, il m'en ferait autant! .Mon argent, c'est contre moi-même qu'il en use Ou bien, fier de sa propre audace et de sa ruse, (/est à lui qu'il sait gré du secours qu'il reçoit. Vu vois trop bien que j'ai raison : chacun pour soi I
CADET
Tous les hommes ne sont pas des ingrats.
ROUSSEL-ALNÉ
D'avance Toujours, juge-les tels : crains d'avoir confiance; Ils sont tes ennemis !
CADET
Ils ne me font pas peur.
ROUSSEL-AINÉ
Plutôt qu'être dupé, préfère être dupeur I
Mais on est malhonnête.
ROaSSEL-AINÉ
On n'est pas ridicule.
ACTi-: DKIXIKME hW
C\DKT
.lo ne poui'i'iii^ dvipor.
ROUSSEL-AINÉ
Tant pis 1 Quand on rcciil(' Devant oorlains petits mél'ails, ainsi rpie toi, ( )ii nai'i'ive jamais.
cadkt
Que veux-tu donc de moi ?
ROUSSEL-AIN É
.le voudrais, à ton tour, Cadet, le jouant d'elle m des autres, que tu me prisses pour modèle, Oue tu devinsses le parfait agioteur, Méfiant, insensible, audacieux, menteur.
Oui peut rayer un monde avec un trait de plume Va forger un pays sur son or pour enclume; Oui peut, rendant service aux princes dépensiers Leur laire peur comme à de simples créanciers; Maître enfin de l'argent qui du monde est le maîhe, Oui, voilà ce qu'il faut que tu sois, tu peux l'être : Et (pion dise plutôt à te voir triomphant ('e voleur de Cadet, que Cadet bon enfant !
CADET
Non, j"aime mieux rester bon enfant.
ROUSSEL-AIN É
A ton aise.
Mais tu réfléchiras.
LA MAILLARD
II me rendrait mauvaise.
DELVAPORINE, derrière la porte du fond s'adressant au valet.
Non I ne m'annoncez pas.
ROUSSEL-ATNÉ. ('lonn:'.
Delvaporine, ici ?
CADET, i)àlissanl,
l)<'lvaporine
LA MAILLARD
Eh bien, vous allez voir si J'avais raison, et si c'est sa maîtresse.
(Entre Delvaporhie : costume do Merveilleuse, robe de linon transparente grand chapeau dit « cabriolet », châle passant derrière la taille et repassant sur les avant-bras, cothurnes, elle tient à la main un ridicule, dos violettes et une petite ombrelle.)