XXXV
Cejourd'hui, le 19 mars 1789, à la réquisition... nous avons le grand motif à considérer concernant l'état de Fermiers généraux.
Nous [nous] trouvons enclavés au milieu de la Lorraine sans pouvoir sortir ni entrer avec aucune marchandise ([uelconque sans [être] munis des acquits, sans doute bien gardée de cin([ brigades des employés. Nous | sommes] fort étonnés que le rapj)ort de notre ban, après calcul fait, suffise pas au payement desdils employés, des([uels nous y sommes environnés; si votre règlement relardera à venir, nous serions forcés de quitter notre habitation.
Dans notre pauvre habitation, il y a fort peu de tisseurs; nous [sommes] forcés le peu de toile (jue nous avons à faire d'aMer chez les tisseurs lorrains porter les filés, munis d'acquits, d'aller chercher la toile, il faut suivre la même tresse pour vous par égard à cela comme un droit équitable.
Nous regardons avec un œil jaloux l'étranger qui a le sel à iMi prix si modique, tandis que nous le payons à un prix si exorbitant, du moment que nous supportons la charge ef la cherlé des bois cpii est occasionnée [)ar les salines, forges et verreries. Les étrangers servent même de notre propre sel en faisant un profit considérable, en nous le vendant notre propre bien.
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11 y a environ quinze ans qu'il est venu un commissaire pour visiter les maisons pour les charges qu'on appelle un vingtième; il y a plusieurs de ces maisons qui sont réduites en masures, et qu'il n'y a plus personne pour payer les droits des(}uels ils ont été chargés, ce qui fait un inconvénient pour la communauté, vu qu'on répète les deniers : il n'y a personne pour les payer.
Il y a environ 20 ans qu'il a été établi nue régie qui a auqmenté le cuir le double; aujourd'hui il est d'une cherté impossible de pouvoir en acheter, une charge terrible pour le pauvre peuple; et ceux qui sont employés dans cette régie ils s'enrichissent au bout de peu de temps : ce ([ui s'appelle récompenser un et punir les autres.
S'il vient à mourir un père ou une mère qui ait des orphelins, il faut avertir d'abord M. le procureur d'office pour faire les inventaires. Alors leurs meubles sont vendus par les priseurs dont qui vient faire leur journée et qu'ils augmentent tellement les frais qu'après tout fait, lesdits mineurs se trouvent privés de ce que leurs pères et mères s'a dortné autant de peine [à gagner].
Le Roi a envoyé un édit [en] 1 768 pour faire des clôtures, que c'est une grande gène et une perte considérable pour le menu peuple, car les particuliers rju'ils avaient quatre fauchées de prés, depuis le port de l'édit les 4 fauchées sont déjà partagées entre seize... Il est exactement bon que pour les abbayes et biens seigneuriaux qui restent toujours dans le même état, ils [feraient] bien de délaisser leurs fermes plus cher, et le fermier peut bien les recevoir plus cher du moment qu'il va manger le pâturage de la communauté où il se trouve, et de les réserver leurs clôtures pour eux seuls.
Nous avons pour décimateur l'abbaye de l'abbatiale de Saint-Avold, et les moines de l'abbaye de Longeville. Le Roi, il y a environ i5 ans, a envoyé une ordonnance ([ui nous charge à bâtir nos églises sur la charge de la communauté, tandis que lesdits décimateurs tirent au moins les trois tiers de notre dîme franc sans nous donner le moindre secours. Nous demandons que lesdits décimateurs soient tenus à bâtir, et à l'entretien de nos églises comme avant l'édit. *
Nous demandons une pleine liberté quant au moulin banal : que chaque particulier aille moudre là où il trouve son bien-
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rtre; il se trouve de grands abus, se voit forcé souvent de [se fier] à la probité d'un meunier qui est plus ou moins honnête.
Nous sommes environnés de Juifs qui conduisent à la ruine du peuple par rapport aux intérêts cumulés de rente...
Nous avons notre maîtrise des Eaux et Forêts à Metz. Ils envoient leur qarde-général visiter nos bois. S'ils trouvent un délit, ils font leur rapport sur la communauté : du moment que ce délit a déjà été puni de nos fortiers de la communauté, et du garde surveillant, nous trouvons injuste que l'innocent soit puni, tandis que le coupable a déjà été puni.
Les receveurs des deniers des finances nous envoient un contraint qui nous coûte beaucoup de frais annuellement, mandant que le collecteur a le pouvoir, aussitôt que ledit receveur a écrit une lettre par la poste, qui [est] beaucoup moins coûteuse, que ledit collecteur puisse poursuivre ceux ([ui sont en retard de leurs payements. Comme le contraint venant au soir tire 20 sols, et dès son lever, au matin, encore 20 sols, venant quelquefois trois fois par semaine, cela fait six livres de frais par semaine.
Nous avons un châtreur admodié du sieur abbé de Saint- Avold, ([u'ils appellent pour les bestiaux; il vient quand bon lui semble; et, s'il se trouve quelque bête manquée qui peut-être ait été sa faute oui ou non, nous n'avons pas encore vu qu'il ait été responsable de pertes qui se sont trouvées dans cet égard.
