‹ Cahiers de jeunesse, 1845-1846Chapitre 31 sur 42 · SI · texte numérisé non relu

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Ah I mon Dieu ! où donc trouverai-je un homme qui me plaise ! Ces hommes à la superficie m'attirent, puis me répuisent. C'est comme dans l'électricité quand la balle de sureau s'est saturée. Mes bons Allemands même me font cet effet. Eh bien, je serai seul, mais je serai ce que je suis. On sera étonné quand on me verra paraître armé de toutes pièces. Car jusque-là on ne me verra que par un côté. Faxit Deus !

Le but de la science n'est pas de fournir des données à l'homme d'action. C'est une de ses utilUéSf mais non son but. Son but est en ellemême. Ainsi les sciences morales et politiques n'ont pas pour but la morale et la politique pratiques, car alors elles seraient inférieures à la morale et à la politique pratiques. Or celles-ci sont un art, qui emprunte à la science, et la science n'est pas un appendice de l'art. — Il faut donc s'entendre quand on dit que les sciences ne sont vitales qu'en touchant à la morale et à la

politique. Oui, pourvu qu'on n'entende pas par là la pratique. — La morale du reste est loin pour moi d'être la pratique, elle entre dans le cercle idéal, c'est un des membres de la trinité, qui font l'homme beau et heureux.

C'est l'utile que j'abhorre. Blasphème que de soumettre la science à rien d'utile ! — Il y a une révolution à faire dans le monde, en ressuscitant l'esprit des anciens âges, mépris de tout ce qui n'est pas du cercle supérieur. Mais il faut élargir ce cercle, et y faire entrer la science, le cœur, l'amour, la morale, le beau, etc. Il faut être stoïcien large. — Les vieux âges avaient raison de couper autour de l'homme, mais tort de couper des pousses bonnes et saintes. Le nôtre a tort de tout laisser pousser pêle-mêle, car le saint est alors chétif sous le luxe profane de la vie pratique. Il faut couper tout ce qui n'est pas saint, mais tout est saint, excepté l'utile. — Que je déteste ces philosophes terre à terre, qui donnent une valeur à la vie, à l'actif, au commerce du monde, ce xvni* siècle par exemple, et ses rejetons I Ahl je préférerais mes moines et mes ascètes s'ils réalisaient bien leur type.

Je ne sais pourquoi je souffre quand j'entends prononcer des paroles dures contre le christianisme, par exemple le traiter de superstition. J^aime à trouver un homme distingué qui en fasse profession. Et pourtant je ne puis m'empècher de le traiter alors de superficiel, qui n'a pas analysé. — Ce que j'aime le mieux, c'est de l'entendre louer, exalter en général, mais sans venir au fin de mot, d'y croire tout de bon. C'est que c'est mon vieil ami, voyez-vous.

Visite à M. Souvestre.

On sent ici l'homme politique et pratique, antiscientifique; il en vient toujours à l'observation fine et sociale. Idées critiques fort superficielles. Il se persuade trop (erreur qui domine son ouvrage Le Monde tel quUl sera) que la critique n'a pas de valeur s'appliquant à l'antiquité. Critique, fondée en un sens, de la direction des études classiques. Il est bon et simple; mais le contact s'établit diffi-

cilement entre nous sur l'intime; aussi bien je ne suis pas content de moi-même; je ne me suis pas montré. Et pourtant il y a bien en cet homme quelque chose qui me plalt et m'attire, m'élève même au milieu de la sphère assez simple où nous nous tenons. Lors même que je veux élever le niveau du sujet, il l'abaisse. Je n'aime pas cela; car il est pénible à l'inférieur de hausser ainsi le cran. J'aime bien mieux d'autres, H. Dupanloup, par exemple, qui haussent toujours ce que vous leur dites, et le saisissant, partent de là pour plus haut. — Quelques observations très fines relativement à l'intérêt que les diverses nations ont attaché à la vie humaine, à propos de la statistique des bâtiments perdus par an : France, un sur cinquante; Angleterre, un sur vingt; Amérique, un sur quatorze, à cause de la navigation en bateaux à vapeur sur fleuves. La vie mise à bon marché. On dit : Il y a eu tel accident ; nul n'a été tué : le chauffeur seul a été mis en pièces : c'est une partie de la machine, et puis cela ne gêne pas les voyageurs et n'empêche pas que l'on s'embarque demain.

