‹ CagliostroChapitre 12 sur 19 · SCÈNE 11 LES MÊMES ; CARACOLI · texte numérisé non relu

SCÈNE 11 LES MÊMES ; CARACOLI

CARACOLI (en dehors) Puis-je entrer

LE CHEVALIER C'est lui!

CORILLA

Entrez!... (Au chevalier, lui indiquant le fond du théâtre et lui faisant signe de se placer derrière la machine électrique) Placez-vous là, et laissez-moi

faire!

CARACOLI (entrant)

Pardon, signora! z'ai aperçu en bas votre voiture... et ne vi trouvant pas dans cette pièce... ze venais...

J'attendais ici, comme nous en sommes convanus, le comte

Cagliostro qui ne vient pas... mais vous qui êtes son ancien ami... vous me l'avez dit, je crois...

CARACOLI.

J'ai cet insigne honneur!... ami d'enfance!

LE CHEVALIER (passant prés de Caracoli) Un ami d'enfance!

CARACOLI (effrayé) Le chevalier!

LE CHEVALIER

Un ami d'enfance...

naissiez pas!

qu'hier, chez ma tante, vous ne con-

CARACOLI Diavolo!

(à part)

LE CHEVALIER

Et cette guérison miraculeuse pourrait faire supposer que vous étiez le compère d'un fourbe, d'un intrigant, dont la justice aura bientôt raison...

CARACOLI (troublé) Comment?

CORILLA (montrant Caracoli)

Oui, si j'ai bonne mémoire...

Florence ou à Naples...

j'ai vu cette figure-là à

CARACOLI (de même)

Chez qui?

CORILLA

Derrière une voiture...Et prendre un faux titre est cho-

se grave en ce pays!

LE CHEVALIER

Il n'en faudrait pas tant pour être pendu!

CARACOLI Pendu!

(effrayé)

CORILLA (d'un ton railleur) Ce serait désagréable!...et tout bien considéré je crois que monsieur le marquis aimera mieux être des nôtres.

CARACOLTI.

Vi croyez, signora?...

penser comme vous.

Eh bien! moi aussi ze commence à

LE CHEVALIER

Eh bien! donc, voici mes conditions... J'avais sur moi, en cas de duel et de fuite à l'étranger... cinq cents louis...

CARACOLI (vivement)

En Or 7...

LE CHEVALIER

En or!... Choisis de les prendre... ou bien!...

CARACOLI (à part)

Cinq cents louis !... Mon maître il n'en à zamais fait autant !... (Au chevalier) Ze les prends! ze les prendrai

ma que me demandez-vous?

LE CHEVALIER

La preuve que Cagliostro, dont tu sais tous les secrets, n'est qu'un fourbe et un misérable!

CARACOLI.

Rien n'est piu facile!...

écrites de sa main... (Montrant la porte à droite) dans ce cabinet, d'autres preuves encore...

z'ai sur moi des instructions et

LE CHEVALIER

Donne toujours!

(Il prend vivement à Caracoli les papiers qu'il vient de tirer de sa poche.)

CARACOLT.

Si, signor!... ma les cinq cents louis...

galant homme!...

Vi êtes trop

LE CHEVALIER (lui remettant une bourse)

Les voici!... (A Corilla) Maintenant, je me charge de Cagliostro... et je réponds qu'il n'ira pas ce soir à Versailles!... (A Caracoli) Toi, tu t'y rendras pour attester ait besoin les fourberies de ton maître...

CARACOLI Si, signor!

CORILLA (au chevalier)

Cagliostro peut revenir... emmenez cet homme!

LE CHEVALIER (à Caracoli, l'entrainant vers le cabinet à

droite) Viens! viens! (A Corilla) À ce soir, à Versailles! CARACOLI (en sortant avec le chevalier)

À la grazia di Dio! - SCÈNE 12

CORILLA (seule)

Couplets Victoire! victoire! victoire!

J'aurai fait son bonheur!

Oui, j'aurai cette gloire...

Mais une autre a son cmur!

Contre sa perfidie Qui me poursuit toujours, Amour, coquetterie, Venez à mon secours!

Victoire! victoire! victoire!

Je me sens déjà mieux!

Bannissons sa mémoire,

Si du moins je le peux...

Oui, pour qu'enfin j'oublie, D'infidèles amours,

Douce coquetterie,

Venez à mon secours!

CORILLA, LE PRINCE, entrant par le fond.

LE PRINCE

Le prince!

LE PRINCE

Vous ne vous attendiez, pas à me voir!

CORILLA

Non... mais j'en suis charmée...

sais à vous.

car justement je pen-

LE PRINCE

Vous pensiez à moi

CORILLA (souriant) Cela vous étonne?

LE PRINCE (avec émotion) Non... car ce n'est pas votre tante... Et maintenant, vous voudriez faire autrement, vous ne pourriez pas!

CORILLA

Et comment. cela, s'il voles plait?

LE PRINCE

Je vais vous le dire!... Désespérant d'obtenir votre

amour, je me suis adressé à un homme de génie, au comte de Cagliostro, qui m'a donné un élixir...

CORILLA

Pour vous faire aimer?

LE PRINCE (naïvement)

Oui, ça doit être encore bien peu de chose... car je

n'ai acheté qu'un seul flacon!

CORILLA

Combien

LE PRINCE

Presque rien!...

fit pas, demain,

dix mille livres!... Mais si ça ne sufaprès-demain... tous les jours...

CORILLA

Mais vous vous ruinerez

LE PRINCE

Qu'importe!... j'y gagne encore, si vous m'aimez!

CORILLA (le regardant tendrement) Pauvre prince!

LE PRINCE

Que dites-vous?

