CAHIER DE LA NEUVEVILLE-LES-LORQUIN
nos plaintes; trop flattés d'être les sujets de Sa Majesté, nous aurions passé sous silence tant d'abus qui se sont introduits dans un gouvernement qui de tout temps a été révéré et respecté, si la grande prévoyance de Sa Majesté, causée par la plus belle de toutes les vertus, ne nous eût ordonné de lui communiquer nos doléances et plaintes ; remplis de la plus vive reconnaissance pour une bienveillance aussi marquée, nous avons formé celles qui suivent.
Art. 1 . — Le zèle pour la gloire de Dieu, la rigueur des saisons, les chemins peu praticables nous ont presque imposé la dure nécessité de faire construire une église, de la munir du nécessaire, de demander un prêtre desservant, d'entretenir un maitre d'école ; pour parvenir à notre but, nous fûmes obligés de soutenir un procès considérable pendant très longtemps ; c'est ce qui a été la cause de cinq mille livres de dettes que nous avons encore à payer, sans cependant avoir de biens qu'un pauvre pré, et des poiriers que nous avons vendus, dont, par esprit d'intérêt, on nous a saisi l'argent sans espérance de pouvoir le retirer de sitôt. En outre, notre propre misère est encore le plus grand obstacle, notre communauté n'étant composée que de veufs et de quelques particuliers dont la fortune est très médiocre. Nous supplions en conséquence Sa Majesté d'ordonner que nous soyons diminués dans nos impositions.
Art. 2. — Le peu de fortune provient encore par la petite production de nos biens, qui sont la plupart du temps ravagés par les eaux, qui enlèvent presque toutes les bonnes terres, et ne nous laissent que la mauvaise et les roches, ce qui ne peut provenir que par la proximité des montagnes et parce qu'ils sont situés sur des côtes qui causent l'impossibilité de bien les cultiver.
Art. 3. — Ce ne serait qu'à force d'améliorer nos terres par beaucoup d'engrais que nous pourrions espérer quelques petites récoltes ; mais nous en sommes privés par la trop grande difficulté de nourrir des bestiaux, provenant de la cherté des sels qui sont presque absolument nécessaires pour faire des nourris : de là provient aussi la cherté des cuirs, puisque les tanneurs ne trouvent pas suffisamment de marchandises pour fournir au peuple. En outre, le sel étant de la première nécessité pour l'homme, il en résulte que bien des
pauvres n'en peuvent point acheter. C'est ce qui les faît soupirer et répéter sans cesse qu'ils voudraient l'avoir au prix qu'on le livre à l'étranger. Sa Majesté accomplirait nos v<bux et désirs s*il lui plaisait nou^ accorder la liberté des sels, comme étant un bien principal pour les nourris des bestiaux : de là nous viendrait la facilité d'engraisser nos terres et prés, la prospérité du sujet et la facilité de fournir aux besoins de l'État.
Art. 4* — La liberté des sels nous ramènerait en outre la délivrance des recherches trop fréquentes et douloureuses des , employés de la Ferme, qui, bien loin de suivre les ordonnances de Sa Majesté, écoutent les mouvements de leurs propres têtes, d'où résulte quelquefois des spectacles qui font horreur à l'humanité, la ruine des sujets par les procès et les grandes sommes que les pauvres malheureux sont obligés de payer; Sa Majesté ferait le plus grand bien s'il lui plaisait de supprimer ces recherches et les employés, puisque par là les sujetç jouiraient d'une tranquillité pour laquelle ils 'béniraient à jamais la mémoire de Sa Majesté.
Art. 5. — Nous souhaitons aussi que ceux qui sont contrevenus aux ordonnances de Sa Majesté par rapport à la contreh'inde soient jugés par les juges des lieux, qui ont une plus ample connaissance. du contrebandier, et qui, en conséquence, sauront mieux peser la transgression du sujet.
Art. 6. — 11 est constant que de tous temps le commerce est ce qui rend un empire ilorissant et le sujet heureux : s'il ]iiaisait donc à Sa Majesté d'en ôtcr les obstacles comme sont les acquits pour aller d'une province à l'autre, les marques de cuirs et de fers et les droits de foraine, chacun serait bien aise si Sa Majesté voulait en leur place substituer une autre imposition.
Art. 7. — Les impositions pour les routes ne nous seraient pas à charge si les adjudicataires les mettaient en état ; mais ils les ont tellement négligées que nous nous voyons avec peine être obligés à en payer l'entretien, tandis qu'on n'y met pas l\ main. Nous supplions en conséquence Sa Majesté d'ordonner que chaque assemblée municipale rit le pouvoir de faire elle-même l'adjudication de sa part des roules, à charge pour elle d'y veiller avec soin, d'ordonner en même temps que les travaux des routes soient tellement répartis que chaque com-