BASSIN DE BORDEAUX
les couches alternent quelquefois avec des lits puissants de conglomérations connues sous le nom de poudingues calcaires.
Ce grand dépôt crétacé, qui supporte les terrains tertiaires du midi de la France, paraît correspondre tout entier à l'étage infé-. rieur de la formation crayeuse, et n’est pas recouvert par de la craie blanche comme dans le bassin de Paris; enfin nous ajouterons encore que ses diverses assises sont fortement inclinées, et que leur redressement paraît dater de l'époque à laquelle les Pyrénées ont elles-mêmes été soulevées.
Les terrains tertiaires qui cachent toute la partie médiane de ce grand bassin crétacé , et qui n’en laissent paraître que deux bandes marginales, semblent se composer de trois étages distincts, dont le plus ancien correspondrait à la fois aux diverses formations du bassin de Paris, comprises entre l'argile plastique et le gypse inclusivement , dont le second correspondrait aux grès de Fontainebleau , etc., et dont le plus supérieur serait encore plus récent, sans être cependant postérieur aux dernières révolutions du globe, et ne serait représenté dans le bassin de Paris que par quelques dépôts de sables et de galets des plateaux de la Basse-Normandie.
$ 121. L'étage inférieur de ces terrains tertiaires est formé presque en entier par un calcaire coquillier, analogue aux couches inférieures du calcaire grossier de Paris, et se voit sur les bords de la Garonne, depuis Blaye jusqu’à La Réole: on le trouve aussi en remontant la Dordogne, jusqu’au-delà de Libourne, et aux environs de Saint-Émilion : il donne lieu à des exploitations presque aussi considérables que celles de Montrouge près Paris; car c'est ce calcaire grossier qui est employé comme pierre de construction dans la plupart des villes voisines ; pendant longtemps les Bordelais eux-mêmes tiraient leur pierre de taille des carrières de Saint- Émilion. Dans le voisinage immédiat de Bordeaux , ce calcaire est représenté par des sables, et dans les Landes il se prolonge sous le sol, ou fait même saillie à sa surface, comme aux environs de Dax et de Saint-Sever.
$ 122. Le second étage des terrains tertiaires du bassin de Bordeaux se compose : 1° des calcaires d’eau douce, dont est formée la partie montueuse des environs d'Agen, de Castres et d’Alby; 2° des molasses , qui renferment des restes assez nombreux de paléothériums, et qui forment, aux environs de Toulouse, de Montauban, etc., une seconde rangée de collines, moins élevées que les précédentes ; 3° des faluns des Landes, de Saucats, près Bordeaux, etc.; 4° des molasses coquillères de l’'Agenois, de Narbonne, de Montpellier, etc.: et 5° des argiles et des sables, minerais ferrugineux qui recouvrent en couches minces les coteaux
de craie et de calcaire jurassique du Périgord , de la Saintonge et du Quercy.
$ 123. Enfin l'étage supérieur de ces terrains tertiaires, dont le dépôt paraît être postérieur au bouleversement occasionné par le soulèvement de la chaîne principale des Alpes, se compose principalement de dépôts de galets ou de couches de sables, ou d'argiles orossières. Les sables qui recouvrent la surface des Landes, les galets des environs d'Agen, le monticule de sable jaunâtre qui porte la ville de Montpellier, ainsi que les petits dépôts calcaires des environs de cette dernière ville , et de plusieurs autres localités, telles que Saucats, près Bordeaux, appartiennent à cette formation.
$ 124. Environs de Rouen. — Au-dessous de la terre végétale on trouve presque partout, depuis les limites des terrains tertiaires du bassin de Paris jusqu'à la mer, le sol formé par la craie que nous avons indiquée comme constituant l'étage supérieur de la formation crétacée ; mais dans quelques points on voit apparaître des couches plus anciennes.
La craie de cette région présente quatre couches principales , savoir : 4° la craie blanche supérieure, analogue à celle de Meudon, et remarquable par de nombreux lits de cailloux nôirs ou gris logés dans sa masse: 2° la craie marbre, roche dure et jaunâtre qui offre tous les caractères de la pierre lithographique , et qui se trouve à Saint-Étienne-de-Rouvray près de Rouen, aux environs d'Elbeuf, etc., mais ne paraît pas pouvoir être extraite en masses a8$€Z crosses pour être employée dans les arts; la craie blanche ocrée, ainsi nommée à cause des lignes concentriques jaunes qui s’y remarquent ; et 4° la craie blanche compacte, qui se trouve au-dessous des précédentes, et qui est plus dure que la craie blanche supérieure ; on la voit avec une épaisseur de soixante mètres, à la côte de Sainte-Catherine près de Rouen (1), et c'est elle qu'on exploite à Caumont, et tout le long des bords de la Seine.
Le tufeau ou la craie marneuse se trouve au-dessous des diverses assises de craie blanche, et occupe, autour de Rouen, la partie moyenne de l’escarpement de la côte de Sainte-Catherine, des rochers d’Adrien et de Tourville; il se montre aussi entre Neuchâtel et Beauvais.
Le tufeau repose à son tour sur le grès vert supérieur où craie
chlorilée, que quelques géologues désignent aussi sous lenom de glœuconie crayeuse ; cette formation est caractérisée par la pré
sence de grains verts. Pour constater ces rapports de superposition , il suffit d'examiner la série des couches mises à nu par l'escarpement de la côte Sainte-Catherine, près de Rouen (2), ou celle
dont se compose le cap La Hève, près du Havre (3). (4j Voyez pl. 6, fig. 2 — (2) PL.6, fig. 2. — (5) PI. 6, fig. 1.