Fait et arrêté double à Bisten-im-Loch, le 21 mars 1789, à la maison dudit syndic et député, et qu'ils avons signé avec les officiers de notre municipalité dudit Bisten-im-Loch. 1789.
George Coït, sijndic ; Jean Dechou, membre; Antoine Gouvion, greffier.
BISTROFF
XXXVP
« Procès-verbal de l'assemblée paroissiale de la communauté de liis- IrofF pour la noiuination des députés. »
16 mars 1789,
« Sont comparus par-devant nous Jean Roling, svndic de la municipalité et (le la communauté de Bistrolf, à défaut d'autres officiers publics. »
Communauté de 65 feux.
CAHIER DE BISTi\OFF l45
Députés : Dominique Keuaudin, notable,
Pierre Pt'erdschneider, receveur de la fabrique.
Signatures: Dominique Renaudin; Peter Pferdschneider; G. Compte; Johannes Klein, meier ; Jean-Michel Schumacher, éla; Johannes Roling, syndic; L. MûUer, greffier de la municipalité.
XXXVP
Cahier de doléances, plaintes et remontrances de la communauté de Bistroff, pour être présenté par les sieurs Dominique Renaudin, notable, et Pierre Pferdschneider, receveur de la fabrique de cette paroisse, ses députés, à l'assemblée générale des trois Ordres du bailliage de Vie, le 23 mars
Cette communauté, il y a quarante ans une des plus riches du canton, est devenue par le malheur des temps, l'augmentation des impôts, la multiplicité et grièveté des droits seigneuriaux une des plus pauvres; en sorte que d'un grand ban formant au delà de 35o jours mesure de l'Éveché à la saison, et des prés à proportion, il n'y en a pas cinquante appartenant en propre aux habitants : tout le reste est au seigneur ou à des forains.
Le prix du sel le rend pour plusieurs pauvres ménages hors d'usage, en sorte que pendant plusieurs semaines ils ne peuvent cuire aucune soupe, aucun légume, faute d'argent pour se fournir de sel ; ce qui occasionne des maladies, leur diminue les forces et les fait périr avant le temps.
La cherté du sel est nuisible à l'agriculture : le fourrage salé donne aux bêtes à cornes plus de force, et les rend plus aptes au travail. Comment pourraient les pauvres campagnards en distribuer à teur bétail lorsqu'ils craignent pour eux-mêmes d'en faire la dépense ?
Les salines dont ce pays est environné rendant le bois hors de prix, depuis huit ans il a doublé; elles absorbent pour leurs fourneaux la plus forte partie de nos forêts et le genre de bois le plus convenable pour des pauvres ménages. Les seigneurs ou particuliers propriétaires, et dont les forêts ne sont pas annexées aux salines, augmentent annuellement le prix de la corde de bois et du cent de fagots; en sorte que, s'il ne plaît à Sa Majesté de remédier à cet abus, il sera dans la suite impos-
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sible aux pauvres de ce canton de subvenir à celle dépense du premier besoin, soit pour la consommation, soit pour construction ou ouvrages.
Les entraves que la Ferme a mises au commerce par la nécessité des acquits pour communiquer d'une province à une autre est un de ces abus principaux et une charge des plus onéreuses et des plus coûteuses. On ne peut conduire une voiture chargée soit de vin ou autres denrées à deux lieues sans être exposé à une contravention; on ne peut faire un pas sans être assailli par une brigade de gardes souvent ivres, et toujours inspirant de la frayeur aux voyageurs.
La marque de cuirs, dont le Roi ne tire aucun profit, en augmente du double le prix, rend très difficile, très coûteux, souvent impossible à un père chargé de beaucoup d'entants l'usage des souliers, augmente considérablement les frais d'attelage et occasionne mille friponneries.
Il se commet de notre connaissance dans plus de vingt bans et finages voisins une injustice criante (sans doute elle se commet aussi dans d'autres cantons de cette province et dans il'autres provinces) : les seigneurs hauts-justiciers, et autres ayant droit de chasse, laissent accumuler dans leurs forets une (piantité considérable de gibier qui, lorsque les grains commencent à nnn'ir, vient ravager toute la campagne et fait lin <l()iiiruag(; inappréciable. Nous avons souvent compté des tioiq)eaux de vingt et trente cerfs et biches se promenant en plein jour au milieu d'une saison de blés, choisant les meilleurs épis; en évaluant le dommage annuel au sixième de la récolte, c'est estimer au plus bas prix. Il serait de la bonté et de l'amour paternel du Roi d'obliger les seigneurs à enfermer leur gibier dans un parc, ou d'autoriser les cultivateurs à tendre dans leurs possessions des filets en état de prendre le gibier.
