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DE LA

DES CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES ANIMAUX, ET DES MODIFICATIONS QU'OFFRE L'ÉCONOMIE ANIMALE.

86. Le règne animal se compose, comme nous l'avons déjà dit, de tous les étres conformés pour vivre, sû mouvoir et sentir.

$& 87. De même que les végétaux , les animaux diffèrent des corps bruts par des caractères tirés de leur structure, de leur composition chimique , de leur mode d'exister, de leur origine et de leur fin.

Tout corps vivant est en quelque sorte prédestiné à acquérir une forme générale déterminée, qu'il n'offre pas lorsqu'il commence à exister, mais qui se développe peu à peu; et cette forme n’a rien de la simplicité géométrique que nous offrent les minéraux lorsque les molécules de ceux-ci se réunissent en cristaux. Chaque être vivant est assujetti aussi à des hmites de volume qu'il ne peut franchir, et une force intérieure tend à déterminer son accroissement, jusqu'à ce qu'il approche de ces limites, qui varient suivant les espèces. Pour les corps bruts. il en est tout autrement ; leur masse n’a pas de limites nécessaires. Du marbre, par exemple , pourra exister également bien sous la forme d’un fragment microscopique ou d’une montagne tout entière; une plante, un insecte, un oiseau ne pourra vivre s'il n'atteint des dimensions déterminées, et ne pourra jamais dépasser certaines limites que la nature arassignées à sa croissance. Un corps brut peut aussi être toujours divisé mécaniquement, sans que pour cela les portions ainsi séparées changent de mature, et perdent leurs propriétés essentielles; les diverses parties d'une même masse ne sont pas liées entre elles d’une manière nécessaire, et c'est par la pensée seulement qu'on peut admettre l'existence d un individu minéral insécable. Chez les plantes et les animaux, au contraire, diverses parties réunies par la nature constituent un ensemble nécessaire à l'existencede chacune d'elles, un seul tout, un étre individuel distinct de ce qui l'environne, et ne pouvant être mutilé au-delà d'un certain degré sans cesser d'exister.

S 88. Les corps vivants, comme nous l'avons déjà dit, sont toujours organisés, c'est-à-dire constitués par la réunion de parties solides et de parties liquides ; celles-ci sont répandues en proportions plus où moins considérables dans tous les points de leur

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masse , et les parties solides pour contenir ces liquides affectent la forme de lames minces ou de filaments disposés de façon à circonscrire des interstices ou cavités plus ou moins rapprochées. Ce mode de structure, qu'on nomme organisation, n'existe jamais dans le règne minéral, et on en comprendra facilement la nécessité chez les animaux et les plantes si on réfléchit un instant à ce que nous avons dit du mouvement nutrilif qui constitue le phénomène le plus constant et le plus caractéristique de la vie En eflet, pour assurer à ces corps une forme quelconque, il leur fallait évidemment des parties solides ; et, pour faire pénétrer dans leur tissu intime les substances étrangères destinées à y être incorporées , et pour entraîner au dehors les particules qui devaient cesser d'y appartenir, il fallait aussi des fluides , car les fluides seuls offrent dans leurs molécules assez de mobilité pour se prêter à un pareil mou vement. Ces fluides devaient pouvoir pénétrer partout où il y avait vie à entretenir, dans l'épaisseur des solides comme à leur surface, et par conséquent ces parties solides devaient nécessairement avoir une texture spongieuse et aréolaire. Il est donc impossible de concevoir l'existence d'un mouvement semblable au travail nutritif, sans un mode de structure tel que celui dont nous venons de parler, et, comme nous l'avons déjà dit, l'observation apprend que cette organisation se retrouve dans tous les êtres vivants : aussi donnet-on à ces êtres le nom général de corps organisés, par opposition aux minéraux, que l’on appelle corps inorganiques.

S 89. La composition élémentaire ou chimique de la matière offre aussi des différences importantes dans le règne minéral comparé à la grande division des êtres vivants.

