‹ Cahiers de jeunesse 18451846 Ernest RenanChapitre 46 sur 60 · CAHIERS 1)E JEUNESSE · texte numérisé non relu

CAHIERS 1)E JEUNESSE

est là-bas à l’église, au coin du pilier, saintement agenouillée, avec son livre. Et moi au milieu de mes daguesch’, Gesenius, Buxtorf, Leibnitz.

Ah ! Dieu, j’étais fait pour sentir dans ce joli petit cercle. Plût à Dieu que le christianisme eût été un peu flexible ! J’aurais pu y rester pour le cœur et la vie extérieure, en gardant ma critique. Mais non, il va tout d’une pièce. — Plût à Dieu donc que je n’eusse pas eu de critique ! Et ma pauvre mère, je parie qu’elle pleurera aujourd’hui en pensant à moi. Oh! si je revenais à croire, c’est alors qu’on tuerait le veau gras. — Ma jolie vie pure et poétique est toute là-bas, et adieu pour toujours !

Marchons, philosophie, science; allons, c’est beau et fort, sérieux et ferme. Allons ! je suis tout cela,aussi. Il faut marcher.

Je n’oublierai jamais le jour où, assis là-bas auprès de la chapelle des Cinq-Plaies, au pied d’un arbre, je lisais M. de Donald * : maman, avec cet instinct maternel qu’ont les mères, me tira le livre des mains. Le ton l’eflrayait, et elle voyait à la manière dont je le prenais, que cela me

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