‹ Cahiers de doléances des bailliages des généralités de Metz et de Nancy pour les États généraux de 1789Chapitre 133 sur 204 · III. — Cahier de Doléance du Corps des Tanneurs · texte numérisé non relu

III. — Cahier de Doléance du Corps des Tanneurs

Ce jourd’huy, vingt deux mars mil sept cent quatre vingt neuf, à S1 Nicolas de Port, deux heures de relevée,

1. Une feuille 430 mm. X 355 mm., pliée, formant 4 pages dont 2 et 7 lignes de texte et signatures.

Les maîtres, jurés et compagnons du corps des tanneurs de laditte ville, assemblés au domicile du Sieur François Vincent premier juré dudit corps et sur son invitation, ont examinés que dans rassemblée générale du tiers état de la même ville, tenue le 12 de ce mois à l’hôtel de ville, on s’est peu occupé des abus relatifs à chaque corporation du dit lieu, que l’on n’a demandé que fort vaguement la suppression de la marque des cuirs et des différentes corporations, que cependant il est de l’intérest, non seulement des tanneurs de S* Nicolas et des autres villes, mais de tous les cytoiens, que la marque et les droits mis sur les cuirs, ainsi que les corporations, surtout à S1 Nicolas soyent supprimées.

Les tanneurs sont en jurande à Nicolas depuis le règne de Charle III et personne ne pouvoit exercer ce métier sans avoir fait un chef d’oeuvre et sans être reçu par les maîtres du corps; ces réceptions se faisoient sans fraixs; il y avoit en 1764 vingt quatre fabriquants en cuirs à S1 Nicolas qui occupoient entre eux près de cent ouvriers, la pluspart en ayant cinq à six. La marque des cuirs, les gênes qu’elle occasionne ont fait abbandonner, ou ont ruinés, la plus grande partie et aujourdhuy il n’y a plus que six maitres fabricants, qui encore travaillent très peu.

Les recherches que les commis de la régie font chez eux, à chaque heures du jour et de la nuit, a effrayé tous ceux qui travailloient de ce métier et une infinité de procès verbaux, dressés injustement contre plusieurs d’eux, ont ruiné la plus grande partie; il n’y a point de cuirs qui ne soit comptés au moins sept fois avant de pouvoir les exposer en vente; la plus part des commis n’ont d’espérance d’avancer dans leur état qu’autant qu’ils feront des reprises et des procès verbaux; de là une infinité de ruses et de surprises qu’ils employent, venant souvent dans le milieu de la nuit faire des recherches par toute leur maison et même jusque dans leur lits, ce qui jette l’épouvante et l’allarme dans toute leurs famille, faisant sans cesse des doubles emplois et payer ce qui l’a déjà été; toutes ces entraves ont fait tomber les manufactures de cuirs en Lorraine et a augmenté le prix de cette matière, qui cependant est de première nécessité, de plus du double, ce qui fait un tort irréparable aux pauvres gens, qui autres fois avoient une paire de souliers pour trois livres ou trois livres

BAILLIAGE DE NANCY

dix sols, et qui aujourd’huy ne peuvent les avoir moins de six à sept livres. .

Les corporations ont achevé la ruine des différents corps de métiers de S1 Nicolas. Il y a dix neuf corporation auditlieu, qui autres fois rendoient leurs comptes, prêtoient serment par devant le premier officier de police du lieu; aujourd’huy, ils sont tous obligés de se rendre à Nancy, deux ou trois fois l’année, pour faire leurs élections, rendre leurs comptes, prêter serment pardevant Monsieur le Lieutenant du Balliage, ce qui coûte toutes les années des sommes considérables à tous les habitans de S1 Nicolas. D’un autre cotté, des ignorans, qui n’ont pas même les premières notions du métier, obtiennent la permission de travailler et, comme ils ne font que du mauvais ouvrage, on juge de celuy des autres par celui là, ce qui décrédite tous les bons ouvriers. C’est pourquoy les dits maitres, jurés et compagnons du corps des tanneurs de S1 Nicolas, ont arrêté que Messieurs Renauld, Chevalier, Vaultrin et Grosjean, députés du tiers état de la Ville de S1 Nicolas, à l’assemblée qui doit se tenir à Nancy le trente de ce mois, seroient priés de demander avec instance, que les députés [de la province] (x) aux États Généraux sollicitent la suppression de la marque des cuirs et des corporations et de ne consentir à aucuns subsides, impôts ou emprunts que oela ne soit accordé, ainsi que leurs autres demandes insérées au cahier de doléances qu’ils ont arrêté le 12 de ce mois, à l’effet de quoy la présente délibération sera remise à ces Messieurs avec prière de la faire valloire dans laditte assemblée du 30.

Délibéré par les maitres, jurés et compagnons du corps des tanneurs de S1 Nicolas de Port les ans, mois et jours avant dits et ont signé :

François Vincent; J. Nicolas Hocquard; François Mieard; Antoine Charpantier; François Galle; Jent Hoquard.

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