CAHIER D ANCY-SUR-M0SJ:LLE
de ses récolles que u'est le vifjneron, qui trop souvent travaille infructueusement, soit par événement de grêles, des gelées et autres inconvénients dont les vignes ne sont que trop susceptibles : ce n'est que Taffaire d'un moment pour être privé en tout ou partie de récolte pour une ou plusieurs années : aussi il n'est pas rare de voir des individus parmi les laboureurs sorlir de leur état, en parvenant à des emplois au-dessus de ceux de leur père, et souvent se ranger dans la classe des reniée, tandis que dans les vignobles, malgré les peines et travaux, il est très rare de rencontrer des aisés à même d'avancer leur fortune, n'étant pas pour l'ordinaire en état de fournir au nécessaire, ce qui empêche l'éducation des enfants ; et, dans le grand nombre, s'il s'y rencontre quelqu'un à leur aise, ils quittent leurs villages (en apparence) et se retirent dans les villes en s'y faisant seulement recevoir bourgeois pour se soustraire du payement des tailles ; et comme les bons propriétaires, dans les villages, payent au prorata de leurs propriétés, lorsqu'ils se retirent dans les villes, ce qu'ils payent retombe à plomb sur ceux qui restent dans le lieu, et leur devient accroissement de charges, pu^squ'en perdant un bon propriétaire, la communauté n'est pas moins obligée de former le gros de sa contribution; 7° Qu'il soit permis d'observer que, pour panenir à la répartition des charges de l'État dans l'équité, il est d'une nécessité indispensable que tous propriétaires d'immeubles, soit habitant les villes ou les campagnes, indistinctement soient cotisés pour la propriété de leurs biens ; celui qui habite la ville est un homme, celui de la campagne est un homme également : l'un et l'autre sont sujets au Roi et enfants de la Patrie. Cependant, quelle différence dans les contributions qu'ils fournissent à l'État ! Un chétif propriétaire vigneron dans ce lieu, qui cultive deux jours et demi de vignes pour en tirer sa subsistance, paye savoir :
Subvoation •• / . 18^ » s.
Capitatiou 3i 10
Extraordinaire 30 18
Corvées i4 8
Et si ce particulier est logé dans sa maison, il paye environ vingt livres de vingtièmes : 20^.
C'est donc cent vingt livres seize sols que paye ce simple paysan, tandis qu'un monsieur de la ville qui possède des
biens considérables en est quitte pour les vingtièmes et une modique capitation ;
8** Le village d'Ancy ainsi que les autres ont été imposés aux tailles, sans doute, ou du moins a-t-oncru, proporlionnellement à l'étendue des bans ; cependant, plus de la moitié des vignes du ban d'Ancy sont en propriété à des étrangers du lieu, et qui ne contribuent en rien personnellement au payement des tailles imposées sur le village : mais leurs vignerons payent moitié de ce que paye le propriétaire cultivateur. Il serait donc juste que le propriétaire soit tenu de payer l'autre moitié, et alors le maître payant moitié de l'impôt pour sa propriété, son vigneron à gages payant l'autre moitié comme il fait pour culture, les charges s'acquitteraient en l'équité ': par ce moyen il serait possible d'alléger les charges du villageois et d'augmenter les revenus à l'État.
