V. La Balade de Fougieres que les Anglois
anciens ennemys de France prindrent pendant et durant
les treues comme pariures. *)
Anglois, anglois, chastiez vous De lung promettre et lautre faire Qui les treues2) avez comme foulz Rompuz pour Fougieres forfaire, Mais david pria dieu deffaire Ceulx qui veulent guerre et non paix : Lon doit juger selon les faictz.
Il nest point de plus juste loy Que quant aucuns se dieu me gard Qui ont use de maie foy Sont punis par leur mauvais art Vous avez gecte ung hasart Dont vostre bouche est deperie :
Aux trompeurs vient la tromperie.
Mieulx vous fu%t avoir attendu Que la treue eust este passée Que fougieres cueilly tendu Avoir vostre foy cassée Pour richesse avoir amassée Dont doit reproche sur vous maint:
Qui trop embrasse peu estraint.
Quant ceulx partirent de rouen Que nuoyastes à lentreprinse Vous ne cuydiez pas mesouen En souffrir ne marque ne prise
l) Œuvres de feu maistre ALAIN CHARTIER, en son vivant secrétaire au Jeu roy Charles septiesme du nom. Paris 1529. fol. 337—339. Dans la ballade de Fougères, le 7» et dernier vers de chaque strophe est un proverbe ou une sentence.
') Trêves.
Et puis les avez par faintise Desadvouez tout en appert:
Mal se musse a qui le cul pert.
Lautre gens que vous fait lavoient
Chascun sen devrait esbahir,
Mais ceulx qui coustumiers vous voyent
Dessayer a chascun trahyr
Sont provocquez a vous hayr
Et prier dieu qu'il vous punisse :
Sapience si vaine malice.
Les françois nautres leurs voysins Ne fant point telles mirlificques Ne font mesmes les sarrazins Contre leurs sermens auctentiques Et pource les gens hérétiques Reduitz si portent deux fanons:
Traistres et faulx sont mauvais noms.
A dieu et aux gens détestable Est menterie et trahison Pource nest point rrys a la table Des preux limage de Jason Que pour emporter la toison De Colcos se veult parjurer:
Larrecin ne se peult celer.
On dit souvent que trop grant aise Si est trop fort a endurer Et pour avant que je me taise Vueil contre vous murmurer Tousiours vous voulez forvoyer Faisant ce quoncques preux ne fist :
Tant grate chieure que mal gist.
Quant la treue a vostre requeste Fut octroyée et confermee
Vous en faisiez de paix la feste Pour cuyder rompre vostre armée Vous eustes tresmalle pensée Fougieres avez prinse en tourne :
il nest chance qui ne retourne.
En rompant la commune treue Sur vostre fiance et enseigne Larragonnois a prins la feue Au chastel du duc de Bretaigne Floquet la requeult et regaigne Comme son servant et amy :
En contre ung faulx ung et demi.
Tant comme les cartagiens Eurent sur Rommains avantage Contre le conseil et les siens Du vieulx Hamon conseiller sage, Hz reffuserent par oultrage Paix quilz peurent recouvrer:
Quant temps en est on doit ouvrer.
Charles nostre bon roy françoys Na point fait faire telz assaulx Non a pas son nepveu François De Bretaigne ne ses vassaulx Fors jusques a tant que voz maulx Chastie a avec ses gens:
Bon chien se deffend de ses dens.
Trop plus vous nuyt le pont de larche Que ne vous peult ayder Fougieres Car il est près de vostre marche De Rouen: et sur les rivières Et si est près de noz frontières Qui ess ung point qui vous déçoit:
Fol ne croit tant qu'il reçoit.
Vous lassiegeriez voulentiers
Et si alumissiez vos cierges
Si neussiez pour quen dementiers
Aucuns vous chantassent des vierges
Ou que len vous donnast des verges.
Comme agens maulditz et hayz :
Traistres doivent estre trahyz.
Jamais homme sage ne simple
Point ne doivent passer ung contract
S'il ne veult estre dune guimple
Affuble par vostre barat,
Qui sen cuyde yssir sans débat
Pour certain il est bien jenin:
En la queue gist le venin.
Dautres gens que vous sont en gloire Pour leurs vertus dung temps allez Comme il appert en maint hystoire Qui depuis sont fort ravaliez Vous doncques qui ainsi allez Contre vertus gardez se heurt:
Tel cuyde vivre qui se meurt.
Agamenon le capitaine
De grecz: qui prindrent la grant troye
Quant il revint à son demaine
De grâce comme droit loctroye
Neut pas a sa femme la joye
Dune nuyt sans estre tue:
Grant orgueil est tantost mue.
Quant Hanibal roy de Cartage Eut subjugue moult de rommains Fortune qui est variable Le remena de plus au moins
Dung cousteau portant à ses mains Pour tant se tua par sa couppe:
Meutre requiert dautel pain souppe.
Pensez vous que dieu tousiours seuffre
Voz iniquitez et injures
Sans vous punir quant le cas seuffre
Comme ces autres créatures?
Pas n'avez les testes plus dures
Que les bretons la mercy dieu:
Vieilles debtes viennent en lieu.
Si vous conseille de bonne heure De normandie de partir Et sans plus y faire demeure De voz meffaiz vous repentir.
Car jose dire sans mentir Que dieu hait toute iniquité A la par fin vaint vérité.
De cartage en ayez mémoire
Et de Troys la punition
Que leur oultrage et veine gloire
Fit tourner a destruction.
De France en paix la nation
Laissez sans plus nous y bouter
La fin de guerre est a doubter!
«Savoir faisons que comme nous considérons le bon et loyal portement de nos bien amez les bonnes gens bourgeois et habitons de la ville de Calais, qui, pour la grant et loyal amour qu'il ont à nous et a la couronne de France, se sont tenuz tant corne il ont peu contre le roi d'Angleterre et nos autres ennemiz, qui les ont prins et leurs biens meubles et héritages gastez et destrainz, et bouté hors de leur pais, et que, ne voulans yceulz demourer deshéritez et mandians, aions ordené....»
Emile Molinier, Le Cabinet historique, XXIV (Paris 1878), p. 277.