CAHIER DE HESSE
Art. i3. — Quoique sur le finage de Hesse il y ait quantité de forêts appartenant à ladite maison de Haute-Seille, les habitants de Hesse n'ont aucun droit d'y vain-pâlurer, ni droit de qrasse pâture qu'en les payant fort cher, tandis que du passé on avait droit de grasse et vaine pâture dans ces forêts, avec le droit d'aller chercher du bois blanc, mort ou vert; mais, aujourd'hui, tous ces droits sont supprimés, et il n'est plus permis d'y hanter en aucune façon : si le moindre habitant échappe dans ces forêts soit en pâturant, soit en cherchant un fardeau de bois médiocre, il est repris par les gardes qui font des rapports à la Maîtrise de Vie, lesquels causent beaucoup de frais pour ceux qui ont le malheur d'y être pris.
Ces forêts contiennent environ deux mille arpents dans lesquels les habitants avaient droit de prendre leurs bois de bâtiment et bois blanc de chauffage, comme les ancêtres l'ont toujours entendu dire; et, que depuis qu'on a subi des rapports, on n'a osé se défendre ni plaider, à cause que les titres ont passé par tant de mains dans la communauté qu'ils se sont trouvés évadés et perdus.
Art. i4. — La jouissance des prés, après la sortie des foins, était du passé d'une grande utilité et d'un très grand bien pour le profit pour la communauté, tant pour le peuple que pour les bestiaux. On y faisait des regains qu'on vendait au profit de la communauté, et on faisait des embanies pour les bêtes de trait; mais les clôtures sont maintenant très préjudiciables à la communauté, parce que la plus grande partie des clôtures appartient au seigneur, et à plusieurs particuliers déforains qui possèdent de grandes fermes sur le finage de Hesse, et qui ont les meilleurs prés enclos, et même la plus grande quantité.
Ces enclos renchérissent les foins et les regains, parce que tous ceux qui les possèdent les veulent vendre bien chers, sans quoi ils les conduisent sur leurs greniers ; et il n'y a rien pour le pauvre peuple réduit à une grande nécessité dans la communauté de Hesse, laquelle est composée de cent trois feux, dans lequel nombre il y a la quantité de trente ménages qui sont obligés de mendier leur pain journellement, et qui ne vivent que de charité.
Avant cet enclos, la communauté vendait annuellement du regain pour huit ou neuf cents livres ; le seigneur jouissait du
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tiers de ladite somme, et le reste était employé aux besoins de la communauté, laquelle est maintenant sans aucune ressource.
Le pauvre paysan achetait du regain à grand prix pour nourrir une ou plusieurs vaches et autres bestiaux, ce qui lui était d'un grand secours pour soulager son ménage, et pour avoir quelque argent pour payer les deniers royaux; mais, aujourd'hui, il n'y a que le riche qui profite de ces enclos, et le pauvre est toujours réduit dans la misère, car le plus souvent tout ce pauvre peuple est obligé de vendre leurs meubles et leurs hardes pour payer les tailles, tandis que si on jouissait des prairies comme du passé, il ne serait pas dans ce cas.
Art. i5. — La cherté du blé dans nos cantons devient, à ceux qui sont obligés d'en acheter, un poids insupportable : un pauvre homme, chargé de famille, n'ayant aucune journée à travailler, depuis les moissons à autres, aucun ouvrage à faire et aucune ressource à trouver, ne peut pas acheter un résal de blé à vingt-quatre livres l'un. Comment donc entretenir une grande famille dans des temps aussi critiques?
Art. i6. — Le sel, hors de prix dans notre district, devient une seconde charge à tout le menu peuple, à huit sols la livre de sel, presque tout en eau sortant du magasin, devient une rançon fort pesante pour le peuple qui vit à l'envi, voyant leurs voisins qui ne sont éloignés que de trois quarts de lieue au plus, ont cette denrée à trois sols la livre, tandis que d'autres le payent à huit sols ; c'est de là que provient une partie de la misère de bien des pauvres gens : un pauvre homme dénué de tout bien de la fortune, chargé de famille et sans ouvrage, s'expose d'aller nuitamment ... une charge de sel chez l'étranger, tâchant de gagner quelques sols pour avoir du pain à sa famille, a le malheur de tomber entre les mains des employés avec sa charge, laquelle est confisquée avec l'homme, conduit dans l'obscurité d'une prison pour trois, six, neuf mois ou un an, laissant périr de faim et de chagrin sa propre famille qui ne respire que le moment de voir arriver un morceau de pain à la maison ; mais point du tout, il faut périr l'un et l'autre, les uns de faim à la maison, et l'autre de misère dans les prisons.