Pour parvenir équitablement à la répartition des charges de l'État, il est nécessaire de faire procéder à l'arpentage de tous les immeubles dans l'étendue du royaume. Ce sera d'après ces arpentages opérés par gens intègres, et constatés en bonne forme sous des peines sévères contre ceux qui frauduleusement voudraient soustraire quelque bien de la règle, que les répartitions d'impôts seraient dans leur juste proportion, eu égard au sol ; le Bureau des vingtièmes en aurait moins d'ouvrage ; les arpentages détermineraient la redevance d'un chacun ; et les propriétaires ne seraient plus le jouet de l'arbitrage des commis ;
9° Quant aux corvées, on regrette encore l'ancienne façon, qui était moins dispendieuse que l'actuelle, puisqu'elle coûte le double sur la communauté d'Ancy qu'elle ne coûtait précédemment, ainsi qu'aux autres lieux. Il serait plus avantageux que, lorsque les routes seraient une fois faites, il soit procédé à la fixation de l'étendue de chemin que chaque ville et village seraient tenus d'entretenir en bon état, eu égard aux peines et cherté des matériaux nécessaires, et toujours sous la direction de Messieurs les ingénieurs ;
io° La salaison mérite quelques considérations : le sel est d'une nécessité indispensable : les gens des campagnes vivent de pain et de gros légumes : à force de sueurs, les légumes font une consommation considérable de sel. Ils prennent le sel au grenier de cette espèce en payant chèrement ; mais très
CAHIER d'aNCY-SUR-MOSELLE 23
cher, attendu le mauvais mesuracje qu'on leur en fait : il serait très nécessaire d'y mettre ordre, pour que chaque particulier reçoive la mesure de sel qu'il paye ;
11° Un mal très considérable, et qui produira la ruine des vignerons du Pays messin, c'est la plantation de nouvelles vignes qui, depuis cinquante ans, se sont prodigieusement augmentées : et de ces plantations qui se continuent annuellement, il en résulte plusieurs inconvénients : i** la privation des grains à faire le pain que produisaient les terres converties en vignes ; 2" le renchérissement des bois de chêne employés à founiir les échalas indispensables aux vignes ; 3° et singulièrement parce que la plus grande partie de ces nouveaux plants de vigne, ce sont d'une très mauvaise espèce de raisin dit grosse race, qui ne produit que de très mauvais vins, nuisibles à tous égards.
Les vins messins ne sont pas d'une qualité à commercer de loin; mais le Val de Metz, dont l'ancien plant de vignes n'était que du petit noir et de la meilleure espèce, va être corrompu et avili par le mélange qui s'y fait de la grosse race qui s'y communique par l'appât de l'abondance qu'elle produit ; et qui fera tomber les vins du Val à mépris, et causera la ruine des habitants du canton dont une partie, d'une avidité imprudente pour la quantité sans qualité, courent à leur perte et de leurs enfants qui, à la suite, ne seront plus capables, avec beaucoup de mauvais vins, de fournir à leur subsistance ni au payement des impositions royales. Cette mauvaise façon de faire, par une partie des vignerons qui opèrent à leur ruine, n'entraîne pas moins celle de ceux qui ne cultivent que la vigne de bonnes espèces. Pour remédier à ces malheurs, s'il n'est pas ordonné l'arrachement des nouvelles vignes qui occupent les terres propres à produire des grains, du moins qu'il soit défendu de faire de nouveaux plants, et ordonné l'arrachement de toutes plantes dites grosse race dans un temps fixé, sous des peines irrémissibles;
12** Les bois sont une des premières nécessités et sont devenus très chers. Le grand nombre des voleurs de cette espèce s'est considérablement multiplié. Il serait nécessaire que des peines sévères soient prononcées et exécutées strictement contre les voleurs, notamment contre ceux qui font commerce de bois usurpé, qui, non seulement volent le bois, mais en
font périr l'espèce en le coupant irrégulièrement dans les temps contraires ;
i3° Entre les moyens que l'on pourrait employer pour subvenir aux besoins des peuples, nous avons pensé que le premier serait de rétablir les curés dans leur droit en les faisant jouir de ce qui appartient à leur bénéfice : ce qui les mettrait en état de pourvoir aux malheureux ;
14° Que les procès fussent terminés avec plu» d'activité dans les tribunaux, attendu que la lenteur ordinaire cause la ruine des uns et le dérangement des affaires des autres ;
i5** L'on observe qu'il faudrait veiller exactement et punir ceux qui exercent le monopole dans le commerce des grains ;
îG^ Il serait d'équité que la taxe annuelle des vins après les vendanges pour le compte du vigneron se fît par des personnes non intéressées, et faisant même une taxe différente suivant la (]ualité des vins et des cantons ;
17° Telles sont les observations et doléances (|ue présentent au bailliage de Vie les habitants et communauté d'Ancy-sur- Moselle qui ont signé le présent cahier comme contenant leurs vœux et désirs le dix-fseptième mars mil sept cent quatre-vingtneuf.
J. G. Courouve ; L. G. Guépratte ; François Fournier; Sébastien Batancourt ; Husson ; N. Jenot.
ANGOMONT