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CLASSE DES INSECTES

$ 189. La classe des insectes se compose de tous les animaux

articulés ayant le-corps composé d’une tête, d’un thorax et d’un abdomen distincts, et ayant trois paires de pattes; à ces caractères extérieurs on peut ajouter que leur respiration se fait à l’aide de trachées aérifères, qu'ils sont dépourvus d'un système vasculaire proprement dit, et que presque toujours;ils subissent des métamorphoses dans le jeune âge. Enfin, il est encore à noter que presque tous sont pourvus d'ailes, et que ce sont les seuls animaux invertébrés qui soient conformés pour le vol.

$ 190. Le squelette tégumentaire des insectes, c’est-à-dire la peau endurcie de ces animaux, conserve quelquefois une certaine flexibilité, mais présente en général une consistance analogue à celle de la corne. Il ne faut pas croire cependant que son tissu soit réellement de nature cornée. La chimie nous apprend qu'ilest composé de matières très différentes, et qu'une substance particulière, nommée chitine, en forme la base. On v voit un grand nombre de pièces. qui sont tantôt soudées entre elles, d'autres fois réunies par des portions molles de la peau, et qui jouissent ainsi d'une mobilité plus ou moins grande.

Le corps de l’insecte, comme nous l'avons déjà vu, se divise en un certain nombre d’anneaux piacés bout à bout, et, dans cette série de segments, on distingue, avons-nous dit, trois portions, auxquelles on à donné les noms de téte, de thorax et d’abdomen (pl. 41 fig. 4).

Les membres ou appendices qui naissent de ces divers anneaux ont une Structure analogue à celle du tronc de l'animal ; ils se composent, en effet, de tubes solides ou de lames creuses, placés bout à bout, et renfermant dans leur intérieur les muscles et les nerfs destinés à les faire mouvoir.

La tête n'est formée que d'un seul tronçon, et porte les yeux, les antennes et les appendices de la bouche. Les antennes constituent la première paire de membres, ou appendices, des insectes, et se composent d'un nombre considérable de petits articles placés bout à bout; elles ressemblent à de petites cornes et paraissent être des organes de tact et d'audition. D'autres appendices, au nombre de trois paires, naissent de la partie inférieure de la tête, et constituent les organes de la mastication ou de la succion, dont nous aurons à parler en traitant de l'appareil digestif.

Le thorax occupe la partie moyenne du corps, et porte les pattes et les ailes; il se compose toujours de trois anneaux , nommés prothorax, mésothoraæ et métathorax {pl. 14, fig. 4), et c'est à l'arceau ventral de chacun de ces téguments que se fixe l’une des paires de pattes. Les ailes naissent, au contraire, de l'arceau dorsal des anneaux thoraciques ; mais le prothorax n’en porte jamais, et jamais aussi il n'existe plus d’une paire de ces appendices sur chacun des

deux anneaux suivants, de sorte que leur nombre ne peut dépasser deux paires. |

& 194”. On distingue dans les pattes des insectes une hanche, composée de deux articles, une cuisse, une jambe , et une espèce de doigt, nommé tarse, qui est divisé en plusieurs articles , dont le nombre varie de deux à cinq, et terminé par des ongles. Leur conformation varie, mais, comme on le pense bien, est toujours en rapport avec les mœurs de ces animaux. Ainsi les insectes dont les pattes postérieures présentent une grande longueur sautent , en général, plutôt qu'il ne marchent; chez les insectes nageurs , tels que les Dytisques et les Gyrins, appelés vulgairement Tourniquets, les tarses sont ordinairement aplatis, ciliés et disposés comme des: rames , et chez ceux qui peuvent marcher suspendus à des surfaces lisses, on trouve sous le dernier article de ces organes une espèce de pelote ou de ventouse propre à les faire adhérer aux corps qu'ils touchent. Quelquefois aussi les pattes antérieures sont élargies comme celles des taupes, afin de servir à creuser la terre ; la Courtilière, qui occasionne souvent dans nos campagnes des dégâts considérables en coupant les racines qui se trouvent sur son passage, nous offre un exemple remarquable de ce mode de structure. Il existe aussi des espèces chez lesquelles ces mêmes pattes constituent des organes de préhension; un grand insecte du midi de la France. la Mante religieuse, est conformée de la sorte. Enfin on connait aussi des insectes chez lesquels les pattes antérieures, réduites à un état rudimentaire et reployées contre la poitrine, ne servent plus aux mouvements, et échappent facilement à la vue , de façon qu'au premier abord on croirait ces animaux pourvus de quatre pattes seulement: plusieurs papillons diurnes sont dans ce cas.

& 492. Les ailes des insectes sont des appendices lamelleux, composés d'une double membrane , soutenus à l'intérieur par des nervures plus solides. Lorsqu’elles sont encore à peine développées, elles sont molles et flexibles ;: mais bientôt elles se dessèchent et demeurent roides et élastiques. En général, ilen existe deux paires ; on n’en voit jamais un plus grand nombre; mais quelquefois l'une ou l’autre de ces paires manque, et c’est toujours sur les deux derniers anneaux du thorax qu’elles naissent. Leur forme varie : lorsqu'elles servent réellement au vol, elles sont minces et transparentes ou rerouvertes par une sorte de poussière colorée formée par des écailles d’une petitesse microscopique, comme cela se voit chez les papillons; mais souvent celles de la première paire deviennent épaisses, dures et opaques, et constituent des espèces de boucliers ou d'étuis, nommés élytres (pl. 12, fig. 1), qui dans le repos recouvrent les ailes membraneuses et servent à les protéger; d’autres fois ces mêmes ailes, encore membraneuses vers leur extrémité,

deviennent dures et opaques vers leur base, et sont alors désignées sous le nom de demi-étuis ou hémélytres. On connaît aussi des insectes chez lesquels les ailes, au lieu d’avoir une structure lamelleuse, sont fendues en une multitude de membranes barbues sur les bords et semblables à des plumes disposées en éventail ; cela se voit dans un genre voisin des papillons. Enfin, lorsque les ailes postérieures manquent, elles sont d'ordinaire remplacées par deux petits filets mobiles terminés en massue, que l’on nomme balanciers.

$ 193. L’abdomen des insectes est composé d’un nombre considérable d’anneaux mobiles les uns sur les autres, souvent on en compte jusqu'à neuf; mais d'autres fois on n’en distingue pas autant, ce qui paraît dépendre de la soudure de deux ou plusieurs de ces segments entreeux. Chez l’insecte parfait, ces anneaux ne portent jamais ni pattes ni ailes ; mais ceux qui occupent l'extrémité postérieure du corps donnent souvent naissance à des appendices dont les formes et les usages varient beaucoup. Tantôt ce sont de simples soies ou des stylets dont les fonctions ne sont pas bien connues : chez les Éphémères, par exemple. Tantôt ces organes affectent la forme de crochets, et constituent une pince plus ou moins puissante, comme chez les Forficules, ou Perce- Oreilles ; d’autres fois ils sont disposés de façon à agir comme un ressort et à servir à l'animal pour se lancer en avant. Les Podurelles, petits insectes qui, dans nos climats, se cachent sous les pierres ou se tiennent à la surface des eaux dormantes, et qni habitent quelquefois aussi dans la neige des régions les plus froides du globe, offrent ce mode d'organisation. Enfin, d’autres fois encore, ces appendices abdominaux ont une structure plus compliquée et constituent une arme offensive ou un appareil destiné à effectuer le dépôt des œufs pondus par l’animal dans un lieu propre au développement de ses jeunes. Comme exemples de ces organes, nous pouvons citer l’aiguillon rétractile des Guêpes et des Abeilles et la tarière des Tenthrèdes. Le premier se compose d’un dard formé de deux stylets aigus logés dans une tige cornée ou étui, et présentant chacun en dedans un sillon par lequel s'écoule le venin sécrété dans une petite glande située tout auprès ; dans l'état de repos toutes ces pièces sont retirées dans l'intérieur du corps.de l'animal; mais, quand l'insecte veut s’en servir, il fait sortir l’étui , et l’enfonce, ainsi que son dard, dans la peau de son ennemi. Quelquefois il lui est même impossible de le retirer : l'aiguillon tout entier se sépare alors de son corps, et reste implanté dans la plaie. La déchirure qui en résulte détermine promptement la mort de l’insecte. Le mâle est toujours privé de cette arme : aussi peut-on le saisir sans danger ; mais les femelles , et souvent

les individus stériles, appelés ouvriers, en sont pourvus, et.sa piqûre déterminé une inflammation très douloureuse.

