DE L'APPAREIL DES SENSATIONS
$ 40. La sensibilité est la faculté de recevoir des impressions des objets environnants et d'en avoir la conscience.
Chez tous les animaux supérieurs, cette faculté a son siége dans un appareil particulier que l’on nomme le sysrÈème NERvEUx.
C'est aussi par l'intermédiaire de ce système nerveux que les mouvements ont lieu, que l'influence de la volonté s'exerce dans les différentes parties du corps, et que les phénomènes de l'intelhgence se manifestent.
Chez l’homme et les autres mammifères , ainsi que chez les oiseaux, les reptiles et les poissons {c'est-à-dire chez tous les animaux vertébrés), on distingue dans cet appareil deux parties principales que l'on nomme le système nerveux de la vie animale, et le système nerveux de la vie organique.
Le système nerveux de la vie animale préside aux fonctions de la vie de relation; on le nomme aussi système cérébro-spinal, parce que le cerveau et la moelle épinière en sont les parties les plus importantes (pl. 5, fig. 4).
On appelle encéphale la grande masse nerveuse formée par ces
deux organes et par les autres parties centrales du système nerveux logées dans la cavité du crâne et dans le canal qui règne dans toute la longueur de la colonne vertébrale.
…$ #1. Le crâne est une grande cavité qui occupe toute la partie supérieure et postérieure de la tête, et qui présente à sa partie inférieure plusieurs trous. L'un de ces trous, beaucoup plus grand que les autres, et placé un peu en arrière, communique avec le canal vertébral.
Le canal vertébral est une cavité creusée dans la colonne vertébrale ou échine, dont il occupe toute la longueur ; il descend par conséquent de la tête, tout le long du dos, jusqu’à l’extrémité postérieure du tronc et jusque dans la queue lorsque l'animal est pourvu d'un appendice de cette espèce. En étudiant le squelette, nous reviendrons sur la description de ces parties.
.….$ 42. Le cerveau (pl. 5. fig. 1) est un viscère volumineux, d'une texture très molle et de forme ovalaire, qui remplit la majeure partie de l'intérieur du crâne. Il est divisé, sur la ligne médiane, par un sillon très profond, en deux moitiés appelées hémisphères du cerveau. Chacun de ces hémisphères est subdivisé , à son tour, en trois lobes, et présente à sa surface un grand nombre de sillons et de saillies contournées sur elles-mêmes comme les intestins, et appelées circonvolutions du cerveau. Enfin on trouve dans leur intérieur des cavités nommées ventricules, et on distingue, dans la substance dont ils sont composés, deux matières: une, blanche,
qui occupe l'intérieur de la masse du cerveau; l’autre, de couleur grise, qui en forme la superficie.
En arrière et au- dessous du cerveau, se trouve également dans la cavité du crâne une autre masse nerveuse bien moins ci mais de structure analogue, que l’on appelle cervelet (pl. &, fig. 4).
$ 43. La moelle épinière (fig. 4) sort de la partie inférieure du cerveau et du cervelet. Elle a la forme d’une grosse corde blanchâtre qui descend de l'intérieur du crâne jusque vers la partie inférieure du canal dont la colonne vertébrale est creusée.
On donne le nom de moelle allongée à la portion supérieure de la moelle épinière qui est renfermée dans l’intérieur du crâne.
L'encéphale est entouré de diverses membranes qui servent à l'empêcher de se blesser contre les parois de la gaine osseuse qui le renferme. L'une de ces membranes, nommée arachnoïde, est d'une finesse extrême ; une autre, appelée dure-mère, est au contraire très résistante, et forme, dans l'intérieur du crâne, des replis qui descendent entre les hémisphères du cerveau et entre cet organe et le cervelet, pour soutenir ces parties et les empêcher de se presser les unes contre les autres.
$ 44. Un grand nombre de cordons mous et blanchâtres se rendent du cerveau et de la moelle épinière dans toutes les parties du corps; on les désigne sous le nom de nerfs (pl. 5, fig. 4).
Ces nerfs naissent, les uns de la base du cerveau, les autres des côtés de la moelle épinière. Chez l'homme on en compte quarantetrois paires, dont les treize premières viennent du cerveau ou de la moelle allongée et sortent du crâne par des trous situés à sa base , et dont les trente paires suivantes viennent de la moelle épinière et sortent du canal vertébral par des trous situés de chaque côté de l'échine.