Un corps brut, tel qu'une pierre ou un minéral, peut être formé uniquement par des molécules d'une même substance simple ou élémentaire , le fer ou le soufre, par exemple , ou bien résulter de: l'union de deux ou de plusieurs des éléments chimiques , dont la liste s'élève maintenant à plus de cinquante. La nature ne s'est imposé à cet égard aucune restriction, et, dans tout corps composé minéral , elle n’a associé les éléments constituants que dans des proportions très simples.

Pour les êtres vivants, il n'en est pas de même; ils sont toujours d’une composition chimique très complexe, et, afin de se bien rendre compte de la nature des matériaux constitutifs de leurs corps, il faut rapporter ces matières à trois classes. En effet, parmi ces substances, les unes se rencontrent aussi dans le règne minéral, et n'offrent, chez les animaux et les plantes, rien de particulier ; l'eau et divers sel; sont dans ce cas et rentrent dans la classe des corps inorganiqies. D'autres substances que l'on peut appeler des matières orgar.iques , le sucre et l’urée, par exemple,

ressemblent beaucoup aux premières par leur mode de constitution , mais ne se forment dans la nature que sous l'influence de la vie. Enfin d'autres encore, telles que l'albumine, la fibrine et la cellulose, pour lesquelles il convient de réserver le nom de matières organisées , ressemblent aux dernières par leur origine, mais s'en éloignent ainsi que des corps bruts, par des caractères chimiques d'une haute importance : elles résultent toujours de l'union de trois ou de quatre éléments déterminés, savoir : le carbone, l'hydrogène et l'oxigène, soit seuls , soit combinés à un quatrième principe, l'azote; elles sont remarquables par leur peu de stabilité et par la manière dont elles se détruisent en se putréfiant lorsqu'elles sont exposées pendant un certain temps à l'influence de l'air chaud et humide; enfin elles diffèrent des corps bruts par leur mode de constituhon moléculaire : car, ainsi que la chimie nous l'apprend, tout atome d'une matière organisée résulte de l'union d’un très grand nombre d’atomes des divers éléments rassemblés pour le former; tandis que, dans le règne minéral, chaque atome d'un corps composé ne contient qu'un très petit nombre d'atomes élémentaires (1).

Or, ce sont ces matières organisées qui forment la base essentielle de toutes les parties vivantes des animaux et des plantes, qui en constituent , en quelque sorte, la trame, et les matières organiques ou minérales ne remplissent dans l'économie de ces êtres que des rôles plus ou moins secondaires. Tout corps vivant est, par conséquent, caractérisé chimiquement par ia présence de ces composés particuliers de carbone , d'hydrogène et d'oxigène, ou bien d'azote uni aux trois éléments que nous venons de nommer; car, dans le règne minéral, on ne connaît pas de composé semblable.

$ 90. Des différences non moins considérables existent entre les corps organiques et les corps inorganiques sous le rapport de leur mode d'origine. Effectivement, lorsqu'un corps minéral se forme, il naît immédiatement de l’union de deux ou de plusieurs matières qui, par leur nature, diffèrent essentiellement de la sienne , el qui se combinent entre elles à raison des affinités chimiques dont elles sont douées. Un être vivant, au contraire, n'est jamais le produit de ces combinaisons spontanées de la matière; 1l ne peut se former que sous l'influence d’un corps vivant semblable à lui, et la force vitale essentielle à son existence se transmet par une succession non interrompue d'individus qui naissent les uns des autres, et qui se ressemblent entre eux. Le sel commun, par exemple, se formera

(1) Ainsi À atome d'acide carbonique est formé par 1 atome de carbone uni à 2 atomes d'oxigène . tandis que 4 atome de l’espèce de graisse connue sous le nom de s/éarine paraît contenir 140 atomes de carbone, 154 atomes d'hydrogène et 8 utumes d'oxigène.