$ 194. Les insectes sont pourvus de sens très développés ; ils jouissent évidemment de l'ouïe et de l'odorat, aussi bien que du. tact, du goût et de la vue; mais jusqu'ici on n’a pas découvert le siége de l'olfaction, et chez la plupart de ces animaux, on n'aperçoit aucun organe spécial d'audition. Les antennes et les appendices de la bouche semblent être les principaux instruments du toucher, et les premiers servent peut-être aussi à la perception des sons. Nous ne savons aussi que peu de chose sur l'appareil du goût ; mais les organes de la vue ont été mieux étudiés.

La structure des yeux est très différente de ce que nous avons vu chez les animaux supérieurs. En général, l'organe qui, au premier abord, paraît être un œil unique , est, dans la réalité, formé par l'agglomération d'une multitude de petits yeux , ayant chacun une cornée, un corps vitré de forme conique, un enduit de matière colorante et un filament nerveux particuliers. Chez le Hanneton,, par exemple, on en compte près de neuf mille, et on connaît des insectes qui en ont plus de vingt-cinq mille. Toutes ces petites cornées sont hexagonales, et sont soudées entre elles de façon à constituer une espèce de cornée commune, dont la surface présente: une multitude de divisions semblables aux mailles d’un filet, visibles seulement à l’aide d’une loupe; et c’est à raison de cette disposition que l’on donne souvent à ces yeuæ composés le nom d'yeux à réseaux où d'yeux à facettes. Du reste, chacun des petits appareils constituants de ces organes multiples est parfaitement distinct de ceux qui l’entourent et forme avec eux un faisceau de tubes ter minés chacun par un filet nerveux provenant du renflement terminal du même nerf optique. Presque tous les insectes sont pourvus de deux de ces yeux composés, situés d'ordinaire sur les eôtés de la tête; mais quelquefois ils sont remplacés par des yeux simples, et d'autres fois ces deux sortes d'organes existent en même temps. Quant à la structure des yeux simples, que l’on désigne aussi sous les noms de stemmates ou d’ocelles, elle ala plus grande analogie avec celle de chacun des éléments des yeux composés. En général, les yeux simples sont réunis en groupe, au nombre de trois, vers le sommet de la tête. On ne sait rien de précis sur le manière dont ces appareils agissent sur la lumière qui les frappe ni sur le mécanisme de la vision chez les insectes. |

$& 195. Plusieurs insectes possèdent, de même que les animaux supérieurs, la faculté de produire des sons; mais, en général! leur chant ne se lie pas aux mouvements de l'air dans l'appareil respiratoire, comme chez les premiers, et dépend du frottement de certaines parties du corps les unes sur les autres, ou des mou-

vements imprimés ‘à ces instruments spéciaux par la contraction des muscles. Aïnsi le bruit monotone et assourdissant de la Cigale résulte de la tension et du relâchement alternatifs d’une membrane élastique disposée comme la peau d'un tambour de basque sur la base de l'abdomen ; chezles Criquets, ce sont certaines parties des ailes qui, en frottant l’une contre l’autre, vibrent avec intensité et

qui offrent à cet effet une structure très curieuse; mais le bour- donnement des mouches paraît dépendre de la sortie rapide de l'air, par les stigmates thoraciques, pendant les mouvements violents du vol. Enfin, il est d’autres insectes encore qui produisent une espèce de cri dont le mode de production n’est pas encore bien Connu : tel est le papillon de nuit connu sous le nom de Sphinx tête de mort.

$ 196. Le système nerveux des insectes présente la disposition

générale que nous avons déjà signalée en traitant de l’embranche. ment auquel ces animaux appartiennent. Il se compose principalement d’une double série de ganglions qui sont réunis entre eux par des cordons longitudinaux (pl. 44, fig. 2) : le nombre de ces ganglions correspond ordinairement à celui des anneaux ; et tantôt ils sont à peu près également espacés et s'étendent d’un bout du corps à l'autre , tandis que d'autres fois plusieurs d'entre eux sont rapprochés de manière à constituer une masse unique. Les ganglions céphaliques présentent un développement assez grand et donnent naissance aux nerfs des antennes, des yeux, etc. La première paire de ganglions post-æsophagiens fournit les nerfs de la bouche : et les cordons qui unissent ces noyaux médullaires aux ganglions céphaliques et qui embrassent l’œsophage donnent de chaque côté ‘un nerf qui remonte sur l'estomac, et qui, en s’unissant avec celui du côté opposé, constitue un nerf médian situé au-dessus du Canal digestif, et présentant sur son trajet deux ganglions. Les trois paires de ganglions situées à la suite de ceux placés immédiatement derrière l'œsophage appartiennent aux trois anneaux du thorax, et Sont le point de départ des nerfs des pattes et des ailes ; en général, elles sont très rapprochées entre elles et beaucoup plus grosses que les paires suivantes qui appartiennent à l'abdomen.

$ 197. La manière dont les insectes se nourris sent varie beau- Coup : les uns ne vivent que du suc des plantes ou des animaux; les autresse repaissent d'aliments solides et sont ou carnivores ou phytophages, et à ces différences correspondent des modifications remarquables dans la conformation de la bouche.

Chez les insectes broyeurs, tels que les Scarabées , les Hannetons ou les Sauterelles , cette ouverture est garnie en avant d'une Pièce médiane, nommée lèvre supérieure ou labre (pl. 44, fig 5), et Présente de chaque côté une espèce de grosse dent, mobile et très

dure, appelée mandibule, qui sert à diviser les aliments. Immédiatement en arrière des mandibüles se trouve une seconde paire d'appendice, dont la structure est plus compliquée : ce sont les mächoires. Chacun de ces derniers organes offre au dedans une lame ou cylindre plus ou moins dur et ordinairement armé de dentelures ou de poils, et porte du côté externe une ou deux petites tiges composées de plusieurs articles et appelées palpes maæxillaires. Enfin, derrière les mâchoires se trouve une seconde paire d'appendices, dont la base est supportée par une pièce cornée médiane , nommée menton. Ces appendices constituent la languette. Ils sont appliqués contreles mâchoires , comme ces organes sont eux-mêmes appliqués contre les mandibules ; et on leur distingue aussi une paire de filaments articulés et mobiles, appelés palpes labiaux, parce qu'on donne ordinairement le nom de lèvre inférieure au menton réuni à la languette. Quant à la forme de ces diverses parties, elle varie suivant la nature et la consistance des aliments. Les palpes servent principalement à saisir les aliments et à les maintenir entre les mandibules pendant que celles-ci les divisent. Chez les insectes suceurs, tels que les Papillons, les Punaises , les Abeilles, etc., les mâchoires ou le labre s’allongent de manière à constituer une espèce de trompe tubulaire, dans l'intérieur de laquelle on trouve souvent des filaments déliés, remplissant les fonctions de petites lancettes, et formés par les mandibules et les mâchoires modifiées au point d'être souvent à peine remarquables: Letube digestif(pl. 14, fig. 4) est toujours ouvert aux deux bouts, et s'étend de la bouche à l'anus ; tantôt il est droit , d’autres fois plus ou moins flexueux ; et ici, de même que chez les animaux supérieurs , il est en général très court chez les carnassiers , et fort long chez les espèces qui se nourrissent de substances végétales. Quelquefois son diamètre est partout à peu près le même; mais en général il présente des renflements et des rétrécissements qui permettent d'y distinguer un œsophage, un estomac et un intestin. Souvent on trouve plusieurs estomacs auxquels on à donné les noms de jabot, gésier et ventricule chylifique. d De chaque côté on voit y aboutir un certain nombre de tubes longs , déliés et remplis d'un liquide jaunâtre, qui sont les vaisseaux biliaires et remplissent les fonctions du foie. | On rencontre des organes salivaires dans un grand nombre d'in= sectes, et en général ils sont plus développés chez les suceurs que chez les broyeurs. Ce sont de simples tubes flottants qui aboutis= sent quelquefois à des espèces d'utricules ou petits sacs membraneux , et qui communiquent avec le pharynx par l'intermédiaire de canaux exCréteurs.

