GROUPEMENT DES CRISTAUX
S 114. Les cristaux se trouvent quelquefois isolés, comme ceux que nous venons d'essayer de faire connaître ; mais le plus souvent ils se présentent en groupes qui sont réguliers. ou irréguliers.
Le groupement est régulier quand les cristaux se réunissent par leurs faces ou leurs arêtes homologues de même étendue. La masse cristalline qui naît ainsi peut dans ce cas offrir la forme même des cristaux qui la. constituent, ou prendre une forme toute différente. Si de petits cristaux cubiques, par exemple , s'associent par leurs faces, il peut en résulter un gros cristal de forme cubique , qu'on prendrait facilement pour un: seul solide (pl. 4, fig. 12), et qui peut être clivé. Si ces mêmes cubes s'associent par leurs arêtes , ou s'ils se réunissent par leurs faces, de manière à être plus nombreux dans une direction que dans l’autre, la masse formée par eux ne reproduirait pas la forme même des. petits cristaux composants ; elle pourrait être celle. d'un prisme carré, rectangulaire, etc. On. conçoit que le groupement. régulier des divers solides, doit donner naissance à des formes. très: nombreuses qu'il est facile de s'expliquer en tenant compte. de la valeur géométrique des, parties associées , et. qu'on reconnaît en général , par l'existence d’angles rentrants, qui ne, se trouvent pas dans les cristaux isolés ($. 55 et 56), Les. prismes, modifiés à leurs bouts, se réunissent quelquefois. par. leurs.biseaux, et produisent des formes en étoiles, en rosaces, en
croix, etc. C'est ainsi que quatre prismes rhomboïdaux se réunissent rectangulairement dans la Staurotide (pl. 1, fig. 4 3)et forment une croix à laquelle cette substance doit son nom (t).
$& 115. Transposition. Hémitropie. — Parmi les groupements qui obéissent à certaines lois appréciables, il en est qui se présentent comme s'ils étaient dus à ce qu’un seul cristal aurait été coupé en deux ; et qu'une de ses moitiés aurait ensuite exécuté un sixième de révolution, ou une demi--révolution sur l’autre. Ce mouvement théorique est désigné, dans le premier cas, sous le nom de transposition ; et, dans le second, sous celui d'hémitropie.
Souvent on donne indifféremment le nom de macles aux groupements dont nous venons de nous occuper.
$ 116. Le groupement est irrégulier quand les axes des cristaux ne se croisent pas suivant une loi uniforme dans toute la masse cristalline qu'ils composent par leur association. Parmi les formes de groupement qui prennent ainsi naissance, nous citerons les suivantes :
Les Dendrites (2), sortes d’arborisations qui forment quelquefois des arbuscules saillants , mais qui se dessinent souvent en relief à la surface d'autres corps, ou pénètrent même dans leur masse, comme les agates arborisées nous en offrent des exemples.
Les configurations coralloïdes résultent du groupement de cristaux aciculaires , formant , autour de différents axes, des ra= meaux arrondis, contournés et entrelacés comme les branches du corail. Ce n’est qu'un cas particulier de dendrites, dont les petits cristaux composants auraient été déformés et oblitérés. Ent
Les trémies, espèces de pyramides creuses, figurant des entonnoirs anguleux ; elles sont formées par la superposition de petits cristaux en zones ou cadres qui vont en diminuant de la base au sommet. Si les zones sont circulaires, au lieu d'être auguleuses, il.se forme des cornets, comme nous en: montrent les eaux chargées de carbonate de chaux.
Dans les mamelons et les rognons cristallins, tous les petits cristaux se groupent au hasard, et constituent une masse dans l’intérieur de laquelle ils se déforment mutuellement par leur pression, et dont ils hérissent la surface. La résistance du milieu dans lequel s'opère la cristallisation, paraît être la cause de là formation de ces masses globuleuses, ovoïdes, tuberculeuses, noueuses, etc.
$ 117. Jusqu'ici les molécules matérielles nous ont présenté,
(4) Zlavpds s CIO (2) Aëydpoy, arbre,
dans la formation des cristaux isolés et dans celle des cristaux groupés, des preuves plus ou moins saillantes de leur tendance à se réunir géométriquement, toutes les fois que la force de cohésion agit librement sur elles. Mais il arrive souvent que des causes extérieures viennent arrêter ou modifier cette action spéciale de la cohésion, et que la réunion des molécules échappe ainsi aux lois de la cristallographie. Ce sont les formes qu'offrent les minéraux dans ces circonstances déterminées, qu'on désigne sous le nom de formes accidentelles ($ 43 ).
En rapportant à leurs causes les différentes configurations accidentelles, on peut en distinguer de huit sortes principales.
I. Formes dues au mouvement des eaux. — Si, comme nous l'avons expliqué plus haut (8 45 et suiv.), la lenteur de l’évaporation est une condition de la formation des cristaux, il est clair que le mouvement suspend et détruit la cristallisation ; c'est le résultat que nous présentent les stalactites, les stalagmites et les pisolithes qui doivent leur formation au mouvement des eaux.
Les Stalactites (1) sont des dépôts formés à la voûte des cavités , où filtre lentement une eau chargée de molécules calcaires. Une première gouttelette suspendue à la paroi supérieure de la cavité laisse, en s’évaporant, une petite masse solide, qu'une seconde gouttetelette vient grossir, et qui forme ainsi le point de départ d’un dépôt conique qui va toujours s’acroissant et dont le sommet va toujours descendant. Les gouttelettes tombées de la stalactite forment sur le sol un dépôt correspondant , mais plus aplati, qui s'élève verticalement vers le premier, et se nomme Stalagmite (2). Quand les deux dépôts se rencontrent, il en résulte une colonne à base élargie, qui semble soutenir la voûte.