toutes les fois que deux substances particulières qui ne ressemblent en rien à ce produit, la soude et l'acide chlorhydrique, viendront à s unir; et ces substances, pour se combiner ainsi, n'auront nullement besoin de la présence d'un sel semblable à celui qu'elles vont former. Une plante ou un animal, au contraire, n'est jamais créé ainsi de toutes pièces, et, pour se former, doit nécessairement participer d'abord à la vie d'un parent, c'est-à-dire d'un corps vivant développé préalablement, et dont il procède. Ces êtres, pour exister, semblent avoir besoin d'une impulsion étrangère; et cette impulsion , ils ne peuvent la recevoir que d’un corps semblable à ce qu'ils seront eux-mêmes.

$ 91. Le mode d'existence des êtres vivants, comparé à celui des êtres inorganiques , est également caractéristique. Les corps bruts, tels que les pierres et les minéraux, sont dans un état permanent de repos intérieur ; les molécules dont ils se composent ne serenouvellent pas : sileur volume augmente, c'est seulement parce que d'autres corps semblables à eux viennent se déposer à leur surface ; et s ils perdent une partie de leur propre substance, c'est accidentellement, et par l'action de quelque force agissant au-dehors d'eux, et complétement indépendante de la cause de leur existence. Nous avons vu que le corps des animaux est au contraire le siége d’un mouvement intérieur et incessant de composition et de décomposiuon moléculaire , par suite duquel la matière dont il se compose se renouvelle insensiblement. Sans cesse il incorpore à sa propre substance des molécules étrangères qu'il puise au dehors, et sans cesse aussi il abandonne et rend au monde extérieur une portion de sa matière constitutive. Cette espèce de tourbillon constitue le phénomène de la nutrition, et sa continuité est une condition de vie pour tout être organisé. C'est aussi de ce mouvement intérieur que dépendent les changements de volume que subissent les COrps vivants ; quand leur masse diminue, c'est parce que la quantité de malières expulsées excède celle des molécules nouvelles qu'ils s'assimilent; et quand ils s'accroissent, c'est par intussusception, et non par juxtaposition, comme chez les minéraux; car les matériaux nouveaux ajoutés à leur masse ne se déposent pas sur leur surface extérieure, mais pénètrent dans la profondeur de leur substance.

Enfin, après avoir ainsi existé pendant un temps dont la limite extrême est déterminée pour chaque espèce, les corps vivants périssent infailliblement , tandis que les corps bruts, une fois formés. existent tant qu'une force étrangère ne vient pas les détruire; leur durée n'a pas de limite nécessaire, et ils ne portent en eux aucun principe de destruction. Pour les êtres organisés, nous le répétons, la mort est partout une suite nécessaire de la vie : et comme ces êtres ne peuvent naître spontanément, ils disparaîtraient bientôt

de la surface de la terre, si, outre la faculté de se nourrir, ils n'avaient aussi le pouvoir de se reproduire : mais cette propriété est également accordée à tout corps viÿant, et constitue aussi un des caractères qui distinguent essentiellement les êtres organisés des corps inorganiques.

$ 92. Les différences qui existent entre les animaux et les végétaux sont moins grandes que celles qui distinguent les minéraux dé Fun et l'autre de ces règnes ; mais-elles sont néanmoins très considérables, et tiennent à la nature intime de ces êtres. Ainsi, chez les animaux , les tissus vivants sont formés essentieHement de matières azotées , tandis que chez les plantes les parties vivantes sent constituées principalement par des substances dans la composition desquelles il n'entre que du carbone ,‘de l'hydrogène et de loxigène.

Les animaux, comme nous l'avons vu, sont le siège d'une espèce de combustion pour l'entretien de laquelle ils ont continuellement besoin d'attirer dans l’intérieur de leur corps l'oxigène de Fatmosphère ; et ce phénomène, qui est la souree de l'acide carbonique qu'ils expirent et de la chaleur développée dans leur économie, constitue le travail de la respiration. Les plantes, au contratre, respirent d'une manière inverse; ainsi que nous le verrons plus tard, ces êtres prennent de l'acide carbonique dans l'atmosphère, enretirent le carbone et exhalent l'oxigène.