Enfin, on trouve encore , vers l'extrémité postérieure du canal |

intestinal, d'autres organes sécréteurs de formes variées, qui servent à l'élaboration de liquides particuliers, que plusieurs insectes font sortir de l'extrémité de leur abdomen lorsqu'on les inquiète; le venin de l’Abeille, par exemple.

Tantôt le liquide nourricier, résultant de la digestion des aliments, est employé immédiatement à l'assimilation ; tantôt au contraire une portion paraît pour ainsi dire mise en réserve, pour être employée dans d'autres occasions. L'espèce de réservoir que Von regarde comme servant à cet usage curieux est la masse de tissu graisseux qui entoure les viscères.

Les insectes n'ont point de circulation proprement dite; le liquide nourricier est épanché entre tous les organes, et les pénètre par imbibition. Mais il existe néanmoins à la surface dorsale de l'animal , immédiatement au-dessous des téguments, une espèce de tube longitudinal et entouré de faisceaux charnus, qui paraît être un rudiment de cœur , car on y observe des mouvements alternatifs de contraction et de dilatation, semblables à ceux que cet organe exécute dans d’autres animaux. Mais ce canal ne paraît fournir aucune branche, et il n'existe ni artères ni veines.

Les insectes ont tous une respiration aérienne ; mais au lieu de recevoir l'air dans des poches pulmonaires, comme la plupart des animaux, ils respirent à l’aide d'une multitude de canaux qui portent l'air dans toutes les parties du corps et qui sont connus sous le nom de trachées (pl. 41, fig. 6).

Ces tubes aérifères présentent une structure compliquée: on y distingue d'ordinaire trois tuniques, dont la moyenne est composée d'un filament cartilagineux enroulé en spirale comme un élastique de bretelles (pl. 114, fig. 7). Tantôt ils sont simples : mais d’autres fois ils présentent un certain nombre de grands renflements en forme de vésicules molles, qui remplissent les fonctions de réservoir à air. Les ouvertures par lesquelles l'air pénètre dans les trachées sont nommées stigmates : elles ressemblent en général à une petite boutonnière (pl. 44, fig. 9), mais présentent quelquefois deux valves qui s'ouvrent et se ferment comme les battants d’une porte. On en voit d'ordinaire une paire sur les parties latérales et supérieures de chaque anneau (fig. 8), mais elles manquent souvent aux deux derniers segments du thorax.

Quant au mécanisme par lequel l'air se renouvelle dans l'intérieur de cet appareil respiratoire, il ne paraît consister en général que dans les mouvements de contraction et de dilatation de l'abdomen. La respiration est très active chez ces animaux. Ils consomment une quantité considérable d'air comparativement à leur volume, et s'asphyxient promptement lorsqu'on les prive d'oxygène; mais quand ils sont dans cet état de mort apparente , ils

peuvent y rester très longtemps sans perdre la faculté de revenir à la vie.

$ 198. La plupart des insectes ne produisent que très peu de chaleur ; mais quelques uns de ces animaux en dégagent dans certaines circonstances une quantité assez considérable pour élever notablement leur température. Les abeilles sont dans ce cas, surtout lorsqu'elles s’agitent beaucoup dans leur ruche, et il est à noter que la respiration devient alors très active. | $ 499. Un autre phénomène plus remarquable, et dont on ne connaît pas encore la cause, est la production de lumière qui s’observe chez quelques insectes. Le Lampyre ou Ver luisant nous en offre un exemple bien connu de toutes les personnes qui fréquentent nos campagnes : le mâle (pl. 42, fig. 2) estailé et n'est pas lumineux ; mais la femelle (fig. 3), qui est privée d'ailes, et qui se trouve très souvent sur les buissons pendant les nuits chaudes de l'été, répand une lueur phosphorescente très vive. Chez une autre espèce de Lampyre qui habite l'Italie, les individus des deux sexes sont en même temps ailés et lumineux ; mais cette propriété singulière est surtout remarquable chez certains Taupins qui habitentles régions chaudes de l'Amérique, et qui produisent, en voltigéant dansl’'obscurité, une illumination naturelle du plus bel effet : les femmes les placent souvent dans leurs cheveux comme ornement , eton assure que les Indiens s'en servent pour s'éclairer quand ils voyagent de nuit. Chez nos Lampyres, la lumière provient de quelques taches situées sur le dessus des deux ou trois derniers anneaux de l'abdomen , tandis que chez les Taupins elle part de taches analogues placées sur le prothorax ou corselet. Il paraît que l’insecte peut à volonté faire varier l'intensité de cette lueur phosphorique, et qu’elle per- siste pendant un certain temps lorsqu'on place l'animal dans un gaz impropre à la respiration, ou même dans le vide, mais qu'elle s'éteint dans l’eau froide.

$ 200. Les sexes sont distincts chez ces animaux, et souvent il existe des différences très grandes entre le mâle et la femelle : le Lampyre commun nous en a déjà offert un exemple (pl. 24, fig.4, 5). Presque tous les insectes pondent des œufs, quelques uns cepens dant sont vivipares. Souvent il existe à l'extrémité de l'abdomen de la femelle un dard, une tarière ou quelque autre organe destiné à pratiquer des trous propres à recevoir les œufs ; et par un instinct admirable, la mère dépose toujours ceux-ci dans unendroil où les jeunes trouveront à proximité les aliments dont ils auront besoin, bien que, dans la plupart des cas , ces aliments ne soient pas de la nature de ceux qu’elle recherche elle-même. { Dans le jeune âge, les insectes changent plusieurs fois de peau, et présentent presque toujours un phénomène des plus singuliers;

dont, aureste, nous avons déjà vu un exemple chez les batraciens. La plupart d’entre eux, en sortant de l'œuf, ne ressemblent nl à leurs parents, ni à ce qu’ils deviendront plus tard, ct subissent , avant que d'arriver à l’état parfait, des changements si considérables qu'on ne peut mieux les désigner que sous le nom de métamorphoses.

En général, les insectes passent par trois états bien distincts 4 qu'on désigne sous le nom d'état de larve (pl. 12, fig. 1 1), d'état de nymphe (fig. 12) et d'état parfait (fig. 1 0); mais les changements qu'ils subissent ne sont pas toujours également grands : tantôt ces changements rendent l'animal tout-à-fait méconnaissable: d’autres fois ils ne consistent guère que dans le développement des ailes , et on désigne ces degrés divers de transformation sous les noms de mélamorphoses complètes et de demi-métamorphoses.

