XCVII
« Procès-verbal de l'assemblée de la communauté de Languimberg, du i5^ mars 1789, de la nomination des députés. »
i5 mars 1789,
«Sont comparus en l'auditoire de ce lieu('), par-devant nous, Claude Guerre, syndic de la municipalité de Languimberg. »
Communauté de 100 feux.
Députés : Joseph Jaquet, ■
Dominique Blondeau.
Signatures : Louis Estienne ; D.-M. Etienne; Barbier; Christophe Husson ; Claude Guerre, syndic ; Joseph Jaquet, député ; D. Blondeau, député ; J.-N. INIangin, yrejjîer.
XGVIP
Cahier de plaintes, doléances et remontrances de la communauté de Languimberg, pour être présenté à l'assemblée de Vie le 23' du présent mois de mars 1789
Qu'il est consolant pour nous, vivant dans la plus grande obscurité, de pouvoir élever nos faibles voix et les porter jus-
, Impositions ordinaires pour les si.T premiers mois de l'année i/QO :
Imposition princi[)alc 4G5 ^ » s. » d.
]mp:)silions accessoires 936 3 i
Gapitalion 1 069 i 9
Total ... p.!\rio'^^ 4 s. 10 d.
Deux vingtièmes et quatre sous pour livre du premier pour j'^go :
„. „ , ( i'-'' cahier ... i 309^ 12 s. o d.
B.ens-fonds. . { ^, ,..,,,i^, . . . 3 ,^8 3 »
Total 4 33o "^ h s. 9 d.
(Arch. Meurlhe-el-Moselle, L. 3o8.)
CAHIER UE LANGUIMBERG [\^{)
qu'aux pieds d'un monarque que la Providence semble avoir placé sur le Irône pour s'occuper du bien de son peuple. Ce roi bienfaisant veut bien descendre jusqu'aux dernières chaumières pour y apercevoir la misère où sont plongés ses sujets et leur porter les secours nécessaires à leur faible existence; sa boiité paternelle nous donne donc le pouvoir de nous plaindre : que dis-je? elle nous l'ordonne, et nous ne pouvons nous y refuser sans nous rendre coupables de désobéissance : c'est pour remplir ces vœux autant qu'il est en notre pouvoir que nous allons avec confiance en faire le détail le plus succinct. Nous ferons voir : i° le nombre et la capacité de nos habitants ; 2° la progression énorme et accablante qu'ont faite les impositions royales et leurs accessoires depuis quelques années ; 3° les impôts mis sur le fer et le cuir, l'augmentation du sel et des bois, et enfin la désolation et la ruine de la partie souffrante de la Nation.
Art. I. — Cette communauté a cent feux tant cultivateurs, fermiers, manœuvres et femmes veuves, vivant à peine de leur travail manuel, dans lesquels il s'y trouve 4o mendiants.
Art. 2. — Les impositions et tailles de cette communauté sont augmentées d'un tiers : cependant, les autres charges, bien loin de se diminuer, se sont accrues, et le rapport y est très médiocre.
Art. 3. — Depuis l'édit de 1766 qui remet les nefs et presbytères à la charge des communautés, qui en exempte les décimateurs, nous devient fort onéreux : malgré les grandes réparations que notre nef nous a déjà occasionnées, [elle] est encore en fort mauvais état.
Art. 4. — Depuis seize ans ou environ, la communauté paye annuellement an maître de poste aux chevaux d'Azoudange 120''^ pour leur part de 3 10^ de gratification à lui accordée par M. l'intendant : il est bien surprenant que des pauvres cultivateurs uniquement occupés des travaux pénibles et laborieux, vivant avec peine du seul travail de leurs mains, soient contraints à ce qui ne leur est d'aucune utilité.
Art. 5. — La même communauté paye en outre annuellement pour le logement et encasernement de la maréchaussée dudit Azoudange 10* 16 s. Ces deux objets nous sont devenus en accroissement de charge depuis plusieurs années.
Art. 6. — En 1777, nous avons eu le malheur de perdre
/l()0 liAILLIAGE DE VIC
toutes nos récolles par un orarje qui a dévasté toutes nos campagnes : nous avons réclamé, mais sans avoir pu obtenir aucune indemnité.
Art. 7. — En 1779, la rjeiée a enlevé une grande partie de nos moissons, comme il est évident par les visites et procèsverbaux dressés en conséquence : les grains sont cependant la seule ressource de nos cantons et le seul avantage dont jouissent nos pauvres habitants.
Art. 8. — Les impôts sur le fer ont Fait doubler le [)rix de cette marchandise dont l'usage est cependant indispensable aux cultivateurs : cet objet détériore donc l'agriculture.
Art. 9. — La cherté excessive du sel, cet aliment de première nécessité, occasionne de grands maux ; situés aux portes de trois salines, qui peut s'imaginer que le sel nous est vendu plus chèrement qu'à tout étranger? De là qu'arrive-t-il? Le pauvre mercenaire, dans l'incapacité de se procurer si chèrement cette denrée, s'expose à user du sel prohibé. Une fois repris, ce pauvre père, seule ressource pour gagner la vie à sa famille, se voit enlevé de son foyer, dilfamé et condamné aux travaux publics à défaut de pouvoir satisfaire à la sentence pécuniaire prononcée contre lui. Quoi de plus triste que cette mort civile? Laisser une femme veuve son mari encore vivant et des orphelins dont le père existe encore, quoi de plus inhumain ?