Ces nerfs se divisent en branches et en ramuscules qui se répandent dans les divers organes, et finissent par y devenir d’une finesse si grande qu'ils échappent à la vue. Ils sont d’une sensibilité extrême, et la moindre blessure de l’un d'eux occasionne une douleur très vive,
Ce sont les nerfs qui donnent aux diverses purties du corps dans lesquelles ils se distribuent la sensibilité dont celles-ci jouissent. Ils conduisent au cerveau les impressions reçues par les organes.
En effet, si l'on coupe les nerfs qui se rendent à un membre, celui-ci devient aussitôt insensible et cesse d'exécuter des mouvements volontaires, ou, en d’autres mots, est paralysé.
$ 45. Certains nerfs ne servent qu'à la transmission des sensations, d’autres ne servent qu'aux mouvements ; mais la plupart remplissent en même temps ces deux fonctions, et résultent de la réunion d’un certain nombre de fibres nerveuses, dont les unes pos-
sèdent la première de ces facultés, les autres la seconde. Dans le point où ces nerfs sortent de la moelle épinière, ces deux espèces de fibres sont encore séparées et constituent deux racines distinctes , l’une située au-devant de l’autre { pl. 5, fig. 2); la racine antérieure sert aux mouvements, et la racine postérieure à la sensibilité. Aussi, lorsqu'on coupe, sur un animal vivant, les racines antérieures de tous ces nerfs, il ne peut plus se mouvoir, mais conserve la sensibilité, tandis que c’est le contraire qui a lieu si l'on coupe les racines postérieures sans blesser les racines antérieures.
Pour que les sensations soient perçues, il faut que les nerfs les transmettent du point où elles sont produites jusqu'au cerveau, soit directement, soit par l'intermédiaire de la moelle épinière.
$ 46. Le cerveau est en même temps le siége de la volonté et de la perception des sensations : aussi , lorsque, par suite d’une blessure ou par une forte compression, cet organe ne peut plus remplir ses fonctions, l'animal devient insensible, cesse d'exécuter des mouvements volontaires et tombe dans un état qui ressemble à un sommeil profond.
Il est à noter que les nerfs qui naissent du côté droit dela moelle épinière communiquent avec l'hémisphère gauche du cerveau, et vice versa ; cela dépend d'un croisement dans les fibres de la moelle allongée, et il en résulte que, lorsque le cerveau est paralysé d’un côté seulement, ce sont les membres du côté opposé du corps qui perdent la sensibilité et le mouvement.
Du reste, le cerveau, quoique le siége de la perception des sensations , est lui-même peu sensible ; on peut le piquer et le couper Sur un animal vivant sans produire de douleur.
La moelle épinière est, au contraire, d’ane sensibilité extrême, et lorsqu'elle est blessée , l'animal éprouve des convulsions ; si elle est coupée où comprimée de façon à ne pouvoir remplir ses fonc— tions, toutes les parties du corps dont les nerfs naissent au-dessous du point lésé sont aussitôt paralysées.
Le cervelet paraît être destiné à régler les mouvements.
$ 47. La seconde portion du système nerveux, où SYSTÈME NER- VEUX DE LA VIE ORGANIQUE, COMmunique par un grand nombre de petits filaments avec les nerfs qui naissent de moelle épinière, mais elle en est.bien distincte.
Cet appareil, que l’on désigne aussi sous le nom de système ganglionnaire ou grand sympathique, à cause de la liaison qu'il établit entre diverses parties du corps, se compose d’un grand nombre de petites masses nerveuses appelées ganglions, situées au cou, dans le thorax et dans l'abdomen , au-devant de la colonne vertébrale, et liées entre elles par des cordons de communication ; une multitude
38 ZOOLOGIE. | de nerfs naissent de ces ganglions et se répandent dans le cœur,
les poumons , les intestins, les glandes et les autres organes de la
vie végétative.
Les parties du corps qui reçoivent les nerfs du système ganglionnaire sont peu sensibles , et les mouvements qu’elles exécutent sont indépendants de la volonté.
Les principaux nerfs de la sensibilité aboutissent à des organes particuliers par l'intermédiaire desquels ils reçoivent et transmettent au cerveau les sensations produites sur nous par lesobjets dont nous sommes environnés. Ces organes sont destinés à recevoir chacun des sensations d’une certaine nature, et sont appelés les organes des sens.
$ 48. Chez les insectes etles autres animaux inférieurs, le système nerveux est beaucoup moins compliqué que chez les animaux vertébrés, et ne consiste qu'en un certain nombre de ganglions liés entre eux par des cordons de communication et donnant naissance: aux nerfs des diverses parties du corps (pl. 24, fig. 7).