$ 201. Les insectes à métamorphoses complètes sont toujours plus ou moins vermiformes lorsqu'ils sortent de l'œuf et qu'ils sont à l'état de larve ; leur corps est allongé, presque entièrement mou, et divisé en anneaux mobiles dont le nombre normal est de 13 : tantôt ils sont complétement privés de pattes; d’autres fois ils sont pourvus d'un nombre variable de ces organes , mais dont la conformation ne rappelle en rien celle des mêmes parties chez l’animal adulte. Presque toujours ils n’ont que des yeux simples, et en sont quelquefois complétement privés; enfin leur bouche est presque toujours armée de mandibules et de mâchoires, quelle que soit la conformation qu'elle doit prendre par la suite, et on voit souvent les premiers de ces organes servir à la locomotion aussi bien qu’à la préhension des aliments. Ces larves varient, du reste, dans leur forme, et sont connues tantôt sous le nom de Chenilles, tantôt sous celui de Vers.

Après être restés dans cet état pendant un temps plus ou moins long et avoir éprouvé plusieurs mues , leurs ailes se forment sous la peau, et ils se changent en Nymphes. Pendant toute la durée de cette seconde période de leur existence, ces singuliers animaux cessent de prendre de la nourriture et restent immobiles. Tantôt la peau dont ilS viennent de se dépouiller se dessèche et constitue une espèce de coque oviforme dans l’intérieur de laquelle ils demeurent renfermés; tantôt ils ne sont recouverts que par une pellicule mince, qui, appliquée sur les organes extérieurs, en suit tous les contours et ressemble à des langes dans lesquels l'insecte se serait emmaillotté. Cette dernière disposition, qui se voit chez les nymples des Papillons où Chrysalides, leur a fait donner aussi les noms de Pupe et de Maillot.

Avant d'éprouver cette métamorphose, la larve se prépare souvent un abri et se renferme dans une coque qu'elle fabrique avec de

la soie sécrétée par les glandes salivaires et préparée à l'aide de filières creusées dans les lèvres. D’autres fois elle se suspend au moyen de filaments ou se cache dans quelque trou. C'est pendant que l’insecte est dans cet état de repos apparent qu'il se fait dans l'intérieur de son corps un travail actif, dont le résultat est le développement complet de toute son organisation. Ses parties intérieures se ramollissent et prennent peu à peu la forme qu'elles doivent conserver; les divers organes dont l'animal adulte doit être pourvu se développent sous l'enveloppe qui les cache, et, quand cette évolution est achevée, il se débarrasse de cette espèce de masque, déploie ses ailes, qui ne tardent pas à acquérir de la consistance, et il devient alors un insecte parfuit. ;

& 202. Les Insectes à demi-métamorphoses passent aussi par l'état de larve et de nympbe avant que d'arriver à l'état parfait; mais ici la larve ne diffère guère de l'insecte parfait que par l'absence d'ailes, et l'état de nymphe n’est caractérisé que par, la croissance de ces organes , qui, d'abord reployés et cachés sous la peau. sont alors libres, mais n'acquièrent tout leur développement qu'à l'époque de la dernière mue.

Quelques insectes, tout en subissant des changements considérables dans le jeune âge, ne passent point, par la série complète de transformations dont nous venons de parler; ils semblent, pour ainsi dire, s'arrêter en route, et n'arrivent jamais à posséder des ailes. Les Puces sont dans ce cas. En sortant de l'œuf, elles sont privées de pieds et ont la forme de petits vers de couleur blanchâtre. Ces larves sont très vives et se roulent en cercle ou en spirale. Bientôt elles deviennent rougeâtres; et, après avoir vécu dans cet état pendant une douzaine de jours, elles se renferment dans une petite coque soyeuse d'une finesse extrême pour s’y transformer en nymphes; enfin, au bout de douze jours environ de réclusion , si le tempsest chaud, elles sortent de leur enveloppe à l'état parfait.

& 203. Enfin. il est aussi des insectes qui ne subissent pas de métamorphose et qui naissent avec tous les organes dont ils doivent être pourvus, mais ce sont toujours des insectes aptères qui vous offrent ce mode de développement. Le Podurelle, dontil a été déjà question, et les Poux, sont dans ce cas.

$ 204. Les insectes, si remarquables par leur organisation, le sont encore davantage par leurs mœurs et par l'instinct admirable dont lanature a doué un grand nombre d’entre eux. Les ruses qu'ils emploient pour se procurer leur nourriture ou pour se SOUStraire à leurs ennemis , et l'industrie qu'ils déploient dans leurs travaux, étonnent tous ceux qui en sont témoins; et lorsqu'on les voit se réunir en sociétés nombreuses pour suppléer à leur fai blesse individuelle, s'aider entre eux, se partager les travaux né-

cessaires à la prospérité de la communauté, pourvoir à leurs besoins futurs, et souvent même régler leurs actions d’après les circonstances accidentelles où ils setrouvent. on reste confondu de trouver chez des êtres si petits, et en apparence si imparfaits, des instincts si variés el Si puissants, et des combinaisons intellectuelles qui ressemblent tant à du raisonnement. Le sujet ne tarirait pas si nous voulions rapporter ici des exemples de ces phénomènes curieux ; mais les limites étroites de ces leçons ne nous permettent pas d'y consacrer en ce moment plus de temps.

$ 205. Classification des insectes. — Si nous cherchions maintenant à résumer en peu de mots les différences les plus importantes que les insectes offrent entre eux, nous verrions que ces différences dépendent surtout de Ja structure de l’appareil buccal, qui règle le régime de ces animaux; de la disposition des organes servant à la locomotion aérienne, fonction qui donne à la classe tout entière un des ses traits les plus saillants ; enfin, du genre de métamorphoses que ces êtres subissent dans le jeune âge. Or, d'après ce que nous avons dit ailleurs sur l'essence des classifications naturelles , il est évident que ce doit être par conséquent dans les modifications de l'appareil buccal, des ailes et du mode de développement, que le zoologiste cherchera les bases de la distribution méthodique de ces animaux. En effet, c'est de la sorte qu'on est parvenu à les diviser en un Certain nombre d'ordres, auxquels on a donné les noms de Coléoptères, Orthopières, Névroptères, Hyménopières, Lépidopières, Hémiptères, Rhipiptères, Diptères, Parasites et Thysanoures.

S 206. Les Coréorrères, de même que les Orthoptères et les Névroptères, sont conformés pour se nourrir de substances solides, soit animales, soit végétales, et sont pourvus à cet effet de mandibules et de mächoires propres à opérer la division de ces aliments (pl. 11, fig. 5). Ils sont pourvus de deux paires d'ailes , mais celles de la première paire ne sont pas propres au vol, et constituent des

“espèces de boucliers durs et Cornés que l’on nomme élytres (pl. 12, fig. 4). Les ailes de la seconde paire sont, au contraire, membrapeuses, transparentes, et trop longues pour se cacher sous les élytres sans se reployer en travers; quelquefois elles manquent, et alors l'insecte est dans l'impossibilité de voler : c’est le cas du Charançon, qui ravage nos greniers à blé, et se fait remarquer par sa tête prolongée en façon de bec.

Les Coléoptères subissent des métamorphoses complètes. La larve (pl. 11, fig. 8) ressemble à un ver dont la tête est cornée, tandis que le reste du corps est presque toujours mou; sa bouche est conformée de même que celle de l'insecte parfait, et il n'y a pas toujours d'ocelles ; les trois anneaux qui suivent la tête sont presque toujours pourvus chacun d'une paire de pattes ordinairement très

courtes ; enfin, il existe chez un grand nombre de ces animaux une paire de fausses pattes attachée au dernier segment de l'abdomen. La nymphe est inactive et ne prend pas de nourriture ; elle est recouverte d’une peau membraneuse qui s'applique exactement aux parties situées au-dessous et les laisse apercevoir.

