ACTE PREMIER
Du temps, ma bonne, où vous teniez l'hôtel en face. Où je vous sentais là, si je manquais d'audace! Mais depuis qu'on vous vit nous quitter pour Paris, Je redevins le plus timide des maris 1 D'ailleurs Cadet souvent mérite qu'on le gronde ; Il a bien des défauts.
LA MAILLARD
Mais il n'est pas au monde Un seul enfant qui n'ait plus de défauts que lui !
MARIETTE
(Test maman qui t'en as convaincu.
Mais...
LA MAILLARD
Mais oui.
C'est à sa mère que dans toute sa jeunesse. Il a sans cesse dû que l'on le méconnaisse I
LE PÈRE ROUSSEL
A sa mère ?
LA MAILLARD
Oui, bien sûr! Quand on lui demandait : Que devient le second de vos fds? — « Ah ! Cadet ! Disait-elle, il est dépourvu de tout mérite : Niais, mal élevé, paresseux, hypocrite; Et j'en tais la moitié : l'on est trop indulgent Pour ses enfants. Un fds pareil ! C'est un Jean-Jean, Un Jocrisse, c'est un Bobèche, un Nicodème ! » Et tous croyaient sa mère et j'eusse fait de même : Si je n'avais pas su ce que valait Cadet.
MARIETTE
Comme vous êtes bonne !.. Ah ! s'il vous entendait!
LA MAILLARD
Il ressemble à l'enfant que je perdis moi-même : C'est pourquoi je suis bonne et c'est pourquoi je l'aime; Chez nous toutes pour qui le sort eut ces rigueurs. Un besoin de tendresse est resté dans nos coeurs;
iiO CADKT-liOLSSEL
Mais ne pouvant, hélas ! la garder pour les nôtres^ Celle lendi'esse va vers les curants des autres.
LE rkwK ROUSSEl-
Je vous sais gr<^ d'aiuicr si loi t lous^mes- petits,
Oh !. Pas tous I Mariette et Cadet sont genlils, Et je les aime autant, que j'aime peu leur frère ! C'est comparer les assignats au numéraire : Le papier vaut cent fois moins que l'argent; ainsi Vaudrait le taux de l'autre auprès de ces deux-ci!
LE PERE ROUSSEL
Comment l'aîné ne vaut pas les cadets ?
LA MAILLARD
Non cei:te.
LE PÈRE ROUSSEL
N'a-t-il plus l'esprit vif, Fintelligence ouverte?
LA MAILLARD
Si, mais fe cœur ffemné : c'est un homme d'airgent Qui croit qu'être sans cœur c'est être intelligent, Qu'il n'est pas de trafic sans fraude ni sans ruse Que se garder des gens empêche qu'on l'abuse. Et qui malgré cet air hargneux qu'il s'est donné Pour être méfiant n'en est pas moins berné.
LE PÈRE ROUSSEL
Par qui ?
LA MAILLARD
Par...
(Elle lait signe au père Roussel q^ue Mariette est de trop.) LE PÈRE ROUSSEL
Laisse-nous un moment seuls, ma belle.
Oui, père.
(Elle rentre dans la maison.)
LE PkUE ROUSSEL
Alors?
LA MAILLARD-
Par une femme.
LE PÈRE ROUSSEL
Ah?
LA MAILLARD
Delvaporiiie.
Qui s'appell(
Ah