‹ Cahiers de doléances du bailliage d'Arques (secondaire de Caudebec) pour les États généraux de 1789Chapitre 35 sur 157 · SAINT-MARTIN-DE- VEULES · texte numérisé non relu

SAINT-MARTIN-DE- VEULES

(Auj. VEULES-LES- ROSES)

Dép. : Seine-lnf. : arr. : Yvetot ; canton : Saint-Valéry. Sur la Manche, à

30 k. au N.-N.-E. d’ Yvetot.

Gén. : Rouen ; El. : Arques.

Pop. : 1738 : 187 f. ; 1789 : 230 f.

Seigneur et patron : l’abbé de Fécamp (2).

Procès-verbal

Assemblée 6 mars, en l’auditoire, devant J. Lange, syndic; 21 comparants nommés : P. Vattement. J. Pérou, J. Dujardin, Alex. Joutel, Mic. Mignot, Ad. Vattement, J. Maret, Jac. Deniau, J. Héricher, P. Jouttet. P, Collé, Aie. Vattement, Franc. Simon J. Dufour, J. Savay, J. Ebran, J. Viellot, J. Quesnel. P. Saint-Saëns. P. Malleville, L. Vattement « et un grand nombre d’autreso. Seize signatures seulement, toutes de comparants mentionnés.

Députés : Michel Mignot, Adrien Vattement, J. Maret (3).

Cahier

Nous, soussignés, principaux habitants de la paroisse de Saint- Martin-de-Veules, étant assemblés au son de la cloche, le 6 de mars 1789, aux fins de procéder aux représentations de la paroisse, et vous remontrons très respectueusement, Messieurs, que la

(1) Il y avait, avant la Révolution, deux paroisses à Veules, non seulement au point de vue religieux, mais aussi au point de vue administratif : Saint- Martin, la plus importante, et Saint-Nicolas, que nous trouverons plus loin. Saint-Martin avait été donné à l’abbaye de Fécamp qui avait le patronage de l’église, un fief, des terres, des dîmes, une grange, des moulins, les coutumes du port et les droits sur la boucherie. Mais le vicomte de Blosseville y exerçait aussi des droits qui le mirent souvent en conflit avec les moines de Fécamp : droit de prélever 1.000 harengs sur tout bateau de harengs, déchargé à Veules, coutume du marché. C. f. abbé Tougard Geog. Yvetot, 255, et le cahier de Saint- Martin. La haute justice appartenait aussi au vicomte de Blosseville. Veules avait le titre de bourg ; mais ce titre ne lui valait guère que l’obligation de payer un certain nombre de droits onéreux, comme le don gratuit. Son port était ruiné depuis longtemps et son marché en décadence depuis l’incendie de 1781, dont il sera question dans le cahier.

(2) L’abbé de Fécamp était le cardinal de La Rochcfoucaud, archevêque de Rouen. Outre les grosses dîmes, louées 1.300 1. au curé, il avait, à Veules, deux moulins à blé, loués à Quesnel, un des comparants, pour 2.700 1.

^3) L’Assemblée ne comprend qu’un petit nombre de cultivateurs ; toutes les professions sont représentées, même les employés des gabelles (Franç. Simon) ; mais les tisserands, qui forment près de la moitié de la paroisse, le sont à peine. Les trois députés, du reste, sont des cultivateurs, comme dans la plus grande partie du pays de Caux. L’un d’eux, Vattement, est un cressonnier ; cette culture locale est encore aujourd’hui très florissante, grâce à la petite rivière de Veules. Parmi les comparants, Quesnel, meunier, imposé à 497 1., et L. Vatement, (ferme à troupeau de 1.038 1.), imposé à 301 1.

BAILLIAGE D’ARQUES

paroisse de Saint-Martin-de- Veules est un pet it bourg, dans lequel il n'v a aucun commerce ; il n’est habité que par un petit nombre d’habitants et occupants et un grand nombre d’ouvriers tisserands, qui travaillent pour les bourgeois de Rouen, et, comme le commerce est tout à fait tombé, et que les pauvres ouvriers sont obligés de chercher leur vie nuitamment pour nourrir leur famille.

Cette paroisse a été incendiée le 6 juillet 1781 ; 168 ménages ont été réduits par le feu ; plusieurs habitants ont été obligés de leur [se] retirer dans les paroisses voisines pour y demeurer et faute de logement. Les dits habitants n’ont éprouvé aucun dédommagement, puisqu’ils n’ont été exempts de taille et vingtième que pendant trois années.

Preuve de cette vérité : M. le vicomte de Blosseville, propriétaire du marché, n’a pu trouver, depuis ce temps, à faire valoir son marché ; mais il a été obligé de le faire valoir à son compte (1).

Vers les années 1779 et 1780, on a accordé la remise des droits réservés de don gratuit à plusieurs bourgs, vu et regard au peu [de] commerce qui s’y faisait, tel au grand Torcv, aux Grandes- Ventes, Bellencombre, Pitié, Le Bometout, Vitefleur, et autres, et on l’a refusé à Veules où l’on y paie, pour 200 pots de cidre, la somme de 3 I. 15 s. 9 d. (2).

Outre toutes ces représentations, le bourg de Veules est encore un lieu d’étapes, ce qui est une grande charge pour ses pauvres habitants : point de logement, point de linge, puisque tout est consumé par les flammes. Cette paroisse étant sur le bord de la mer. la récolte est souvent endommagée, de sorte que, sur six années, on ne réculte pas trois sans être endommagé. Le 11 et 12 de juin dernier, un vent impétueux a réduit toute la récolte en

(1) Sur le vicomte de Blosseville Bénigne Poret, et la vicomté de Blosseville, c. 1’. le cahier de Blosseville.

(2) Le don gratuit était un droit sur certaines denrées, en particulier sur les boissons, levé à l’entrée des villes et bourgs de Normandie. C. f. Dieppefaubourgs. — Le (îrand-Torcy ou Torcy-le-Grand, les Grandes-Ventes, Belleneombre sont des paroisses du bailliage d’Arques : nous renvoyons à leurs cahiers. Pitié est un hameau de Saint-Pierre-le-Vieux, qui fait partie du même bailliage. Son marché appartenait, comme celui do Veules, au vicomte de Blosseville. Le Bouretout, ou Le Bouretour, est un hameau d’ Anglesqueville- La-Braslong, du bailliage de Cany, (auj. arr. d’Yvetot, canton de Fontaine- Îe-Dun). Vittefleur, près de Cany, (auj. arr d’Yvetot, canton de Cany). était le chef-lieu d’une baronnie de 13 paroisses et d’une haute justice appartenant à l’abbaye de Fécamp. Sur ces deux dernières paroisses, consulter I lornain. Cahiers de doléances des paroisses du bailliage de Camp 11-19 et 155-157. Le cahier d’ Anglesqueville contient des détails intéressants sur le marché du Bouretout.

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