Les plantes peuvent former en quelque sorte de toutes pièces les matières organisées nécessaires à la constitution de leurs tissus; pour vivre il leur suffit de puiser au dehors le carbone, l'hydrogène, l’oxigène et les autres principes élémentaires dont ces matières se composent. Les animaux, au contraire, ne peuvent déterminer la combinaison de ces éléments, et ont besoin, pour se nourrir, de prendre au dehors des matières dejà organisées. En dernière analyse, c'est donc le règne végétal qui prépare en quelque sorte les composés organisés dont “le corps des animaux doit être constitué.

Les animaux, comme nous l'avons déjà vu ($ 6), ne peuvent absorber ces matières alimentaires sans les avoir préparées en quelque sorte par la digestion : aussi tous ces êtres ont-ils un estomac ou quelque cavité analogue. Les plantes absorbent directement dans l'atmosphère ou dans le sol les matières dont elles se nourrissent, et ne font subir à celle-ci aucune modification préalable ; par conséquent ils n'ont pas besoin d'avoir un estomac, et on n6 trouve jamais d’organe analogue à l'appareil digestif des animaux.

Enfin les êtres animés possèdent, comme nous l'avons vu, des facultés de relation qui n'existent pas chez les végétaux.

$ 93. Mais les animaux qui offrent en commun les caractères que nous venons d'indiquer sont en nombre immense, et rien n'est

plus varié que leur mode de conformation. Il existe une diversité non moins grande dans les actes par lesquels la vie se manifeste dans ces machines animées,; et pour nous en former une idée exacte, il ne suffit pas d'étudier un à un les divers phénomènes physiologiques, ainsi que nous l'avons fait dans les leçons précédentes ; après avoir analysé en quelque sorte la vie considérée d'une manière générale , il nous faut examiner l'ensemble de ses manifestations dans chaque être animé, et voir comment y sont groupés les divers organes destinés à produire tous ces actes.

S 94. Tous les animaux, avons-nous dit, sont destinés à se nourrir, à se reproduire, à sentir et à se mouvoir ; mais les actes par lesquels ces résultats s'obtiennent varient presque à l'infini. Chez les uns , les fonctions sont peu nombreuses et les facultés des plus bornées ; chez d'autres, au contraire, la sphère d'activité s'agrandit, les actions deviennent extrémement variées , et les facultés se multiplient. Pour exprimer cette différence dans la nature des animaux, l’on dit souvent que parmi ces êtres les uns sont plus parfaits où plus élevés que les autres. Un poisson, par exemple, ‘est un animal plus parfait, plus élevé que l'huitre, car il peut “exécuter des actes plus variés , et il possède un plus grand nombre -des attributs de l'animalité : mais il est lui-même moins parfait -que le chien. puisque chez celui-ci la vie se manifeste par des phénomènes plus compliqués ; et le chien , à son tour, est moins parfait que le singe, car le singe possède les facultés qui manquent à

ce quadrupède.

L'homme est le plus parfait, le plus élevé de tous les animaux ; l'éponge est, au contraire , l'étre animé le plus imparfait, et entre

ces deux extrêmes viennent se ranger nos quadrupèdes domestiques, les oiseaux, les reptiles, les poissons, les mollusques (ou animaux analogues au colimaçon et à l'huître), les polypes et une multitude d’autres animaux doués de facultés diverses.

$ 95. Le principe qui semble avoir été adopté par la nature dans ‘te perfectionnement des animaux est celui de la division du travail, ‘principe qui exerce aussi l'influence la plus heureuse sur les pro- -grès de l’industrie humaine.