Les Pisolithes (3) sont des globules composés de couches concentriques autour d’un noyau qui quelquefois est de la même substance que Ces Couches , mais qui peut aussi être formé par une substance étrangère. Les pisolithes sont produits au sein des eaux chargées de matières en solution; le mouvement de ces eaux tient suspendu le petit noyau central, autour duquel se dépose la matière contenue dans le liquide.
$ 118. IT. Formes par agglutination. — Quand les eaux tenant <n solution une substance minérale viennent à passer ou à séjourner au milieu de matières pulvérulentes, elles agglutinent souvent ces matières sous des formes diverses, même sous des formes cris-
(4) Ztæhaxrès, qui tombe goutte à goutte, ‘@) Zralayudc, filtration.
(3) Hécov, pois, oc, pierre.
tallines ; c'est ainsi que les sables qui font partie du grès de Fontainebleau ont été réunis par des eaux chargées de carbonate de chaux, et se présentent sous une forme rhomboédrique.
$. 449. III. Formes par incrustation. — Les eaux qui sourdent des montagnes, principalement des montagnes calcaires, et qui se trouvent chargées de carbonate de chaux dissous par un excès d'acide carbonique, laissent quelquefois déposer la matière tenue en solution sur les objets qui sont plongés dans leur sein. Ces objets se trouvent ainsi revêtus d’une couche qui n’altère pas leur forme générale. C’est de la sorte que sont produites ces incrustations d'œufs, de nids d'oiseaux, de feuilles, de branches, de corbeilles, auxquelles on donne vulgairement le nom impropre de pétrifications. Les sources incrustantes de Saint-Allyre, à Clermont en Auvergne, déposent ainsi du carbonate de chaux; celles de Saint-Philippe, en Toscane, déposent un véritable marbre, et donnent des bas-reliefs remarquables quand on les fait jaillir sur des moules bien exécutés.
S 420. IV. Formes dues à la résistance des milieux. — Nous: avons déjà vu que la résistance des milieux pouvait expliquer les formes globuleuses des mamelons et des rognons cristallins ($ 116); la même cause paraît produire les configurations réniformes des substances qui se consolident au sein de matières molles, et qui forment ainsi des rognons simples, à surface lisse, qui prennent les noms de modules et amandes, quand ils sont très petits.
Ces rognons sont quelquefois creux à l'intérieur, et leur cavité est souvent tapissée de cristaux, ou remplie d'une matière pulvérulente qui peut se détacher des parois et remuer librement : ces rognons creux sont désignés sous le nom de Géodes.
Dans les pores des scories de nos fourneaux, ou à travers les pores de nos vases, il arrive qu’une substance, pressée dans cet espace étroit par la contraction de la masse enveloppante, ou poussée par l’évaporation, s’allonge en filets capillaires sans régularité , et qu'il faut distinguer des groupements capillaires des cristaux. Les veines et les filons métalliques peuvent se former ainsi.
$ 124. V. Formes par retrait. — Quand une masse pâteuse se dessèche , elle éprouve, dans toute son étendue , une contraction, un retrait qui la gerce dans tous les sens ; ce retrait est dü à l'évaporation de l’eau ou au refroidissement. Les fissures ainsi produites divisent quelquefois la masse en fragments réguliers de diverses formes, comme le montrent les prismes des busaltes et des porphyres ; elles peuvent laisser entre elles des vides et donner ainsi à l’ensemble du dépôt l'apparence d'une colonnade , comme la colonnade de Morat ; souvent ces vides sont remplis par
une matière étrangère. Dans certains cas, cette matière étrangère infiltrée persiste seule ; la matière primitive disparaît, et la masse devient cellulaire comme un gâteau d'abeilles. ra
S 122. VI. Formes par moulage. — Les formes qui sont dues à cette Cause prennent quelquefois naissance dans des cavités occupées précédemment par des cristaux dont elles reproduisent ainsi la configuration régulière, ou par des êtres organisés , coquilles et autres, dont elles donnent l'apparence. C'est ainsi que des substances peuvent se mouler dans les fissures dont:il vient d'être question; c’est ainsi que peuvent aussi se former les veines et les filons métalliques ($ 420). D’autres fois c’est par leur surface extérieure que les corps ont été enveloppés, et le moule qu'ils ont laissé alors les reproduit en creux.
S 123. VIT. Pétrification. — Quand une substance minérale se Substitue à une autre, molécule à molécule, de manière à en reproduire tous les détails les plus délicats , il y à Pétrification. C'est ainsi que des coquilles , des madrépores, des bois, se présentent à l'état de pierre, non seulement sous leur forme extérieure, mais aussi avec-tous les caractères les plus déliés de leur Structure. Il faut bien distinguer les formes dues à la pétrification, de celles que produisent l'incrustation et le moulage.
$ 124. VIII. Epigénie. — On entend par Épigénie la substitution chimique des éléments d’une substance à une autre ; de telle sorte que la substance qui se substitue à l'autre prend sou-vent une forme qui ne lui appartient pas ; la pétrification pourrait donc être considérée comme un cas particulier de l’épigénie. Comme exemples de cette substitution chimique, on peut citer les cristaux de carbonate et de sulfate de chaux, qui se convertissent en silice ; le sulfate de cuivre, qui.se convertit en sulfate de chaux dans la craie humide ; la limonite (oxyde de fer hydraté ), qui ne doit sa forme cristalline qu’à de semblables substitutions ($ 212).