Art. 17. — Le village de Hcsse est entouré de villages et territoires de Lorraiae ban joignant, savoir partie de Buhl, Bicberskircli, Hartzwiller, Nitting et Hermelange, beaucoup
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nuisible à l'exportation des denrées; quoique Hesse jouisse du privilège des Evêchois, ayant le droit de prendre des passavants dans les bureaux du voisinage, lesquels doivent être délivrés gratis, même de papier timbré, les buralistes de ces villages forcent les privilégiés à prendre avec ce passavant un haut-conduit qu'il faut payer bien cher, et le plus souvent pour peu de chose. Si le paysan privilégié veut exposer une ou plusieurs livres de fil ou chanvre, quelques aunes de toile ou autres petites denrées sur le marché du voisinage, il faut absolument passer sur terre de Lorraine, et prendre un acquit dans ces petits bureaux, comme aussi pour faire entrer une voiture de bois de chauffage sans jouir du privilège qui lui est accordé.
Art. 18. — ■ Les usines, consistant en tuileries, faïencerie et verreries, au nombre de sept qui avoisinent le finage de Hesse, n'en étant éloignées que depuis une petite lieue jusqu'à deux lieues au plus loin, sont d'un très grand préjudice pour les villages qui en sont à la proximité, à cause de la cherté et rareté des bois. Sitôt qu'il y a des coupes exploitées dans les forêts de Hesse et des environs, les commis de ces usines achètent en gros le bois de ces coupes et le font conduire incontinent dans leurs usines, et les paysans sont obligés d'aller chercher du bois dans des coupes étrangères, le payant fort cher, ainsi que les acquits et la conduite.
Art. 19. — -Tous les biens-fonds, terres labourables, prés, jardins et chenevières en propre payent taille de la manière suivante :
Le jour de terre labourable en propre paye huit sols ;
La fauchée de pré paye dix sols six deniers ;
Le jour de jardin et chenevière paye douze sols, le tout sans préjudice au vingtième.
Ce qui devient un autre préjudice à la communauté, c'est que les biens en ferme ne payent qu'à moitié de la taxe ci-dessus, par ordre de Monsieur Mathey, subdélégué à Sarrebourg : les terres et prés, formant la meilleure et la plus forte partie du finage, devraient payer comme les propriétaires du village, sauf à en faire payer la moitié aux fermiers et l'autre moitié aux propriétaires déforains qui en tirent de grands revenus.
Art. 20. — La communauté est chargée de payer annuellement plus de cinq mille livres de France, tant en vingtième.
subvention, capitation, corvées royales et gages du régent d'école du lieu, outre toutes les charges ci-devant expliquées.
Art. 21. — ^ Ladite communauté ne possède aucuns revenus communaux, sinon le droit de faire la troisième levée en herbe dans un petit étang près du village, lequel ne contient qu'environ i8 fauchées seulement; le seigneur propriétaire a droit de faire les deux premières récoltes en foin et en regain, et ce revenu ne suffit que pour les frais d'enchères et de contrôle de la vente, ports de feuilles et papier blanc à l'usage de la communauté pendant l'année.
Art. 22. — La quantité de Juifs qui sont voisins de la communauté de Hesse causent souvent de grands désordres dans les communautés parce que, sitôt ([u'un pauvre homme se trouve dans la nécessité, il va trouver les Juifs, lesquels lui prêtent quelqu'argent, à six francs par louis d'or de rente, et quelquefois plus; et sitôt qu'un homme a lâché sa signature à ces sortes de gens, il a grande peine d'en sortir sans subir bien des frais et des chagrins ; car, le plus souvent, on ne peut se tirer hors d'avec eux qu'en plaidant, et souvent des procès qui durent quantité d'années pour ruiner le peuple comme il arrive souvent. Ces Juifs, étant faits de chair et d'os comme les catholiques, pourraient bien cultiver la terre pour gagner sa vie comme le paysan, et ce dans un pays étranger.
C'est à vous, haut et puissant monarque, roi de France, à qui nous adressons nos plaintes, nos prières et nos vœux, c'est de vous que ce peuple affligé attend le soulagement, n'ayant aucune ressource qu'en vos miséricordes. Nous vous prions. Sire, de nous assister dans nos nécessités; nous espérons que nous recevrons de votre bonté paternelle le bonheur et la consolation de voir renaître un jour dans notre communauté le soulagement que nous attendons et que nous espérons, qui est de nous renvoyer le droit de jouir en communauté des prairies pour y faire des regains comme du passé, et d'abolir ces enclos si préjudiciables au pauvre peuple; de nous diminuer le prix du sel et d'en jouir comme nos voisins, de supprimer enfin ces petits bureaux de foraine qui nous causent tant de peines et ([ui nous sont d'un si grand préjudice.
Nous ne cesserons, Sire, de redoubler et d'offrir au seigneur du ciel et de la terre nos prières et nos vœux pour l'heureuse prospérité des jours de Votre Grandeur, pour toute la famille
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royale et pour la tranquillité de l'Etat. Sire, écoutez nos prières et exaucez nos vœux, et ayez pitié de ce peuple affligé.
Nicolas Mangin, notable et député ; Bade lat, greffier; Jacques Soukman, syndic; F. Willauine, notable; Jacques Pierron, /io/a6/^; Joseph Mangin.
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