CAHIERS
D'HISTO
LOOLOGIE.
$ I. L'histoire naturelle, prise dans son acception la plus générale, devait comprendre l'étude de la forme, de la structure et du mode d'existence de tous les corps de la nature considérés en particulier ; mais on est convenu de restreindre davantage le domaine de cette science, et d'en exclure tout ce qui ne se rapporte pas directement à l’histoire physique de notre globe et des êtres répandus à sa surface. Elle ne s'occupe par conséquent ni des astres , ni des météores, ni même de l'air qui entoure notre globe; mais elle étend son domaine sur la structure de la Terre et sur tous les êtres qui en recouvrent la surface.
Ces êtres se partagent en trois groupes : le règne minéraï, le règne végétal et le règne animal; aussi l'histoire naturelle se partage-t-elle en trois branches.
L'histoire naturelle des minéraux et celle du globe terrestre qui en est formé portent les noms de MINÉRALOGIE el de GÉOLOGIE.
L'histoire naturelle des. plantes est appelée BOTANIQUE.
L'histoire naturelle des animaux se nomme zZOOLOGIE.
C’est cette dernière science qui doit nous occuper d'abord.
L'étude des animaux, de même que celle des plantes, se subdivise, à son tour, en trois branches principales , suivant qu'on les considère sous le rapport,
4° Des caractères qui les distinguent entre eux, du climat qu'ils
habitent, de leurs mœurs, etc.;
9° De la structure intérieure de leurs corps;
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k ZOOLOGIES..
3° Du jeu de leurs organes et de le mar chez eux les divers phénomènes de la vie
Ces trois branches de l’histoire naturelle des animaux et des plantes coustituent trois sciences , que l’on désigne sous les noms de zoologie ou de botanique descriptives, d'anatomie et de physiologie. |
L’anatomie traite de la conformation intérieure des étres vivants ; elle les étudie à l’aide de la dissection, et nous apprend la position, la forme et la structure de leurs organes. Suivant qu'elle a pour objet les animaux ou les plantes, elle constitue deux sciences distinctes : l'anatomie zoologique et l'anatomie végétale.
La physiologie est la science de la vie; elle enseigne l'usage des différents organes et la manière dont ils agissent pour produire les divers phénomènes propres aux êtres vivants. De même que l’anatomie , elle peut avoir pour domaine soit le règne animal, soit le règne végétal, et elle se divise par conséquent en physiologie animale et physiologie végétale.
& 2. Il est facile de comprendre que sans le secours de l’anatomie et de la physiologie l'étude approfondie de l’histoire naturelle serait impossible. Si l’on voulait se former une idée exacte d'une montre, on ne se bornerait pas à en observer la forme extérieure et à noter la manière dont tournent les aiguilles; on l’ouvrirait, on examinerait chaque rouage, chaque chaîne et chaque ressort; on démonterait un à un ces divers instruments; on étudierait les rapports qu ils ont entre eux, et on chercherait à connaître leurs usages ; puis On rapprocherait de nouveau toutes ces pièces , et en rétablissant leurs rapports mutuels on leur rendrait ce qu'on leur avait Ôté, c'est-à-dire leur mouvement et leur jeu.
Or, ce que l'horloger fait pour connaître une montre, le naturaliste le fait, autant que cela lui est possible , pour étudier un animal ou une plante; par la dissection, il examine l'intérieur de son corps, sépare ses divers organes, détermine leurs rapports et étudie leur forme et leur nature; puis il observe leur jeu pendant la vie, et, en faisant des expériences, il s’éclaire sur leurs usages. Malheureusement le naturaliste ne peut faire tout ce que fait l'horloger ; il peut détruire, mais il ne peut pas reconstruire ce qu'il a décomposé, et rendre le mouvement aux organes qu'il avait séparés pour en étudier la structure. Néanmoins, par l'investigation anatomique , par l'observation des phénomènes vitaux et par les expériences physiologiques, il arrive à connaître, au moins en partie, le mécamsme de ces machines compliquées , et il parvient à satisfare la curiosité ardente qui domine l'esprit dans l'étude des sciences naturelles. |
ière dont se produisent
MONT ie « :
Jamais étude ne fut à la fois. plus grande et plus intéressante : en nous révélant les merveilles de l’organisation animale , elle nous laisse frappés d'admiration à la vue de cet ouvrage infini, la plus étonnante des œuvres du Créateur.