En effet, lorsqu'on compare entre eux des animaux qui diffèrent par le nombre et l'étendue des facultés, on voit toujours que le perfectionnement de ces êtres coïncide avec une localisation plus considérable dans leurs fonctions : chez les animaux les plus parfaits, chaque acte physiologique résulte du jeu d'un instrument particulier, tandis que chez les animaux moins parfaits un même organe remplit à la fois plusieurs fonctions différentes.

Or, le mode d'action d’un organe ou instrument dépend toujours de sa nature intime, de sa forme et de ses autres qualités, et par

conséquent plus il y aura d'organes doués de genres d'activité différents chez un même animal, plus le corps de celui-ci renfermera de parties dissemblables. On voit donc que la complication anatomique de l’organisation doit toujours marcher de pair avec le perfectionnement physiologique, et que les animaux les plus simples dans leur structure doivent être ceux dont les facultés sont le plus bornées.

Pour démontrer la vérité de cette proposition, il suffira d’un petit nombre d'exemples. Il existe des animaux dont la structure est si simple que toutes les parties de leur corps se ressemblent ; et puisque l'identité de l'organisation entraîne la similitude des fonctions, on voit que l'intérieur de ces êtres peut se comparer à un atelier où tous les ouvriers seraient employés à l'exécution de travaux semblables, et où par conséquent leur nombre influerait sur la quantité, mais non sur la nature des produits de leur industrie. Aussi chez ces singuliers animaux peut-on diviser le corps en une multitude de morceaux sans y arrêter le mouvement vital; chaque fragment continue à exercer les fonctions qu'il remplissait avant sa séparation, et souvent même se développe de façon à constituer bientôt un animal complet, semblable par sa forme et par ses facultés à celui dont il faisait partie. Les hydres ou polypes d’eau douce offrent ce phénomène bizarre. Mais une pareille uniformité de structure ne se rencontre que chez un petit nombre d'animaux ; et à mesure que l’on s'élève davantage dans la série des êtres, que l’on s'approche davantage de l'homme , on voit l'organisation se compliquer davantage; chaque grande fonction, puis chaque acte dont ces fonctions se composent , deviennent l'apanage d’un instrument particulier, et alors la destruction d’un de ces organes entraîne la perte d’une faculté et occasionne dans l'économie un trouble d'autant plus grand que la fonction ainsi arrêtée est plus importante et plus complétement localisée. Alors le corps de l'animal se compose d'un nombre plus ou moins considérable de parties différentes appropriées chacune à des usages particuliers, et par conséquent sa structure générale est d'autant plus compliquée que ses facultés sont plus parfaites.

$ 96. Les différences que nous venons de signaler dans la complication de l’organisation peuvent dépendre de deux causes : de la création de parties nouvelles, qui sont en quelque sorte surajoutées aux organes dont se compose le corps des animaux moins parfaits, ou bien de la transformation d’une partie déjà existante chez ceuxci en un instrument spécial. Effectivement, dans un grand nombre de cas, la localisation des fonctions est déterminée par une simple modification dans la disposition de parties qui ailleurs étaient conformées pour servir à divers usages, et qui deviennent alors propres

à exécuter un seul de ces actes. Nous citerons, comme exemple de ce mode de spécialisation des organes, les différences que la nature a introduites dans la conformation des membres chez divers ani-| maux voisins des écrevisses et appartenant , comme celles-ci, à la classe des crustacés. Chez les Limules ou crabes des Moluques, tous, les membres de la portion antérieure du corps entourent immédia= tement la bouche et sont conformés de façon à constituer tous des pattes pour la Iloecomotion, des pinces pour la préhension des corps étrangers et des mâchoires pour la masticalion des aliments. Mais, comme on le pense bien. ils ne peuvent cumuler des fonctions si diverses sans être nécessairement moins propres à l'un ou à l'autre de ces usages qu'ils ne le seraient si, dans leur structure, tout était calculé dans la vue d'un résultat unique: ce sont des pattes médiocres et des mâchoires peu commodes. Mais chez les -anmmaux dé la même classe dont les facultés sont plus parfaites, ces organes cessent d'être semblables entre eux et d'avoir tous les mêmes usages : les uns sont distraits de tout autre devoir pour devenir des instruments spéciaux de mastication; d'autres sont affectés exclu sivement à la locomotion, et d’autres encore n'agissent que dans l'acte de la préhension.

