PRETZ-EN-ARGONNE
SOUS la présidence de Pierre Martinet, syndic, assisté de P. Raulin, greffier.— Le procès-verbal donne, au bas, les noms de N. Haiblet, Louis Camus, Bauclin, N. CoUard, Pierre Humbert, L. Richard, Clément Humbert, Claude Champion, N. Brisethuile, Claude Lépreux, Jean Bardin, Claude Bardin, et encore, d'après les signatures du cahier : N. Géminel, Jean-François Jossin, N. Favin, Jean Collard, C. Gossin, Jean Martinet, N. Martinet, Haiblet, N. Furiet, Pierre Geminel, N.-L. Camus, J. Haiblet, Etienne Berthelemy, C. Marsaux, Claude Le Roux, Jérôme-Claire Remy, F. Collard, Sébastien Denizet, Vautrin, Jean Bauclin. — Le seul député désigné fut Pierre Martin kt,
syndic municipal,]
CAHIER
Quel heureux présage pour la Nation française I Elle sent déjà la restauration du Tiers état par la suppression des abus. Qui aurait pu penser qu'un monarque ait daigné faire appeler ses sujets, même des plus petites habitations ? Il méprise les courtisans flatteurs. Il veut que les malades se plaignent, voulant lui-même les écouter.
L*État, malade lui-même, avait besoin d*un prince aussi prévoyant ; faisons donc des vœux, offrons des prières au Souverain des rois, afin qu'il soutienne les vues de Louis XVI, la ferveur des Ministres, et qu*il éclaire les États généraux I Ainsi soit-il I
Doléances des habitants de la communauté de Pretz-en^ Argonne, terre de Beaulieu, province de Champagne, diocèse, généralité, bailliage, élection de Chàlons-sur-Marne, composée de soixante-dix feux, située à douze lieues à VEst de ladite ville, à cinq lieues de Sainte-Ménehould, élection» à une demi'lieue de Vaubécourt, province de Lorraine et Barrais ; à une demi-lieue de Beauzée, Trois-Evéchés ; à une demi-lieue de Nubécourt, pays de Clermontois.
Les habitants de Pretz-en-Argonne, plus assujettis qu'aucun autre de la province et même de la France, par la situation de leur village, le plus près et le premier des quatre lieux limitrophes des trois provinces qu'ils viennent de nommer (1), encou-
commune fait partie du canton de Triaucoui*t, arrondissement de Bar- le- Duc (Meuse).
— Dénombrement de 1773 : 71 feux roturiers et 1 ecclésiastique. — Population : 116 hommes, 124 femmes, 28 {(arçons et 27 filles, soit 29j habitants.
(1) A la suite de plaintes des fermiers généraux « sur les fraudes considérables qui se commettaient à Toccaslon de la perception des droits d'aides sur
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rages par les termes dont le Roi a bien voulu se servir dans ses lettres de convocation aux Étals généraux du vingt-fquatre] janvier 1789, par lesquels Sa Majesté invite son peuple à lui faire telles demandes et réclamations qu'il jugera à propos pour la tranquillité de son royaume et la meilleure fortune de ses sujets, Autorisent les députés dudit lieu de Pretz à faire insérer, dans le cahier qui doit se rédiger à l'assemblée générale du bailliage de Châlons qui est convoquée, par le procès- verbal de M. le grand bailli de ladite ville du 17 février 1789, au 12 du présent mois de mars 1789 (1) ; Les vœux sont :
* Art. 1*^. — Que, pour tout impôt, il en soit établi un sous un tel titre qui comprendra tous les biens, tant ecclésiastiques que
les vius qui passent dans les provinces étrangères ou réputées étrangères par les provinces de Picardie et de Champagne », des arrêts furent rendus les 7 juin et 4 juillet 1746 pour prévenir ces fraudes; le contrôleur général des finances de Machault transmit à l'intendant de la généralité ce dernier arrêt qui, dit-il, « en indiquant les formalités qui doivent être observées à ce sujet, permet à l'adjudicataire des fermes d'établir, si besoin est, tant sur les limites que dans l'intérieur des quatre lieues de la frontière, un nombre de bureaux et de commis suffisant pour suivre la destination des vins et prévenir les abus ».
— Il prescrivait la vérification de l'État, annexé à l'arrêt du 7 juin 1746, des paroisses et hameaux situés dans les quatre lieues limitrophes ainsi déterminées et soumis à la vérification particulière des aides. (Lettre du 24 août 1746.)