Considéré sous le rapport mécanique seulement, le corps des animaux nous offre un exemple de complication et de perfection dont nos machines les mieux combinées et les mieux exécutées n'approchent pas : on y trouve des modèles sans nombre de constructions ingénieuses dont les travaux les plus heureux de l’architecte ou de l’opticien ne sont que des copies imparfaites.
Mais ces merveilles sont les moindres de celles que nous offre l’économie animale. Les forces qui font agir tous les ressorts matériels de notre corps sont réglées et combinées avec une sagesse bien audessus de la science humaine : et, plus on considère le jeu de nos organes et les facultés dont ils sont doués, plus on sent le besoin de rapporter à Dreu la raison supérieure qui a créé cette production admirable et qui a placé en elle un principe d'existence et de mouvement.
Pour étudier avec fruit l'histoire particulière des divers animaux, il devient, comme on le voit, nécessaire de posséder des notions générales sur leur anatomie et leur physiologie, et ce sont ces connaissances préliminaires dont nous aurons à nous occuper dans la première portion de ce cours.
DE LA COMPOSITION GÉNÉRALE DU CORPS DES ANIMAUX ET DES FONCTIONS: QU'EXÉCUTENT LEURS DIVERS ORGANES,
$ 3. Tous les êtres vivants sont formés d'un assemblage de parties solides et de parties liquides.
Les parties solides constituent de petites fibres et de petites lamelles arrangées de manière à contenir les parties liquides dans les espaces qu'elles laissent entre elles; elles forment ainsi des tissus de natures diverses, et on donne le nom d'organisation à la disposition qu’elles affectent.
Les corps organisés, c'est-à-dire ayant l'organisation ou le mode de structure que nous venons d'indiquer, sont les seuls êtres vivants ; car cette conformation intérieure est indispensable à l’entretien de la vie; aussi les corps non organisés, ou inorganiques, comme les pierres et les métaux, ne sont-ils pas susceptibles de vivre.
Les divers phénomènes par lesquels la vie se manifeste sont toujours produits par une partie quelconque du corps vivant, et ces
parties, que l’on peut regarder comme autant d'instruments, portent le nom d’'oRGANES.
Ainsi un animal ne peutexécuter des” mouvements que par l'action de certains organes appelés muscles, et ne peut avoir la connaissance de ce qui l'entoure que par l'intermédiaire des organes des sens.
Lorsque plusieurs organes concourent à produire un même phénomène , on désigne cet assemblage d'instruments sous le nom d'APPAREIL.
On appelle, par exemple, appareil de la locomotion l'ensemble des organes qui servent à transporter l'animal d’une place à une autre , et appareil de la digestion l’ensemble des organes à l’aide desquels l'animal digère ses aliments.
L'action ou l'usage de l’un de ces organes ou de l’un de ces appareils est appelé fonction.
On appelle, par conséquent, fonction de la locomotion l’action de toutes les parües de l'appareil de la locomotion ; fonction de la digestion, l’action des diverses parties constituantes de l’appareil digestif, et fonctions de l'estomac, fonctions des intestins, fonctions des dents, etc., les usages de ces différents organes.
$ 4. Les fonctions des animaux sont très variées ; malgré leur diversité , elles se rapportent, pour la plupart, à deux objets prin- Ccipaux, et sont, par conséquent, divisées en deux classes : les unes ont pour but la conservation de la vie de l'individu, et sont appelées FONCTIONS DE NUTRITION ; d’autres servent à mettre l’animal en rapport avec tout ce qui l’environne , et portent le nom de FONCTIONS DE RELATION.