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L'adoption d'un livre comme sacré est un fait excessivement curieux à étudier dans son progrès- — U s'entoure de nuages^ etc., enfin (ceci est fort remarquable), on en vient à regarder les lettres comme sacrées. D'abord, c'est l'esprit général qu'on fait venir de Dieu, comme toute composition littéraire chez les Orientaux (Cf. le Coran : ceux à qui Dieu a donné de savoir écrire; tout don d'esprit vient de Dieu) ; ici l'inspiration est naturelle et ne renferme aucun sens faux; c'est poésie. Puis chaque pensée devient inspirée, puis chaque mot, puis chaque lettre et chaque incident orthographique et calligraphique devient sacré et mystérieux, on en fait une sorte de jeu de loto, de thème mathématique, comme dans la théorie des permutations. (Cf. le Notarikon et la Gematria.) Ce fait se dessine avec une merveilleuse fermeté dans la critique talmudique et cabbalistique, même chrétienne et aussi, je pense, dans la musulmane. JRefer ad dia hujusmodi in meo themati.

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Il faut bien s'entendre quand on parie de siècles de goût : le goût (en ces siècles) ne domine jamais que dans une certaine sphère ; audessous, s'agite un très mauvais goût. En Grèce, paor exemfde, du temps des Sophocle, des Périclès, il y avait les sc^histes et les rhéteurs, un Gorgias, le mauvais goût personnifié, qui charmaient poiirtant le goût public. Il faut dire qu'en firèce, le goût ne fut îamais absolument par à aucune époque; les plus grands auteurs ont des fautes de goût, et le mauvais goût leur co-existait et leur était co^dmiré. Au siècle d'Auguste de même. (Cf. les dernières pages de la brochure de M. Patin sur Horace.) Ceci est bien plus frappant que S0V9 Louis XI Y. Id, il y a mauvais goût, mais il se tient dans sa sphère; non pourtant, car le pubiic l'admirait avec Bossoet, etc. On admirait Goi^as et Sophocle, donc le goût n'était pas pur. •Ceei prouve aussi œmbîen est inescacte la conception qui délimite ainsi l'histoire de tout développement littéraire* Mauvais goût d'essai, l'époque de goût, mauvais goût de décadence. En Grèce, le mauvotë §aùtde décadence a précédé et aceom-

pagné le bon goût. (Cf. la thèse de M. Benoit, ch. m, IV, etc., cette phrase si caractéristique : on se croirait en pleine décadence^ ce qu'il dit surtout de Gorgias, etc., au style dithyrambique et guindé, pire que les Arabes.) Aussi bien ces Grecs eurent toujours un certain ton qui les rapprocha du goût oriental et même du goût arabe. Ce n'est que chez les Romains que l'atticisme pour le goût a été parfait. Aussi c'est tout émoussé et artificiel. Aussi cette littérature latine n'est-elle pour moi qu'un prolongement de la littérature grecque, en une langue voisine, un de ses dialectes*

Anecdotes grammaticales des grammairiens arabes, trait caractéristique. Rapprocher aussi l'anecdote du vizir auquel on demanda la lettre sans r, etc., encore jeu de synonymes. Remarquez spécialement les anecdotes à synonymes, où on fait entrer tous les synonymes d'un mot. Voyezen la plus curieuse, par exemple en Hariri, Cornment, y p. 5S1. Remarquez le rapport frappant de toutes ces habitudes avec celles des sophistes de la Grèce : jeu de synonymes, Thucydide, Platon, Prodicus surtout. (Cf. thèse de M. Benoît, p. 77.)

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Excellent mivant moi.

Il n'est pas étonnant que l'amour de la patrie soit cher à tous, même aux plus petits, aux plus humbles, aux enfants du peuple, aux manœuvres. Voici en quoi ; cela tient à l'amour de la gloire. Il faut de la gloire à chacun ; nul ne peut vivre sans cela ; te rappelles-tu ce gardeur de porcs de Tréguier, qui était le plus glorieux, comme on dit, de tous ceux de sa classe? C'est aussi nécessaire que le pain. Or, pour l'humble, la source de gloire est comme tarie; que fera-t-il, que dirat-il ? Eh bien 1 il y a là une réserve commune de gloire, un dépôt commun où vont puiser ceux qui n'en ont pas, c'est le surabondant des grands hommes qui est placé là sous l'étiquette France, et mis à la disposition de tous. Eh bieni le peuple va là chercher sa gloire. Et, en effet, ne sont-ce pas les hommes du peuple qui se pavanent le plus des gloires nationales? toujours Napoléon à la bouche, car sa gloire est en partie la leur. Aussi, voyez comme ils se le fraternisent. Je voyais l'autre jour une enseigne de