La plupart de ces insectes se font remarquer par la dureté de leurs téguments et le brillant de leurs couleurs ; lesuns sont carnassiers : le Carabe doré ou jardinier, si commun dans les allées sablées, par exemple; d'autres, tels que le Hanneton, se nourrissent de matières végétales. Leur nombre est immense, on en connaît plus de cinquante mille espèces ; mais nous nous bornerons à citer ici les Scarabées, dont une espèce est célèbre à cause du respect dont elle était l'objet chez les anciens Égyptiens ; les Cantharides ou Mouches d'Espagne, qui, dans le midi de la France et en Espagne, vivent sur le frêne et le lilas, et fournissent à la médecine une substance vésicante très énergique ; les Calandres ou Charançons, qui vivent dans le blé ; les Vrillettes et les Limebois , qui, à l’état de larve, perforent les bois des vieux meubleset des charpentes; les Dermestes, dont les larves se nourrissent des dépouilles d’autres animaux et souvent détruisent de la sorte les fourrures et les collections zoologiques; enfin, les Coccinelles ou Bétes à Dieu ; les Cicindelles, les Carabes.

$ 207. Les OnrnorrÈres ressemhlent aux précédents par la disposition générale des organes de la mastication, ainsi que par le nombre et la consistance de leurs ailes; mais s’en distinguent par le mode de plissement des ailes postérieures et par la nature de leurs métamorphoses. Leurs élytres sont moins dures que chez les Coléoptères , et les ailes membraneuses , lorsqu'elles sont dans le repos, ne se ploient pas transversalement , mais se plissent seulement dans le sens longitudinal , à la manière d’un éventail. Ils ne subissent que des demi-métamorphoses, et la larve ainsi que la nymphe ressemble à l'insecte parfait, si ce n'est quant aux ailes. Enfin tous sont terrestres, et la plupart sont remarquables par l’allongement de leur corps et le développement extrême des pattes postérieures, ce qui en fait des animaux sauteurs.

Les Sauterelles et les Locustes ou Criquets (pl. 12, fig. 4) sont les représentants principaux de cet ordre , et sont des ennemis redoutables pour l'agriculture, à raison de leur voracité et du nombre immense des légions qu'ils forment quelquefois, et qui se transportent à des distances considérables en ravageant tout sur leur passage. On range aussi dans ce groupe les Grillons, les Courtiliers ou Taupes-Grillons, etc.

$ 208. Les Névroprènres se distinguent des autres insectes masticateurs par la contexture de leurs ailes, qui, au nombre de

quatre, sont toutes membraneuses, transparentes, d'une délicatesse extrême et également utiles pour le vol. Le Corps de ces insectes est en général mou et très allongé ; enfin les uns subissent des métamorphoses complètes, les autres des demi-métamorphoses seulement. Cet ordre comprend les Libellules ou Demoiselles (pl. 12, fig. 3), les Éphémères, les Fourmillons, les Termites, etc. Ces derniers vivent en sociétés très nombreuses, et se construisent une demeure commune très remarquable.

$ 209. Les Hvmévorrères établissent en quelque sorte le passage entre les insectes masticateurs et les suceurs : ils sont, en effet, pourvus de mandibules conformées à peu près de même que chez les premiers, mais ne s’en servent pas pour la mastication , et se nourrissent de matières molles ou liquides qu'ils pompent à l'aide d'une trompe mobile et flexible composée des mâchoires et de la languette, excessivement allongée. Ils ont , comme les Névroptères, quatre ailes membraneuses et transparentes (pl. 42, fig. 9); mais ces ailes, au lieu d'être réticulées comme une dentelle, sont divisées en un certain nombre de cellules assez grandes par des nervures Cornées , et elles se croisent horizontalement sur le corps pendant le repos. Leurs téguments n'offrent que peu de dureté, et l'abdomen des femelles est terminé par une tarière ou par un aiguillon.

Ces insectes subissent une métamorphose complète. La larve, tantôt privée de pattes, ressemble à un Ver : d’autres fois, pourvue de six pieds à crochets, et souvent aussi de douze à seize pieds membraneux, ressemble davantage à des Chenilles : dans l'an et l'autre cas, elle a une tête écailleuse avec des mandibules, des mâchoires. et une lèvre à l'extrémité de laquelle est une filière . Pour le passage de la matière soyeuse dont sa coque doit être con- Struite. Le régime de ces larves varie beaucoup. Plusieurs ne peuvent se passer de secours étrangers et sont élevées en commun par des individus stériles, réunis en société. La Nymphe reste sans nourriture et dans un repos complet. Enfin, dans leur état parfait, les Hyménoptères vivent presque tous sur les fleurs, et meurent au bout de la première année de leur existence.

S 210. L'espèce la plus intéressante de ce groupe est l’Abeille domestique (pl. 12, fig. 9). Ces insectes, que l’on désigne aussi sous

le nom vulgaire de Mouches à miel, paraissent être originaires dela Grèce . mais ont été transportées par l'homme dans toute l'Europe, ainsi que dans le nord de l'Afrique et dans l'Amérique septentrionale. Is vivent en colonies, composées chacune de dix à trente mille ouvrières Où mulels, de six à huit cents mâles ou frelons (appelés à tort Bourdons par les cultivateurs ), et communément d'une seule femelle qui semble y régner en souveraine, et qui a reçu le nom de reine, Ils établissent leur demeure dans quelque cavité , telle

que le trou d'un vieux arbre ou l'espèce de hutte que les agriculteurs leur préparent et que l’on nomme des ruches, et ce sont les Abeilles ouvrières qui exécutent tous les travaux nécessaires à l'existence et à la prospérité de la société. Les unes, nommées cirières, sont chargées de la récolte des vivres et des matériaux de constructions, ainsique des bâtisses à élever ; les autres, appelées, à raison de leurs fonctions , les nourrices, s'occupent presque :exclusivement du soin intérieur du ménage et de l'éducation des petits.

Pour faire sa récolte, l'Abeille cirière entre dans ‘une fleur bien épanouie, dont les étamines sont chargées de la poussière appelée pollen par les botanistes. Cette poussière s'attache aux poils branchus dont son corps est couvert, et, en se frottant avec les brosses qui garnissent ses tarses , l'insecte la rassemble en pelotes ; qu'il empile dans les corbeilles ou palettes creusées à la face interne de ses jambes postérieures. À l'aide de leurs mandibules, les ouvrières détachent aussi de la surface des plantes une matière résineuse , appelée propolis,eten remplissent leurs corbeilles. Ainsi chargées, ces Abeilles retournent à leur demeure commune , et, aussitôt arrivées , se débarrassent de leur fardeau, pour retourner à la recherche de nouvelles provisions ou pour employer celles déjà recueillies. Les travaux de l'intérieur sont plus compliqués : les Abeilles commencent par boucher avec du propolis toutes les fentes de leur habitation et n'y laissent qu'une seule ouverture , dont les dimensions sont peu considérables ; elles s'occupent ensuite de la construction des rayons, où gâteaux, destinés à servir de nid pour les petits et de magasins pour les provisions de la communauté. Ces gâteaux sont faits avec de la cire, matière qui se trouve sur diverses plantes, et qui est sécrétée aussi par les Abeilles dans des organes particuliers, situés sous les anneaux de leur abdomen. Ils sont composés de deux couches de cellules (ou alvéoles ) hexagones, | à base pyramidale, adossés l’un à l'autre, et sont suspendus perpendiculairement par une de leurs tranches. En général, c'est à la voûte de la ruche qu'ils sont fixés , et ils sont toujours rangés parallèlement, de maniere à laisser entre eux des espaces vides , dans : lesquels les Abeilles peuvent circuler. Les cellules, comme on le voit, sont par conséquent disposées horizontalement et ouvertes par un de leurs bouts. C'est avec leurs mandibules que les ouvrières les façonuent : elles en taillent les pans successivement, et elles portent dans leur construction une précision étonnante. La plupart de ces loges ont exactement les mêmes dimensions, et servent à loger les larves ordinaires ou deviennent des magasins, mais quelques unes, destinées à contenir des larves femelles , et appelées pour cette raison des cellules royales, sont beaucoup plus grandes et de forme presque cylindrique. Quand les Abeilles ont