— La direction ajouta, pour le département de Châlons, les lieux ci-après du bureau de l'arrondissement de Triaucourt qui, quoique- situés dans les quatre lieues limitrophes, avaient été omis dans l'état : Beaulieu-en-Argonne et ses hameaux, Saint-Rouin, La Mazureric et La Tuilerie (74 feux) ; Brizeaux, La Cour, censés, etc. (84 feux) ; Èvre et la ferme de Soisy (61 feux) ; Foucaucourt et Tabac (50 feux); La Voye et Maugarny (68 feux); Passavant et la ferme de Taille-Moutarde (177 feux) ; Preiz et Le Jardinet (64 feux); Riaticourt, comprenant les fermes d'Arcefays, Broûenne et de La Tuilerie (2 feux); Triaucourt et Menoncourt (166 feux).
Par contre, parmi les paroisses distraites de l'État d'arrondissement comme n'étant pas dans les quatre lieues limitrophes et comme ayant été jusqu'ici assujetties à tort à l'acquit à caution, figuraient Saint-Amand (324 feux, du bureau d'arrondissement de Possesse), située à 5 lieues environ ou 10,800 toises de l'étranger ; Moivre et Saint-Hilaire (39 feux, du même bureau), à 4 lieues 1/2 ou 9,900 toises, pour ne citer que les communautés d'habitants du bailliage de Châlons. {Arch. de la Marne, C, ÎÎÎ8 : État des paroisses de la généralité limitrophes de l'étranger : 1746-1747.)
(1) Ce préambule et quelques articles du cahier de Pretz ressemblent à ceux du cahier de Charmontois-l'Abbé. Cependant, le cahier de Pretz est plus complet et, du reste, la rédaction est très souvent différente. — D'ailleurs, dans les quatorze cahiers des communautés du comté de Beaulieu-en-Argonne» appartenant au bailliage de Châlons, les vœux et doléances, quoique présentés toigours différemment, sont à peu près les mêmes.
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nobles, sans aucune exemption pour lesdits deux ordres, qui en possèdent la majeure partie.
2. — Le reculement des barrières devant être un vœu général pour tout le royaume, principalement pour notre province et particulièrement pour le village de Pretz, étant comme enveloppé dans les trois provinces et desquelles nous sommes obligés de tirer une partie du plus nécessaire, ne pouvant ni entrer, ni sortir, sans être exposés à la vexation des employés (1).
3. — La suppression de la gabelle, du franc-salé, des privilèges lorrains du pays d*Évèché, du Clermontois et du Retbélois, le prix du sel étant porté jusqu'à quinze sols la livre |>ar le mesurage à la pinte, selon l'usage du pays (2) ; ledit village désire qu'il soit vénal.
4. — La suppression des aides, en mettant Timpôt du vin sur les vignes mêmes ; qu'il y ait des bureaux de commerce pour la. marque des cuirs, argenterie.
(1) En marge de cet article on lit la réflexion suivante : « Nous n'osons vous entretenir plus longtemps, nous pensons que vous trouverez des mémoires plus énergiques et mieux traités sur cet objet important ». — Voir le cahier de Beaulieu-en-Argonne, page 69.
(2) Necker, dans le chapitre I du titre 11 de son exposé de VAdmintsiration des Finances delà France (ouv. et chap. cités, cahier de Cheppes, page 152), nous apprend que dans les « provinces de grandes gabelles » comme « la Champagne » le sel se payait en moyenne, depuis rétablissement des deux nouveaux sous pour livre, 62 livres par quintal ; -> que dans les « pays de petites gabelles » il n'était que de 33 livres 10 sous par quintal ; — dans les a pays de salines », c'est-à-dire s'approvisionnant dans les salines de Franche- Comté, de Lorraine et des Trois- Évêchés, comme dans cette dernière contrée et aussi dans le Rethélois, le duché de Bar et le Clermontois, le sel coûtait 21 livres 10 sols par quintal. — Le commerce du sel était libre dans d'autres contrées dites « rédimées ou franches », etc.
Cf. Ordonnance de Louis XIV sur le fait des gabelles, donnée à Saint-Ger^ main^n-Lage au mois de mai Î680, commentée sur les édite, déclarations et ordonnances depuis intervenus sur cet objet, avec notes, etc., Rouen» Richard Lallement, 1764, 2 vol. in-8* (Bibliot. de Reims, N., 2731). Cette ordonnance (titre V, art. U^), fixait à 41 livres le minot le prix du sel dans les élections de Châlons, Épernay, Sézanne, Troyes et Arcis-sur-Aubc, et à 42 livres dans celle de Reims. L'article l*** du titre VII indiquait 43 livres pour celles de Saiute- Méiiehould et Vitry. Les articles 28 à 33 du titre X\'I confirmaient les franchises aceordées aux habitants du duché de Retliel-Mazarin ; Je prix du sel blanc était fixé « sur le pied de trente deniers la livre du poids des seize onces du magasin de Rethel ». — Les arrêts du 7 Juin 1681 et 21 juillet 1722 réglaient, en matière de gabelle, les trois évéchés, Metz, Toul et Verdun, enclavés dans la Lorraine.