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cabaret, où il était représenté donnant une poignée de main à un crocheteur, avec un air de camaraderie fort comique. Après une victoire nationale encore, où éclate le plus de joie et de vanité? chez le peuple; c'est que lui y gagne plus que les autres. L'académicien a sa gloride ailleurs ; il y sera peu s^usiUe. Et j'avoue pour ma part que j'y suis fort indifférent. Je vendrais la France pour trouver ime vérité qui ftt mardier la philosophie. Que de fois j'ai fait fi de ces hommes qui sont assez fous pour chercher leur gloii» hors d'eux I Et pourtant, de force j'y ad été ramené quelquefois. Que les Cosaques viennent, pourvu qu'ils me laissent les bibliothèques, des Note, penseurs pour commercer, une académie pour m'entendre (voir n^ €5) et liberté de penser et de dire I Je m'anoblirai intérieurement ; que m'importe que la vanité s'attache au nom de France ou de Cosaques! J'entends ceci grandement et intellectuellement, et non vaniteusement et pédamment. Philosophie vitale, science du contemplateur qui n'embrasse rien pour critiquer tout, et cela pourtant avec feu et enthousiasme* Le spectacle du monde comme aux jeux olympiques. Scruter les choses et non vanité.

C'est en cette manière d'envisager Tamour de

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la patrie dans Thomme du peuple, que réside le secret de rinfluence morale de cet amour. En effet, la gloire est nécessaire à Télévation morale de rbomme. Les hommes qui ne peuvent se gknfier de rien, les classes séquestrées, ayilies, sont toujours méprisables et démoralisées* Grâce donc à ce qui permet au peuple de s'exalter en hit mèmel Et, en effet, en ces moments-là, il «est meilleur et plus haut ; il ne youdrait pas Aire une action honteuse. — L'homme venU à toute fmnce être ce que Von croit tpé'U e$^ <^e de fois j'ai éprov7é cela ! Telle opinion que je sairais que tel autre avait de moi, était un feu qui me brûlait pomr être ce qu'il pensait. Et aussi, combien de Asîs ai-je combattu contre la pensée de telle fiuisse appréciation qu'on ftdsait de moi I Un poids terrible me portait à être ce que je erograis que l'on pensait de moi, quand même je croyais que ce n'était pas moi. — Gela est frappant dans les enfants : faites entendre à un enfant que voas avez telle opinion de lui, que vous le regardez comme espiègle, méchant, sournois, studieox, aimable, il se brisera le cou pour le devenir* C'était frappant à Saint-Nicolas. Gela tient à ce que les enfants se regardent comme trop heureux d^être considérés par des p^sonnes raisonnables.

comme réalisant uq type. Rien de plus cher à l'homme; n'importe quel type, pourvu qu'il en ait un. Rien de plus affreux pour celui qui la mène que vie qui n'est pas caractérisée. — Le peuple ainsi. Dites-lui : le Français a telle réputation, il est brave, etc., il se tuera volontiers pour être tel. Cela se voit sur une grande échelle dans les batailles. Le soldat se fait gaiement hacher pour deux ou trois mots de son général, qui le pipe en l'identifiant avec je ne sais quelle chimère; pauvres gens! Respectons pourtant, car cela est de l'humanité. Mais le philosophe est làhaut, regardant, critiquant et s'enthousiasmant ; mais prenant garde de s'y laisser prendre les doigts. — M. Michelet a parfaitement et très finement senti ce fait dans son livre Du peuple (p. 266). Mais lui l'apprécie en homme du peuple. — «Ne dites pas, je vous prie, que ce ne soit rien du tout que d'être né dans le pays qu'entourent les Pyrénées, les Alpes, le Rhin, l'Océan. Prenez le plus pauvre des hommes, mal vêtu et affamé, celui que vous croyez uniquement occupé des besoins matériels. Il vous dira que c'est un patrimoine que de participer à cette gloire immense, à cette légende unique qui fait l'entretien du globe. » (Ce dernier trait n'est plus philosophique.

car îl sort de la loi générale qui est vraie pour toutes les nations et ne s'applique [pas] qu'à la France. Ce qui suit ne vaut non plus que comme exemple.) — « Il sait bien que s'il allait au dernier désert du globe, sous l'équateur, sous les pôles, il trouverait là Napoléon, nos armées, notre grande histoire, pour le couvrir et le protéger... » — C'est étonnant comme la longue paix et le régime heureux et tranquille où j'aurai fait mon éducation intellectuelle auront influé sur ma tournure d'esprit; paix à tout prix, mesquinité de la politique, etc.