Cette tendance de la nature à approprier une même partie de l'économie à des usages variés suivant les besoins particuliers des divers animaux, plutôt que de créer pour chacun ‘d'eux des parties entièrement nouvelles, se décèle aussi lorsqu'on compare entre elles des espèces destinées à vivre différemment. Ainsi ce sont les mêmes 05 qui, légèrement modifiés dans leur forme, constituent la main de l'homme, la patte du chien, l'aile de l'oiseau et la nageoire de la baleine.

$ 97. En variant ainsi la structure des animaux , la nature reste fidèle à un autre principe, que l'on peut appeler la loi de coordination où d'harmonie organique. En effet, le corps d'un animal n'est jamais un assemblaue d'organes disparates réunis comme au basard ; toutes ses parties sont dans une dépendance mutuelle plus ou moins intime, et il règne un accord constant entre la conformation: particulière de chacun de ces instruments et l'ensemble de l'organisation. Ces harmonies de structure sont quelquefois si évidentes que les zoologistes peuvent dans certains cas, par la connaissance d'un seul organe, deviner la structure du reste du corps, et déduire , comme des conséquences nécessaires de telle où telle particularité. de structure, l'histoire presque entière de l'animal. Aivsi, par la: seule inspection de la dent représentée planche 4, fig. 2, nous: pouvons dire que l'animal auquel elle a appartenu devait avoir une charpente osseuse propre à porter cet organe et à soutenir aussi toutes les parties du corps; il avait donc un squelette intérieur :!

or, cette espèce de charpente n'existe jamais sans qu’elle ait à protéger un cerveau, une moelle épinière el des netfs nombreux, lesquels, à leur tour , supposent l'existence d'organes des sens servant à établir des rapports complexes entre l'animal et le monde extérieur. Par le mode de structure de cette dent, on peut affirmer qu'elle a appartenu à un animal dont le sang circulait avec vitesse et s'artérialisait d'une manière complète ; en-un mot, qu'elle à apparteou à un quadrupède à sang chaud , et l'observation nous a appris que ces quadrupèdes naissent toujours vivants et sont pourvus de mamelles pour allaiter leurs petits. Par la forme de cette même dent on voit encore qu’elle est destinée à couper de la chair; elle appartenait. donc à un mammifère carnassier. Mais pour digérer la chair dont il se nourrissait, ce carnassier devait avoir un estomac et des intestins, conformés d'une manière déterminée : et pour s'emparer de sa proie , il lui fallait des organes de locomotion et de préhension. Enfin, de déduction en déduction, on peut arriver de la sorte à la détermination de tous les caractères les plus saillants de l'animal , et les relations d'harmonie organique qui existent entre les diverses parties de l'économie sont si fixes, que, même dans certains cas où la raison de ces rapports nous est inconnue, nous pouvons être certains qu'ils ne manqueront pas , et nous servir empiriquement de ces données pour compléter l'histoire de l'être que l'on étudie.

C'est de la sorte que l’on voit souvent se traduire, pour ainsi dire, au moyer de signes extérieurs, le mode de structure des organes les plus cachés, et c'est de la sorte aussi qu'en étudiant les débris d'ossements enfouis dans les diverses couches du globe, on est arrivé à connaître le mode de conformation d’une foule d'animaux dont la destruction complète a précédé de longtemps l'existence de l'homme sur la terre.