Les fonctions de nutrition sont toutes celles qui servent à la nutrition de l’animal, soit en enlevant aux productions de la terre des matières, et en les réduisant en un suc qui puisse se mêler aux organes ; soit enfin en charriant dans la substance de ces organes ce liquide nourricier qui, par sa combinaison avec elle, doit en assurer l'entretien et en favoriser l'accroissement. La digestion, Ja respiration et la circulation appartiennent, par conséquent, à cette classe de fonctions.
. Les fonctions de relation sont toutes celles qui mettent l'animal en rapport avec les autres êtres de la nature : ce sont principalement les facultés de sentir et de se mouvoir. À l’aide de ces fonctions , l’animal peut apprécier la forme, la couleur et la position des objets qui l’environnent, entendre les sons qu'ils produisent, s'en approcher ou s’en éloigner ; en un mot, elles servent à établir entre lui et le monde extérieur des relations aussi nombreuses qu'utiles. |
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. | y
Les féttions de nutrition sont indispensables à l'entretien de la -vie ; aussi existent-elles en plus ou moins grand nombre chez tous les êtres vivants ou organisés, et pour cette raison on les désigne aussi sous le nom de fonctions de la vie organique ou de la vie végetative.
Les fonctions de relation, au contraire, sont en quelque sorte accessoires ; aussi nexistent-elles pas chez tous les êtres vivants : les plantes en sont privées ; les animaux seuls les possèdent , et'en les perdant , ils ne cessent pas nécessairement de vivre ; pendant ‘une partie de leur existence , ils ne les exercent même pas , et cet état de repos constitue le sommeil.
C'est parce que ces fonctions sont propres aux animaux qu'on les désigne aussi sous le nom de fonctions de lu vie animale.
D'après ce que nous venons de dire, on voit qu'il est facile d'indiquer en peu de mots les différences les plus importantes qui existent entre les végétaux et les animaux.
Les végétaux sont des étres conformés pour vivre, se nourrir et se reproduire.
Les animaux sont des étres conformés pour vivre , se nourrir, se reproduire, sentir et se mouvoir.
En faisant l'histoire des fonctions des animaux, nous nous occuperons en premier lieu de celles qui ont rapport à la vie végétative et ont pour objet la nutrition.
$ 5. Pour effectuer ce travail, le concours de plusieurs fonctions est nécessaire.
À l’aide de la digestion, les animaux préparent les matières organiques qu'ils puisent autour d'eux, et les rendent propres à pénétrer dans la profondeur de leurs organes.
La faculté de pomper les matières en contact avec leurs ‘organes, et de les faire passer dans l'intérieur des vaisseaux, où elles se mêlent avec les fluides nourriciers, constitue une autre fonction désignée sous le nom d'absorption.
Le liquide nourricier chargé de distribuer à tous les organes les matières nécessaires à leur accroissement et à leur entretien, porte le nom de sang ; et c'est au moyen de la fonction de la circulation qu'il remplit ce rôle.
Mais pour être apte à entretenir la vie dans les organes, il ne suffit pas que ce sang amène du dehors les produits de la digestion ; il faut encore qu'il soit à chaque instant soumis à l'influence de 7 Pair; et ce rapport entre l'atmosphère et le fluide nourricier des animaux constitue la fonction de la respiration.
Les matériaux nouveaux fournis de la sorte aux organes doivent y être fixés, devenir parties constituantes des tissus vivants, et participer aux propriétés vitales dont ces tissus sont doués. Ce phénomène , qui complète la nutrition proprement dite, est désigné par les physiologistes sous le nom d'assimilution. |
Enfin, les matières qui doivent être séparées des organes et expulsées de l'économie sont rejetées au-dehors par la voie de l’exhalation ou par celle des sécrétions : travail chimique qui donne naissance aux diverses humeurs de l’économie.
Ainsi, les fonctions de nutrition constituent essentiellement dans les phénomènes de la digestion, de l'absorption, de la circulation, de la respiration, de l'assimilation, de l’exhalation et des sécrétions. Ce sont , par conséquent , ces grands actes de la vie végétative que nous allons étudier maintenant chez les animaux considérés d’une manière générale.