Le peuple, les écoliers, les enfants ont une habileté extrême pour forger des mots très pittoresques, sans radical préalable. Les savants, au contraire, s'astreignent à ne faire autre chose que combiner les racines, soit de leur langue, soit d'une autre; par exemple, je les défie de faire des mots comme ceux qui composent les dictionnaires de l'argot des collèges, cafard, etc.

La littérature de nos jours a une tendance à

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cesser d'être un ari. Tels et tds, M. Souvestre, par exemple, ne comprendraiait pas l'api^toubion de ce mot à de telles oompositicnis. M. Mickelet également dans son Peujde. Souvent, au pratique, un livre est une action sociale. L*irt est rei6g«é en peinture, sculpture, musique. J'aime pouitant ce mot, et il fieiut le conserver à la poésie. littérature est plus pftle.

On me dira : Quoi I tu t'occiq)es du passé, tu donnes valeur à l'érudition s'appliquant à des objets non littéraires, aux guerres, aux usages des peuples, etc., et tu ne donnes pas de valeur à ces objets ? — Ce n'est pas à l'érudition seule en ellemême que j'attache valeur, mais ce à quoi elle me conduit, ce dont elle est la condition. Sans telle longue dissertation sur tel sujet en apparence puéril, je ne marcherais pas aussi droit que possible.

Si l'on peut me trouver une ombre de ressemblance entre les compositions des rhéteurs, sophistes et grammairiens anciens et celles de

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seconde et de rhétorique dans nos collèges, froides compositions qui ne disent rien de Tâme, je veux bien [lacune]. Ëloge du café, etc. (Cf. la thèse de M« Benott, A. m et it.)

La iégen<te religieuse patriotique est la racine nalureiie de tout peuple. De là ce soin à consacrer tous les lieux qui furent son berceau par des récits traditionnels. Ainsi à Rome le Gapilote, la ftodie Tarpéienne, les pères mythiques du peuple ; en France, Saint-Denis, Saint-Rémi à Reims, etc. i^ote. Ce sont là les racines d*un peuple, et plus elles sont fermes et profondes, plus le peuple tient ferme. Ah 1 respectez-les. Ce travail spontané est d^une beauté indicible. J^aime à me perdre dans sa contemplation. Mystère de poésie et de religion.

Les saints, par exemple, sont les radnesd^yM peuple, ses pères, ses ancêtres, ses consécrateurs, les maintiens de sa nationalité. Or nationalité est chose au moins poétique. Peut-être un jour sera-t-elle effacée ; mais elle aura été bonne et belle, et sera toujours poétique. Mais nous avons rompu avec eux, et recommencé une nouvelle nation.

Prodige que ces commentateurs catholiques de la Bible ! Ils sont pour moi le type de ràxpi9^a. Le Père Carrière, par exemple, qui s*en va introduire des ellipses scolastiques dans les vagues éructations orientales. Non, pour les scolastiques, il faut que les prophètes aient eu à Tesprit la distinction du matériel et du formel, de la promesse absolue et conditionnelle, etc.

Ah I Dieu I je n'ai pas dit ce que je disais au numéro 58 dans Fesprit plat-érudit de M. Quatremère, par exemple, qui verrait volontiers le monde en feu, pourvu qu*il eût dix personnes à son cours de persan. Non, non, je pensais à Tidéal vital et beau.

L'impression la plus durable et la plus ancienne qui me soit restée de mon premier abord à la philosophie, c'est rinsuflBsance et la grossièreté du

posé de la plupart des problèmes, auxquels je trouvais une mine paysanne et scolastique, par exemple, union de Tâme et du corps, spiritualité de Tâme, existence de Dieu, etc., tous posés qui me semblaient grossiers et faux. Je sentais donc, et c'est là mon idée native, le besoin d'une autre forme philosophique. Je l'ai trouvée dans l'école écossaise; mais elle ne me suffit plus. Quant à la compléter, je trouve précisément que les nôtres ne la complètent qu'avec ces vieux posés qui me répugnent. De là un instinct secret, un amour sans connaissance qui me porte vers l'Allemagne pour voir si je trouverai là ma forme. En attendant, je la fais en moi, en laissant mon esprit [poser] ses problèmes sous leur forme naturelle.

Le secret de la vie organisée, le passage du brut au vital est toujours ce qui m'a le plus préoccupé. Le problème de la science est là pour moi. Je ne puis croire que Toi^nisation ne soit qu'un arrangement physique et mécanique. La vie est là. C'est mon idée fixe ; j'aime à m'y perdre.

Cet enthousiasme d'illuminisme, qui s'est emparé de quelques écrivains pour la Franee (Iktichelet, Quinet, etc.), est mn fidt fort remarquable et ressemble beaucoup à celui des Juifs pour leur nation à Tépoque.du christianisme. Le salut est de nous. Cela présagerait-il qudque chose? Ce sont des fous ; mais les fous font quelqu^is des choses très bizarres et très fortes.