Art. 10. — Ces salines, outre leurs propres forêts, s'en affectent d'autres à une certaine distance de leur situation, et, par leur grande consommation, elles parviennent à dévorer et à dévaster tous les bois de leurs environs au point (jue nous nous trouvons dans l'impuissance de nous procurer les bois de mainage, charronnage, qui sont d'un objet si nécessaire au bien-être des citoyens et à l'agriculture.
Art. II. — Les impôts sur le cuir ayant fait hausser le jjrix de cette marchandise au |!oint que la plus grande partie de nos habitants sont dans l'afl'reuse nécessité de marcher pieds nus ou de se servir de sabots, ne pouvant plus avoir de quoi porter des souliers.
Art. 12. — Nous sommes à la porte de la Lorraine et de l'Alsace : il est bien dur à des sujets d'un même prince d'être obligés de payer à clunpu' burc^au, si nudtipliés cpie je dirais presque à chaque pas, des droits de transit, acquits, traite foraine, passavant, etc., ce (pii nuit considérablenient au ('(un-
CAHIER DE LANGUIMBERG 4^1
merce et nous fait renchérir loutes les marchandises dont nous avons besoin.
Art. i3. — Un tiers du finage situé sur dillerents bans voisins dont ils sont privés du parcours, ce qui cause un préjudice considérable aux habitants pour la pâture de leurs bestiaux ; et, outre de ce qu'ils sont privés de la pâture, c'est qu'on les cotise, dans les lieux diirérents où ledit tiers de leur finaqe est situé, dans les réparations des éqlises et cimetières lorsqu'il y en a à Faire. C'est pourquoi ils souhaiteraient qu'il y eût droit comme ci-devant d'aller pâturer sur leurs terrains.
Art. ïl\. — Il y a quatorze ans que l'on a compris les maisons du lieu que l'on occupe soi-mome dans les rôles de vingtième ; ils souhaiteraient qu'ils ne payassent pour ce sujet non plus que les villages voisins et des environs qui ne payent point pour ce sujet.
Art. i5. — Dans les temps de moissons, les cultivateurs sont obligés de laisser leurs grains pendant vingt-quatre heures sur place après être liés et mis en trézeaux, s'ils ne sont point dîmes dans les vingt-quatre heures, ce qui leur cause un dommage considérable, surtout par des mauvais temps.
Art. i6. — L'arrêt des enclos porte un préjudice considérable, surtout pour la pâture des bestiaux ainsi que pour les foins, attendu que les meilleurs prés qui sont clos ne produisent plus de foin comme avant les clos; ils souhaiteraient et [il] serait de l'utilité publique que le droit de clôture soit aboli.
Art. 17. — Outre la rareté de pâture, c'est que les troupeaux des moutons seigneuriaux et autres troupeaux appartenant à des entrepreneurs qui ont des troupeaux considérables qui ruinent toute la pâture, ils pâturent continuellement dans les prés avant aucuns autres troupeaux et bêtes de trait du lieu : ils demanderaient qu'il ne soit pas permis aux troupeaux de moutons d'aller pâturer dans les prés, attendu qu'ils arrachent jusque la racine des herbes, et les prés ne sont pas de grande valeur.
Nous osons espérer que toutes ces remontrances parvenues aux pieds du trône du meilleur et plus chéri de tous les monarques serviront à éclairer et instruire notre bon Roi de toutes les misères qui régnent parmi nous, et qu'en nous soulageant, il en résultera le bien de l'État et celui de tous les sujets du royaume.
Fait, clos et rédigé par nous, principaux habitants de la communauté de Languimberfj, soussignés, avec Claude Guerre, notre syndic, qui l'a coté et paraphé par premier et dernier feuillet, ainsi ({u'il nous est ordonné, le présent cahier contenant quatre feuillets.
Louis Estienne; D.-M. Etienne; Barbier; Christophe Husson ; D. Blondeau, député ; Joseph Jaquet, député ; Claude Guerre, si/ndic ; J.-N. Mangiu, greffier.
LANING
Cahier des plaintes de la communauté de Laning (')
L'an 1789, le iG mars, la communauté de Laning, assemblée dans la maison de Jean-Michel Schang le jeune, syndic de la municipalité, à l'effet par elle de procéder à la rédaction du cahier de plaintes, doléances et remontrances qu'elle entend de faire à Sa Majesté, et présenter les moyens de pourvoir et subvenir aux besoins de l'État, ainsi qu'autant ce qui peut intéresser la prospérité du royaume et celle de tous et chacun les sujets de Sa Majesté, de charger les députés du nombre de plus notabl s habitants choisis par elle le 16 du courant de porter ledit cahier le 28 présent mois à l'assemblée générale au bailliage et lieutenant-général à Vie, ladite communauté présidée par les maire, syndic, élus, a dressé son cahier comme s'ensuit, l'a remis entre les mains de Jean-Michel Richard, laboureur, membre de l'assemblée municipale, et de Christophe Klein, habitant dudit heu, ses députés, déposé le double au greffe de ce lieu, en leur enjoignant de s'acquitter fidèlement du pouvoir et de la procuration à eux donnés par ces présentes aux fins de présenter à l'assemblée générale le présent cahier, faire les plaintes et remontrances et réponses qu'il con^dendra [conformément] en tout à la lettre de Sa Majesté donnée le 7 février dernier, à son règlement, et à l'ordonnance, et ont les habitants tous signé le présent cahier de tous ceux qui ont l'usage d'écrire, et compris d'ans les rôles des impositions, au nombre de quatre-vingt-trois feux.