Pour toutes les mesures citées dans le cahier et dans la présente note, voir leglottaire.
5. — La suppression de la banalité des moulins étant encore une oppression féodale encouragée par le prix exorbitant dont ces usines sont affermées; la suppression, surtout, de ceux qui ne peuvent moudre en eau fixe, ces meuniers se reposant sur le droit qu'ils ont de forcer de venir à leur moulin (1).
6. — La suppression des jurés-priseurs et vendeurs des meubles serait un très grand avantage.
7. — La suppression de la milice, fléau de Tagriculture ; ou fournir, en argent, par les garçons sujets au sort, au marc la livre, à proportion de leur nombre.
8. — La terre de Beaulieu, dont nous dépendons, est composée de dix-sept villages dont cette riche maison bénédictine est seigneur, possédant les dîmes, les moulins, les fours et tous les droits appelés assises, des fermes considérables dans chaque village, des forêts» étangs, des maisons Bernardines, Génovéfains et autres jusqu'au nombre de six à quatre lieues à la ronde, qui ne sont pas moins opulents ; TÉtat y trouverait son compte si on diminuait le nombre de ces fameuses maisons ; trente mille livres pouvant suffire pour nourrir quarante personnes en communauté; il se trouverait plus des deux tiers de ces maisons qui retourneraient à TÉtat et soulageraient le peuple (2);
(1) Les moulins de Pretz^ comme ceux des autres communautés du comté, appartenaient à l'abba^'e de Beaulieu-en-Argonne. — L'abbé commendataire admodiait les siens : a H prendra, dit l'article 8 du bail avec le fermier, tous les moulins en bon état et il en répondra. U entretiendra les cours d'eau. » (Bail du 11 juillet 1780.— Voir ci-après.) — Sur ceux réservés aux religieux» il était redu, en 1790, une somme de 335 livres. (Inventaire des biens du couvent de Beaulieu devant les officiers municipaux de la commune. — Voir ci-après.)
(2) Pretz faisait partie des dix-huit paroisses composant la terre du comté de l'abbaye de Beaulieu-en-Argonne, ainsi que nous l'avons établi en note du cahier de La Voye (page 373).
Les revenus de l'abbaye de Beaulieu-en-Argonne se divisaient en deux parts : l'une attribuée à l'abbé et composée des deux tiei*s ; l'autre, d'un tiers, aux religieux. Ces revenus dépassaient, en 1789, 100,000 livres et avaient augmenté de plus des deux tiers depuis un siècle. Un bail authentique du 11 juillet 1780, passé entre l'abbé commendataire de Beaulieu, Louis-Albert de Lezai de Marnésia, et un habitant de Varennes, Pierre Didier, montre l'immense progrés de la fortune territoriale et mobilière depuis quelques années. Par cet acte, Tabbé de Beaulieu donnait à ferme, pour neuf années consécutives, à partir du l^i* janvier 1782, sa part dans les revenus de l'abbaye, c'est-à-dire « tous les revenus temporels de la mense abbatiale, consistant en fermes, « domaines, terres labourables, prés, bois, pêches d'étangs, maisons, château» « jai*dins, moulins, rivières, ruisseaux, ceps, rentes, redevances en aident, « grains et autrement, lods et ventes et tous autres droits seigneuriaux, féo-
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9. — Que la province soit mise en pays d*État, ce qui dispenserait [de] certains frais considérables des receveurs généraux et particuliers des finances ;
10. — Que les municipalités actuellement établies aient droit d'apposer les scellés en cas de mort, et de juger jusqu'à concurrence d'une somme de (le chiffre est resté en blanc). La justice serait rendue à moins de frais et soulagerait le pauvre, d'autant plus juste que les membres se renouvellent tous les trois ans et, au cas d*appel au grand bailliage, que nous désirons voir établir à Châlons (1).
11. — La continuation de la prestation en argent au lieu d'une corvée en nature ;
12. — Que le lieu de Pretz est d'un faible sol et surchargé d'impôts, laisse à peine aux fermiers d'acquitter leurs fermages, salaires de leurs ouvriers et domestiques (2) ;
13. — Qu'il soit fait une grande route de Sainte-Ménehould à Bar-le-Duc, aux frais de la province, les chemins étant imprati* cables entre ces deux villes (3) ;