fait une récolte abondante de pollen ou de miel, elles déposent leur superflu dans quelques unes des cellules ordinaires, pour subvenir soit à leur consommation journalière, soit à leurs besoins futurs. Elles ont aussi la précaution de boucher avec un couvercle en cire les cellules contenant leur réserve de miel, et, si quelque accident vient menacer de miner leurs constructions, elles savent aussi élever des colonnes et des arcs -boutants, pour empêcher la chute de “leurs gâteaux. Les mâles, comme nous l'avons déjà dit, ne participent pas à ces travaux, et, lorsqu'ils ne sont plus d'aucune utilité à la communauté, les ouvrières les mettent à mort, en les perçant de leurs aiguillons. C'est du mois de juin à celui d'août que ce carnage a lieu, et il s'étend même sur les larves et sur les nympbhes de faux bourdons. La femelle reste également étrangère à la vie active menée par les ouvrières ; mais, comme c’est de sa fécondité que dépend la prospérité de l’essaim, elle est toujours choyée par celles-ci Dès qu’elle commence à pondre des œufs , elle devient pour toute la colonie un objet de respect, et elle ne souffre dans sa demeure aucune rivale; si elle en rencontre, un combat à mort s'engage aussitôt, et une seule reine se voit toujours dans chaque essaim, quelle que soit la multitude d'individus dont celui-ci se compose. Tant qu'elle reste renfermée dans l’intérieur de son habitation, la jeune reine ne pond pas d'œufs ; mais, si le temps est beau, elle en sort peu de jours après sa naissance, et s'élève avec les faux bourdons à perte de vue dans l'air; cependant elle ne tarde pas à rentrer, et quarante-huit heures après, elle commence à pondre des œufs, qu'elle dépose un à un dans les cellules préparées à cet usage. Pendant le premier été, cette ponte n’est pas très nombreuse, et ne se compose que des œufs d’ouvrières ; pendant l'hiver, elle s'arrête ; mais, dès que le retour du printemps se fait sentir, la féconditéde la mère-abeille devient extrême : dans l'espace d'environ trois semaines elle pond en général plus de douze mille œufs. C'est seulement vers le onzième mois de son existence qu'elle commence à donner des œufs de frelons en même temps que des œufs d'ouvrières, et ceux d’où naîtront des femelles ne viennent qu'un peu plus tard. Trois ou quatre jours après la ponte, les œufs éclosent, et il en sort une petite larve de couleur blanchâtre, qui, étant privée de pattes, ne peut sortir de son nid et chercher sa nourriture; mais les ouvrières pourvoient abondamment à ses besoins, en lui présentant une sorte de bouillie dont les qualités varient suivant l'âge et le sexe de l'individu auquel elle est destinée , et, lorsque le moment de sa transformation en nymphe approche, elles la renferment dans sa loge, en adaptant à celle-ci un couvercle en cire. Cinq jours après la naissance d'une larve d'ouvrière, ses nourrices ferment ainsi sa cellule. Elle file alors autour de son corps une

coque de soie , et au bout de trois jours, se change en nymphe ; enfin, après être restée sous cette forme pendant sept jours et demi, elle subit sa dernière métamorphose. Les mâles n'arrivent à l'état parfait que le vingt et unième jour de la naissance de la larve, tandis que les femelles subissent leur dernière transformation le treizième jour. L'influence qu'exerce sur le développement des Abeilles la qualité des aliments dont les ouvrières nourrissent les larves est des plus remarquables : car, en variant la bouillie qu'elles donnent à leurs élèves, ces singulières nourrices produisent à volonté des ouvrières ou des reines. Cela se voit d'une manière évidente lorsqu'un essaim a perdu sa reine, et qu'il n'existe pas dans les rayons de la ruche de cellule royale contenant une larve de femelle; alors les Abeilles se hâtent de démolir plusieurs cellules d'ouyrières, pour y donner la forme d’une cellule royale, et fournissent en abondance à la larve qu’elles y laissent la pâture dont elles alimentent les femelles : or, par ce seul fait, la larve, au lieu de devenir une Abeille ouvrière, comme cela serait arrivé si elle avait continué à être élevée de la manière ordinaire, devient une Abeille-reine. Quand une jeune reine a achevé ses métamorphoses et rongé les bords du couvercle de sa cellule, pour sortir de son nid, on voit se manifester dans toute la colonie une grande agitation. D'un côté, les ouvrières bouchent avec de nouvelles quantités de cire les ouvertures qu'elle pratique, et la retiennent prisonnière dans sa loge ; d'un autre côté, la vieille reine cberche à s'en appro- Cher pour la percer de son aiguillon, et se défaire ainsi d’une rivale dangereuse; mais des phalanges d'ouvrières s'interposent pour l'en empêcher. Au milieu du tumulte qui résulte de tout ce manége, la vieille reine sort de la ruche avec toute l'apparence de la colère, et suivie d'une grande partie de la société d'ouvrières et de mâles , dont elle était le chef unique. Les jeunes Abeilles, trop faibles pour émigrer de la sorte, restent dans la ruche, et bientôt leur nombre augmente par la sortie de celles qui étaient encore à l'état de larve -ou de nymphe; les jeunes reines se dégagent aussi de leurs cellules pendant ce tumulte. S'il y en a plusieurs , elles se battent entre elles, et celle qui, après le combat, se trouve seule, devient la souveraine de la nouvelle société. L’essaim qui a abandonné de la sorte sa demeure avec la vicille reine ne se disperse pas, mais va à quelque distance se suspendre en groupe et fonder une nouvelle colonie qui recommence tous les travaux dont nous venons de parler , et qui, à son tour, fournit au bout d'un certain temps un second essaim, dont la sortie est déterminée par les mêmes causes que nous avons vues OCCasionner l'émigration du premier. Une ruche donne quelquefois trois ou quatre essaims par saison ; mais les derniers Sont toujours faibles. La mort de l'Abeille-reine, la faiblesse d'une

colonie et les attaques de ses ennemis déterminent quelquefois les

Abeilles à se disperser; les fugitives vont alors chercher asile dans

une ruche plus fortunée ; mais elles en sont impitoyablement re-

poussées à coup d'aiguillon par les propriétaires de la demeure | qu'elles voudraient partager ; car aucune Abeille étrangère, même isolée, n'est reçue dans une ruche où elle n'est pas née. Quelquefois aussitoute une colonie en attaque une autre pour piller les magasins, et, siles agresseurs ont le dessus, ils détruisent complétement la population vaincue, et enlèvent tout le miel de leurs victimes pour le déposer dans leur ruche.