$ 98. Lorsqu'on compare entre eux les divers animaux , on voit aussi que ces modifications ne s'opèrent que par des nuances graduées ; la nature ne passe d'un plan d'organisation à un autre que par une multitude de degrés intermédiaires , et les principales formes ou types zoologiques sont liés entre eux par des espèces chez lesquelles les particularités propres à ceux-ci semblent s’effacer

peu à peu et se mêler.

Le plan général suivant lequel un animal est construit se retrouve toujours chez un grand nombre d'êtres qui varient entre eux à raison de différences dans les détails, et la nature semble avoir voulu réunir l'économie dans les moyens d'exécution à la diversité dans les produits. Malgré les dissemblances sans nombre que les êtres animés offrent entre eux, on peut reconnaitre dans tout le règne animal une tendance à l’uniformilé de composition

organique, Mais cette tendance devient surtout évidente 10rSqu’On |

circonscrit davantage le champ de l'observation. Aussi une gre-

aouille, un serpent, un oiseau , et un cheval, diffèrent considéra- | blement entre eux, et cependant l'anatomie nous fait voir que la : disposition générale de leur organisation est essentiellement la même On arrive même à un résultat analogue quand on compare |

ænire eux un papillon, une araignée, un crabe et un ver de terre, {ous appartenant à un même {ype zoologique , et les caractères qui des distinguent dépendent tantôt de Ja présence ou de l'absence «le certains organes, tantôt de particularités dans la conformation de parties existantes chez tous.

$ 99. C'est par suite de cette tendance de la nature à la conservation d'un même plan général au milieu de modifications variées introduites dans la structure des animaux que s'établit l'espèce de parenté qui souvent semble éxister entre plusieurs de ces êtres, et qui constitue ce que les zoologistes dés'gnent sous le nom d'’affnité naturelle. Cette parenté est souvent évidente, même pour le vulgaire : ainsi l'aigle, le corbeau , le perroquet, le coq, la cigogne, le canard, et tous les autres oiseaux , constituent une sorte de famille naturelle; il‘en est de même des papillons , des sauterelles, des scarabées, des mouches, et de tous les autres animaux désignés sous le nom commun d'insectes.

Les affinités naturelles qui existent entre les animaux sont de degrés très variés; elles sont d'autant plus intimes que les particularités de structure propres à chaque animal portent sur des parties d’une moindre importance physiologique et entraînent moins de changement dans le plan général de l'organisation. Le lion , le tigre et le chat, par exemple, sont des animaux ayant entre eux da plus grande aflinité, parce que, sauf quelques détails secondaires , ils sont conformés de la même manière; les affinités qui existent entre le lion et le chien sont encore assez grandes, parce que chez les deux toutes les grandes fonctions s'exercent à peu près de la même manière ; mais cette espèce de parenté est très éloignée entre un mammifère et un oiseau, et elle disparaît presque entièrement entre ceux-ci et les poissons, parce que ces animaux diférent entre eux par tous les points, sauf la disposition générale de l'économie caräctéristique de tout être pourvu d'un squelette antérieur et d'un système nerveux cérébro-spinal.

$ 100. Les animaux conformés sur le même plan général ne peuvent différer entre eux que par des particularités de structure d'une importance physiologique secondaire , car les différences qui s'observent dans les grandes fonctions de l’économie entraînent toujours à leur suite des modifications dans l’ensemble de l'organisme. Les parties qui de la sorte semblent régler toute l'économie sont

désignées par les zoologistes sous le nom d'organes dominateurs, et plus leur importance est considérable dans l'économie, plus leur structure est constante au milieu des modifications sans nombre que présentent les organes en quelque sorte accessoires des animaux.

Les diverses particularités de structure qui distinguent entre eux les animaux ne doivent donc pas avoir aux veux du zoologisie: la même valeur ; il existe, comme nous venons de le montrer, une certaine subordination de ces caractères entre eux ; et la connaissance de ce principe est essentielle pour l'établissement des classifications en histoire naturelle, sujet dont nous devons maintenant nous occuper.

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