Les seigneurs ont fait distraire des rôles de la subvention du chef-lieu, et réunir en communautés particulières, avec rôle à part, plusieurs censés, fermes et usines à eux appartenant : d'où il résulte une surcharge pour les villages et paroisses dont dépendent ces censés et fermes; il est de la justice que celui qui possède, soit comme propriétaire, soit comme fermier, des terres ou prés sur un ban, contribue pour sa quote-part aux charges publiques et deniers royaux; (juoique les rôles des impositions pour la communauté de I3istrof(
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n'excèdent pas en réalité la quote-part que ce village doit supporter dans les impositions de la province, par le démembrement de trois grosses termes et censés au seigneur, le village est surchargé.
11 serait à souhaiter et on espère de la justice et de la bonté du Roi qu'il déclarera incompétents les officiers de justice des seigneurs toute et quante fois il s'agira d'un procès entre le seigneur en cette qualité soit ou entre tous ses vassaux ou une seule communauté ou particulier; car, dans ces cas, les officiers sont juges et parties : on n'a pas encore vu un seigneur perdre un seul procès jugé par son juge.
Il y a trente-six ans, les particuliers de notre communauté avaient droit de prendre tous les bois morts et abattus; mais, actuellement, il se trouve que nous n'avons rien que les bois abattus par le vent; ce comme rien, parce que le seigneur laisse pas des arbres vieux et grands dans lesdites forêts, et il nous laisse pas prendre les autres bois morts sans [être] abattus, et parla pauvreté de la communauté on ne peut pas chercher nos droits.
Diiïerents seigneurs outrepassent leurs droits, autorisent leurs gardes-cliasse-fortiers, commis pêcheurs, et autres à leurs gages, de faire des rapports non seulement pour les dommages faits dans leurs bois, chasses, rivières et étangs, mais aussi sur le ban et finage, responsables des dommages, pour lesquels on a des recours que contre les bangards, leur accordant le tiers de l'amende; d'où il résulte une infinité de rapports à tort et à travers.
11 serait bien avantageux pour le pauvre peuple que les gens de justice des communautés aient le droit de faire les inventaires, créer les tuteurs et curateurs; souvent il meurt des pères ou mères (jui ne laissent pour tout bien que des enfants mineurs et un petit et cliétif mobilier. Ces frais judiciaires absorbant tout.
Il serait à désirer qu'il n'|y] ait. dans toute la France qu'un poids et une mesure, ([u'une aune, qu'une même valeur d'argent monnayé; le poids est plus juste que la mesure qui, par sa diversité, a mille inconvénients, et occasionne une infinité de fiaudes.
L'édit de 1768 qui met à la charge des communautés les constructions et réparations d'églises, est une charge très
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forte qui, annuellement, occasionne une ffrosse dépense : on espère que Sa Majesté chargera comme par le passé de cet objet les çjros décimateurs.
Les procès durant trop longtemps, les frais en sont exorbitants : il serait très nécessaire d'en réformer les abus.
Il vient dans notre canton trop de religieux mendiants quêter dans une mrme paroisse : c'est une surcharge d'impôts.
Il sort annuellement du village de Bislrofï tant en subvention, imposition accessoire et deniers, et capitation une somme de seize cent soixante-seize livres trois sols, sans l'imposition de la corvée qui, l'année dernière, s'est portée à une somme de deux cent quatre-vingt-dix-sept livres, faisant un total [de] mille neuf cent soixante-deux livres, dix sols, et en droits seigneuriaux douze cents francs, savoir : clia([ue laboureur paye annuellement attelée de six chevaux une somme de ([uinze francs, est obligé de faire un voyage à dix lieues de distance, et cha({ue particulier paye six livres deux sols et une demi-quarte d'avoine et deux poules, et trente quartes de blé et vingt quartes d'avoine, mesure de Metz, faisant une somme de trois mille trois cent quatre-vingt-dix-sept livres dix sols, somme exorbitante pour un village qui n'a que 6 laboureurs feiniiers qui payent le plus haut prix des terres qu'ils ont en ferme. Les autres habitants sont pauvres manœuvres.
Le contrôle monte trop haut : lorsqu'il faut passer des baux ou passer fies contrats, les frais en sont exorbitants.
On se plaint que les honoraires des curés, qui se montent à trois livres de France pour droit d'enterrement des grands corps, et trois livres pour une grand'messe, et trente sols poiuun entiMiement d'un enfant, et quatre livres pour un mariage.
Nous laissons à la prudence de ceux des députés qui sont plus instruits d'indiquer les moyens de remédier aux maux et dettes de l'Etat; nous espérons (jue nos doléances, plaintes et remonirances seront écoutées, et qu'avec tout le royaume nous nous ressentirons de la bonté paternelle d'un Koi qui mérite notre amour et notre hdèle attachement.
Fait et rédigé à BistroIF, et soussigné par tous ceux qui savent signer, le seize mars 1789.
Dominicpie Renaudin; Peter Pferdschneider; G. Compte; Joliamies Klein, /ne/er; Jean-Michel Schumacher, e/w/Johannes Uoling, si/ntlic; L. Mùller, greffier de la municipailtè.