S 211. Les Fourmis appartiennent aussi à l'ordre des Hyménop- | têres, et ont des mœurs non moins curieuses. Ces petits insectes vivent, comme les abeilles, en sociétés nombreuses composées de mâles, de femelles, et surtout d'individus imparfaits et stériles. que l'on désigne sous le nom d'ouvrières, ou de neutres, et que l’on re- | connaît à l'absence de leurs ailes , à la grosseur de leur tête et à la | force de leurs mandibules; ce sont aussi les ouvrières qui sont | chargées de tous les travaux nécessaires à la prospérité générale, | et elles y procèdent de manières différentes suivant les espèces. Les unes bâtissent leur demeure commune en terre, les autresen bois. Les premières creusent dans le sol une multitude de galeries et de chambres disposées par étages, et, rejetant les déblais au dehors, élèvent souvent au-dessus de leur nid un monticule, dans l'intérieur duquel ces travailleuses infatigables creusent de nouveaux | étages, semblables à ceux situés au-dessous; quelquefois on les | voit aussi construire avec cette terre des galeries qui montent le | long des tiges des arbustes où ces insectes vont chercher leur nour- | riture, et qui les abritent dans leurs courses journalières. Les Four- Mis qui construisent leurs fourmilières en bois s’établissent dans des arbres déjà attaqués par des larves d’autres insectes, etramolis par la pourriture. Avec leurs mandibules elles détachent des | particules de bois, et creusent dans l'intérieur de l'arbre plusieurs | étages séparés par des planchers et soutenus par des piliers, for- |més de bois non rongé ou de sciure détachée des parties voisines let pétrie avec de la salive. Si quelque accident vient détruire une . |parte de leur édifice, on voit aussitôt toutes les ouvrières qui ont échappé à ce désastre déployer une activité extrême, relirer des décombres celles qui y ont été ensevelies, transporter en lieu de isûreté leurs compagnes blessées , et ajouter de nouvelles bâtisses [à celles encore debout. Les mâles et les femelles ne participent pas à ces travaux. Les premiers ne restent dans la fourmilière que fort peu de temps, et périssent presque aussitôt qu'ils en sont soritis: les femelles quittent aussi la demeure commune avec les mâles; mais, après s'être séparées de ceux-ci et s'être dépouillées de leurs

ailes, elles sont ramenées dans la fourmilière par les ouvrières, et

placées dans les chambres les plus retirées , où elles restent pri-

sonnières , et sont nourries par leurs gardiennes. Dès qu'elles pon-

dent un œuf, une Fourmi ouvrière s'en empare et le transporte avec soin dans une chambre particulière. Les œufs destinés à produire des femelles ne sont pas logés dans les mêmes cellules que ceux d'où naîtront les ouvrières. Les larves reçoivent aussi de la part des ouvrières des soins assidus; chacune d'elles est appâtée par celles-ci avec des sucs qui lui conviennent, et lorsque le temps

est beau, on voit ces nourrices actives transporter leurs-élèves hors

de la fourmilière pour les exposer aux rayons du soleil. les défendre contre leurs ennemis, les rapporter dans leur nid à l'approche du soir, et les entretenir dans un état de propreté extrême. Les Fourmis ne font de provisions ni pour elles-mêmes ni pour leurs nourrissons , mais vont chaque jour chercher des aliments dont elles ont besoin. Pendant que certaines ouvrières s'occupent de l'entretien des bâtisses et des nouvelles constructions nécessaires à leurs colonies croissantes, d’autres vont chercher, sur les fleurs, des liquides sucrés, et surtout y récolter un liquide particulier qui suinte du corps des pucerons et de quelques autres petits insectes hémiptères. Certaines fourmis ne se contentent pas de prendre la gouttelette sucrée que le puceron leur abandonne lorsqu'il se sent caressé par leurs antennes ; souvent elles portent ces insectes dans leurs demeures, et les y élèvent comme des fermiers le font pour leurs vaches laitières. On a vu les habitants de deux fourmilières voisines se disputer leurs pucerons , et les vainqueurs emporter leurs prisonniers avec le même soin qu'elles le font pour leurs larves. Mais ce singulier instinct de prévoyance n’est pas encorë le trait le plus extraordinaire de leurs mœurs. Il est des Fourmis qui, après avoir vaqué pendant une partie de leur vie à lenrs tra: vaux ordinaires , semblent comprendre le plaisir de l'oisivété , ét vont faire la guerre à des espèces plus faibles, pour en enlever les larves-et les nymphes , transporter celle-ci dans leur propre demeure, et charger les esclaves qu'elles se sont ainsi procurés de tous les travaux de la communauté.

& 212. L'ordre des Lépinorrères se compose d'insectes dont la bouche est conformée de manière à n’être propre qu'à l'aspiration des sucs déposés sur la surface des plantes , et dont les ailes, au nombre de quatre et membraneuses comme dans les deux groupes précédents, sont opaques et diversement coloriées par la présence d’une sorte de poussière écailleuse fixée à leur surface. La bouche, comme nous l'avons déjà dit, a la forme d'une longue trompe roulée en spirale (pl. 12, fig. 13). Enfin ces insectes subissent des métamorphoses complètes , et leurs laves (pl. 12, fig.11), connues sous

le nom .de chenilles , sont pourvues de pattes vers les deux extrémités de leur corps, et vivent en général de feuilles : les unes s’enveloppent d'un coton soyeux pour y achever leur transformation ; d'autres se roulent dans des feuilles ou se suspendent à quelque.corps étranger au moyen d'un fil de soie.

Parmi les Lépidoptères , les uns volent de jour, les autres ne se montrent qu'à la brune, et d'autres encore restent comme engourdis durant le jour, et ne sortent qu'à la nuit.

Les diurnes se reconnaissent à leurs ailes élevées verticalement pendant le repos, et sont remarquables par la variété et la vivacité de leurs couleurs. On les désigne généralement sous le nom de papillons ; mais les zoologistes les distinguent en Vanesses, papillons proprement dits, Danaïdes, etc.

Les crépusculaires et les nocturnes ont les ailes horizontales pendant le repos, et ont en général des couleurs plus ternes que les précédents; ce sont : les Sphinx, les Bombyces, les Phalènes, les Teignes, etc.

Le Bombyx du mürier est (pl. 42, fig. 10) de tous les insectes le plus utile à l’homme, car sa larve n’est autre chose que le ver à soie, dont l'éducation contribue si puissamment à la prospérité agricole de nos provinces méridionales , et dont les produits alimentent tant de riches industries.

Cet insecte est originaire des provinces septentrionales de la Chine, et ne fut introduit en Europe que dans le sixième siècle. Des missionnaires grecs en apportèrent des œufs à Constantinople sous le règne de Justinien, et, à l'époque des premières croisades, sa culture se répandit en Sicile eten Italie ; mais ce ne fut guère que du temps de Henri IV que cette branche d'industrie agricole acquit quelque importance dans nos provinces méridionales, dont elle forme aujourd'hui l’une des principales richesses.

Les œufs du Bombyx du mûrier sont désignés par les agriculteurs sous le nom de graine de ver à soie. Quand ils ont été desséchés, ils ont une teinte gris-cendré, et avec quelques soins on peut les conserver ainsi pendant assez longtemps sans tes détériorer. Pour que le travail de l'incubation commence et que les larves éclosent , il faut que les œufs éprouvent pendant quelque temps une température d'au moins 15 à 16° centigrades. Après avoir éprouvé huit ou dix jours de chaleur croissante , ils devien- nent blanchâtres, et, bientôt après, les larves commencent à en

sortir. Ces petits animaux, au moment de la naissance, n'ont qu'environ uneligneet un quart de long. Leur corps (pl. 12, fig. 44 ) est allongé, cylindrique, annelé, ras, et ordinairement de couleur grisâtre ; à son extrémité antérieure on distingue une tête, formée par deux espèces de calottes dures et écailleuses sur lesquelles on

remarque des points noirs, qui sont des yeux: la bouche occupe la partie antérieure de cette tête, et est armée de fortes mâchoires ; les trois anneaux suivants portent chacun une paire de petites pattes écailleuses , et représentent le thorax; enfin l'abdomen est très développé et ne porte pas de membres sur les deux premiers segments, mais est garni postérieurement de cinq paires de tuhercules charnus qui ressemblent à des moignons , et = congtituent autant de pattes.