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Habitude des peuples de d(Muier des nomâ propres aux animaux. Quelquefois ce nom propre est devenu leur nom commun. Par exemple, Renard de Renardus vulpes du moyen âge (Voir Gerusez). Renardus était le nom propre. Cf. les sobriquets du chat, etc., dans Macbeth, — Isengrin, nom du loup dans le poème du Renard est probablement /se^'nus, sobriquet du loup en allemand. Cf. Lessing, fables, Histoire du vieux loup. Voir ailleurs une note sur ce sujet, fort intéressant et très typique. Isengrin, nom propre assez commun en Allemagne et même en France.

Comparez au passage du psaume : Et sicuî potenUUibuSy usque ad sepiuaginta,.^ ampUus laboret dolor, à cette allégorie d'un auteur arabe S citée par un auteur latin, où la vie est comparée à un pont de soixante-dix arches» et au delà d'ardies à demi rompues jusqu'à cent. Des trappes semées dans le pont, d'abord beaucoup à l'entrée, puis beaucoup à la fin, moins au milieu, et à la fin quelques-uns allant ^i boitant (^ et là sur les arches ruinées. Remarquez bien aussi en ces tours concrets et précisés, ces allégories matérielles, la difiërence du génie arabe et classique. Il est facile de sentir ici l'allégorie de l'Orient. Comparez la roue de la citerne et l'amandier dans l'Ecclésiaste *.

Quelques poésies modernes, par exemple celles de M. de Lamartine, me représentent fort bien

1. Ni Tauteur arabe, ni Tanteor latin, dont il est ici question, n*ont pa être identifiés. Cette allégorie, la vision de Mirza, se trouve dans Addison (Spectator, n* 159), plus tard dans les PaimenhtàUer^ de Liebeskind, Herder et Krummaeher.

t. lonqne ramaiidier pnaase ses fleurs, cfttt-Mire lorsqaa les cheveux blanchissent Voir Ecclés., m, 7, 8. Interpiétatioii ordi* naîre de ce passage d'après les LXX, la vers, syriaque et la vulgate. Cf. GesemoB, s. o. yK^»

la synthèse en poésie. Les poésies primitives sont le syncrétisme ; tout y est mêlé et en chaos. Puis vient l'analyse, qui sépare les genres, épique, lyrique, élégiaque, etc., puis enfin une synthèse qui les fond tous, et rend fausses toutes ces catégories. Ainsi les Méditations de M. Lamartine, son Chitde-Harold, qu'est-ce? Élégie, ode, etc., c'est tout cela, ou plutôt rien de tout cela et tout cela à la fois. C'est pourquoi il est très injuste de juger ces compositions sur le pied des anciennes catégories, comme font les classiques, et de dire : L'ode ne comporte pas cela, l'élégie ne comporte pas ceci, car ce ne sont ni des odes ni des élégies. Si vous voulez attaquer, attaquez l'idée même de la composition synthétique, mais vous n'auriez pas raison.

Mon Dieu! que j'aimerais cet Ozanam, s'il n'était pas si dur orthodoxe et s'il ne faisait pas cause commune avec toute la coterie de l'Université et s'il n'en prenait pas le ton. Je ne sors jamais de sa leçon, sans être plus fort, plus haut, plus décidé au grand, plus courageux et plus allègre à la conquête de la vie et de l'avenir. Âh I

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que je suis heureux alors I Je me vois professeur de littératures orientales à la Faculté des lettres, assis à la table en hémicycle, et dissertant, critiquant, admirant. — Mon Dieu! qu'à cet âge on prend la vie allègrement et à plein : c'est vrai, sans retour, sans réflexion. Car on n'a pas encore été répercuté par les obstacles. Je vois cela dans ma lettre à Henriette*; je ne suis que feu, espérance, vie et avenir. La vie est là devant, qui excite l'appétit : c'est l'oiseau de proie qu'on amène en lui présentant la curée. Il y a quelque chose de creux qui appelle la satiété et cherche à engloutir, attirer. Je ne parle pas du matériel. Idéal, Dieu. Puis quand on est plein, je conçois qu'on détourne

la tète.

L'impression qu'on éprouve en lisant les grands ouvrages romantiques (M. Lamartine) est pénible : elle n'est pas pleine et finie, comme pour Racine par exemple. Vous sentez que toute la chose est épuisée, la pensée est cadrée dans son cercle : ici, au contraire, il y a un vide, un creux, car le

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