Rien!... (A demi-voix) Mais il y a dans son absurdité quelque chose qui m'émeut, qui me touche!

LE PRINCE (vivement) Ça commence, vous le voyez...

CORILLA

Non, mais ça ne me semble plus impossible!

LE PRINCE

Quand je vous le disais!... Vous tenant ma fortune et ma main?

accepteriez donc main-

CORILLA

Ah! pour ça, non!

LE PRINCE Comment !

(étonné) non

CORILLA

Non! (Le prince va pour eortir) Où allez-vous?

Acheter un autre flacon.

CORILLA (vivement)

Je vous le défends! je vous le défends!

LE PRINCE

Je reste! je reste... puisque vous le voulez... mais c'est de la tyrannie!... Quand on refuse les gens, on leur dit au moins pourquoi!

CORILLA

C'est vrai!... Vous voulez des raisons?... eh bien! mon

ami, je vais vous en donner!... Ce que je sollicite en ce moment à la cour de Rome... et ce que j'espère obtenir par le crédit du cardinal de Rohan, c'est la rupture

d'un mariage contracté eu Italie, par moi!

LE PRINCE

Vous, mariée

CORILLA

A seize ans!... avec un homme qui me rendit si malheureuse, que je me précipitai dans le Tibre, dont les

flots m'emportèrent... Mon mari me crut morte, et je fus sauvée comme par miracle (Baissant les yeux avec embarras) par quelqu'un...

Ah!

(vivement) si je le connaissais!

CORILLA

Eh bien! que feriez-vous?

LE PRINCE

Je lui donnerais la moitié de ma fortune pour le récompenser!

CORILLA

Rassurez-vous!... (Avec un soupir) Il a été récompensé! LE PRINCE.

Ah! ce mariage sera rompu, je vous le jure...

plus d'obstacles... vous serez à moi?

et alors,

CORILLA

Peut-ètre!... mais a une condition!

LE PRINCE Parlez!

(vivement)

C'est que vous m'aiderez, dans l'intérét d'un ami, masquer un fourbe et un imposteur...

à dé-

LE PRINCE

Eh! qui donc

CORILLA

LE PRINCE

Lui! un imposteur!... Vous ne le connaissez pas!

GORILLA.

Non! mais s'il était là... si je le voyais...

LE PRINCE

Vous seriez à l'instant,

sie de respect et d'admiration...

je vais vous présenter...

et comme tous ses ennemis, sai- Eh! tenez, il est là.

CORILLA (s'approchant de la porte à gauche, tée ouverte) Tant mieux!

qui est res-

car je veux devant vous... (Apercevant de

loin Cagliostro et poussant un cri) Ah!

LE PRINCE

Eh bien! rien qu'à sa vue, vous voilà interdite et tremblante... Je vous le disais bien 1

CORILLA (au prince)

Mon ami! mon ami!... votre fortune, votre réputation... Tremblez, et prenez bien garde à vous... car malgré moi

je vous aime!...

(Le prince pousse un cri. Cagliostro paraît à la porte à gauche avec la marquise et Cécile. Corilla s'enfuit par la porte du fond.)

LE PRINCE

Elle m'aime!

C'est inouï,

(à Cagliostro avec transport) elle m'aime!... Ah! mon ami!

c'est admirable!

mon sauveur!

mots) venez de

LA MARQUISE (qui n'a entendu que les derniers Vous parlez de toutes les merveilles que vous voir dans ces appartements

LE PRINCE

Et! non... je parle de ce qui m'arrive (A demi-voix à Cagliostro.) Cette femme, si fière, si indifférente...

qui ne pouvait pas me souffrir... elle m'aime! elle

vient de me le dire...

CAGLIOSTRO (à demi-voix) Qui? la Corilla?

LE PRINCE (de même) Et rien qu'avec un seul flacon!

Déjà !... (A part) Diable! c'est trop vite... et pour ma fortune, elle n'a pas assez résisté!

LA MARQUISE

Allons, allons, ma fille...en admirant de si belles choses, nous nous sommes oubliées... Il se fait tard... retournons à Versailles... (A Cagliostro) Adieu, monsieur

dans mon hôtel, le mariage!

à ce soir, et après,

le comte, contrat...

nous signons le CÉCILE.

Le mariage

LA MARQUISE

Eh! oui, sans doute...

le mariage!...

(La porte de droite s’ouvre et le chevalier parait) - SCÈNE 15 LES MÊMES ; LE CHEVALIER.

LE CHEVALIER

Ce mariage est impossible! (Montrant Cagliostro) sieur est un fourbe, un imposteur.

Mon-

CAGLIOSTRO et LE PRINCE.

Monsieur!

LE CHEVALIER

Pas de bruit, pas d'éclat... surtout pour ces dames... car si ma tante et ma famille n'étaient pas mélées à tout cela, c'est à la justice que je me serais d'abord adressé.

CAGLIOSTRO et La justice!

LE CHEVALIER

Oui, j'ai des preuves... plus que suffisantes... Laissezmoi seul avec monsieur!...

vous apporte pas sa renonciation à la main de ma cousi

ne, je vous permets, Cécile, de l'épouser.

LÀ MARQUISE

et si dans une heure je ne

Mais, mon neveu!... (A Cagliostro) Mais, monsieur... CAGLIOSTRO.

Ce n'est rien, madame la marquise, une erreur, un malentendu! (A part) Que diable ça veut-il dire?... Je me

sens une sueur froide!...

LE CHEVALIER (à la marquise) Vous saurez tout, ma tante... (Au prince) Monseigneur, veuillez accompagner ces dames.

(Le prince offre la main à la marquise et à Çécile sort avec elles par la porte du fond qai se referme.)

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