Dans le midi de la France, on appelle les vers à soie des magnans, et de là le nom de magnanerie qu'on donne aux établissements dans lesquels on les élève. Le premier soin qu’ils réclament après leur naissance est de les séparer de leurs coques et de les placer sur des claies où ils trouvent une nourriture appropriée à leurs besoins. Pour cela on a l'habitude de recouvrir les œufs d'une feuille de papier criblée de trous, à travers lesquels les vers montent pour arriver jusqu'aux feuilles de mürier placées au-dessus ; et c’est lorsqu'ils sont sur les rameaux garnis de ces feuilles qu'on les transporte sur les claies préparées pour leur servir de demeure. Eanourriture du ver à soie consiste en feuilles de mürier; et c’est par conséquent de la culture de cette plante que dépend la possibilité d'élever ces insectes. Le mürier blanc est l'espèce la plus généralement employée à cet usage : c’est un arbre qui s'élève à quarante ou cinquante pieds, et qui donne quatre ou cinq quintaux de feuilles, quelquefois même dix ou douze. Il s'accommode assez bien de tous les terrains, et on le cultive avec succès jusque dans le nord de l’Europe ; maisil n'y croît nulle part sauvage. En effet , ce mürier est originaire de la Chine : deux moines grecs l’introduisirent en Europe vers le milieu du sixième siècle en même temps que les vers à soie; sa culture se répandit bientôt dans le Péloponèse , et fit donner à cette partie de la Grèce son nom moderne de Morée. De là les müûriers et les vers à soie passèrent en Sicile par les soins du roi Roger, et prirent dans la Calabre une extension rapide. Quelques g gentilshommes qui avaient accompagné Charles VIIT en [talie pendant la guerre de 1494, ayant connu tous les avantages que ce pays retirait de cette branche d'agriculture, voulurent en doter leur patrie, et firent apporter de Naples des müûriers, qu'on planta dans la Provence et dans le Dauphiné. Il y a une trentaine d'années, on voyait encore à Allan, près de Montélimart, le premier de ces arbres planté en France : il y fut apporté par Guy Pope de Saint-Auban, seigneur d'Allan. Aujourd’hui les müûriers couvrent une grande partie du midi de la France et se cultivent même dans le nord.

Les vers à soie vivent à l'état de larve environ trente-quatrejours , et pendant ce temps changent en général quatre fois de peau : letemps

compris entre ces mues successives constitue ce que les agriculteurs appellent les divers äges de ces petits animaux. A l'approche ce chaque mue, ils s’engourdissent et cessent de manger; mais, après avoir changé de peau , leur faim redouble. On appelle petite frèze le moment de grand appétit qui précède chacune des quatre premières mues, et grande frèze celui qui se remarque durant le cinquième âge du ver. La quantité de nourriture qu'ils consomment augmente rapidement. On compte que pour leslarves provenant d’une once de graine il faut ordinairement environ sept livres de feuilles . pendant le premier âge, dont la durée estordinairement de cinq jours; : vingt et une livres pendant le second âge, qui dure seulement quatre jours ; soixante-dix livres dans le troisième âge, qui dure sept jours ; deux cent dix livres pendant le quatrième âge, dont la durée est. égale à celle du troisième âge , et douze à treize cent livres pendant Je cinquième âge. C’est le sixième jour du dernier âge qu'a lieu la grande frèze. Les vers dévorent alors deux à trois cents livres de feuilles, et font, en mangeant, un bruit qui ressemble à celui d'une lorte averse. Le dixième jour, ils cessent de manger et s'apprêtent à subir leur première métamorphose. On les voit alors chercher à grimper sur les branches des petits fagots qu'on a soin de placer au-dessus des claies où jusqu'alors ils sont restés. Leur corps devient mou, et il sort de leur bouche un fil de soie qu'ils traînent après eux. Bientôt ils se fixent, jettent autour d'eux une multitude de fils d’une finesse extrême, qu’on appelle banc ou banne, et, suspendus au milieu de ce lacis, filent leur cocon, qu'ils construisent ‘en tournant continuellement sur eux-mêmes en divers sens et en enroulant ainsi autour de leur corps le fil qu'ils font sortir de la filière dont leur lèvre est percée. La soie ainsi formée se produit dans des glandes qui ont beaucoup d’analogie avec les glandes salivaires des autres animaux, et la matière dont elle est composée est molle et gluante au moment de sa sortie, mais ne tarde pas à se durcir à l'air. Il en résulte que les divers tours de ce fil unique s’agglutinent entre eux et constituent une enveloppe dont le tissu est ferme et dont la forme est ovoïde. La couleur de cette soie varie: tantôt elle est jaune, tantôt d’un blanc éclatant, suivant la variété du ver qui l'a produite, et la longueur de chaque fil dépasse souvent trois cents mètres , mais varie beaucoup, ainsi que le poids des cocons. Les vers nés d’une once de graine peuvent en donner jusqu'à cent trente livres; mais une telle récolte est rare, et souvent on n’en relire que soixante-dix à quatre-vingts livres de cocons. + En général, trois jours et demi à quatre jours suffisent aux larves pour achever leur cocon, et si on ouvre ensuite cette espèce de ce!lule, on voit que l'animal (p.42, fig. 12) n'offre plus le même aspect qu'avant sa réclusion ; il a pris une couleur brune , sa peau ressemble

à du vieux cuir, et sa forme est ovoide, un peu pointue àson extrémité postérieure. On n’y distingue plus ni tête ni mâchoires; mais sa portion postérieure est occupée par des anneaux mobiles, tandis qu’en avant on remarque une bande oblique, disposée en écharpe, et représentant les ailes futures de l'animal parfait. Le temps pendant lequel les Bombyces restent ainsi renfermés à l'état de chrysalide varie suivant la température : si la chaleur est de 45 à 48°, ils en sortent à l'état parfait du dix-huitième au vingtième jour. Pour percer leur cocon, ils en humectent une extrémité avec une liqueur particulière qu'ils dégorgent, et ensuite ils heurtent avec violence leur tête contre le point ainsi ramolli. Lorsque le Bombyce a de la sorte achevé ses métamorphoses , il se présente sous la forme d’un papillon à ailes blanchâtres (fig. 10); sa bouche n’est plus armée de mâchoires, comme dans le jeune âge, mais se prolonge en une trompe roulée en spirale; ses pattes sont grêles et allongées, et sa conformation intérieure diffère autant de celle de la larve que sa forme extérieure. Presque aussitôt après leur naissance , les papil-lons se recherchent entre eux; ensuite les femelles pondent leurs œufs, dont le nombre s'élève à plus de cinq cents pour chacun de ces insectes ; enfin , après avoir vécu à l'état parfait pendant dix à vingt jours, ils meurent.

La Pyrale, qui occasionne souvent de grands dégâts dans les vignobles , appartient aussi à ce groupe.

$ 213. Les Hémiprères -ont aussi la bouche disposée pour la succion; mais elle ne consiste pas en une simple trompe, et a la forme d'un bec, dans l'intérieur duquel se trouvent des stylets aigus, propres à perforer les tissus animaux ou végétaux dans lesquels l'animal doit puiser les liquides dont il se nourrit Ces insectes ont ordinairement quatre ailes comme tous les: précédents; mais en général, celles de la première paire ne sont membraneuses que vers le bout, et constituent des demi-élytres ; enfin: les métamorphoses sont incomplètes , et l'insecte en grandissant ne change ni de forme ni d'habitudes : seulement, ilacquiert, en gé néral , des ailes dont il était d'abord privé; quelquefois, cepen: dant, il demeure toujours privé de ces organes : c'est le ca de la Punaise des lits, par exemple. On range dans cet ordre le Pentatomes, les Halys, etc., ou Punaises des bois (pl. 12, fig. 5) les Nèpes, où Punaises d'eau, les Cigales, les Pucerons (fig. 7) la Cochenille ( fig. 8), etc. On peut aussi rapprocher de ce group la Puce (Gg. 15) , Qui est toujours ap'ère comme la Punaise, et qu a été cousidéré par la plupart des naturalistes comme devant con stituer un ordre particulier, celui des Suceurs. |

$ 244. L'ordre des Diprères (pl. 12, fig. 44)est caractérisé pa l'existence d’une seule paire d’ailes membraneuses et assez sem

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