‹ Calas, melodrame en trois actes et en proseChapitre 11 sur 54 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

Madame CALAS , ei peu après ANTOINE.

uad. CALAS.

Aimable enfant 1 elle est heureuse, au moins. Ah! si son frère me donnait autant de joie. . . II est seul dans ce pavillon. . . Son père craint de l’interroger ; il a raison, ei j’approuve ses moiifs. . . Mais une mère est bien sûre aussi de son cœur : elle ne peut jamais aigrir les chagrins de son fils. . • Si |c l'appelais. . . pendant que tout le monde est éloigné.

( Elle regarde si personne ne vient de la maison. Pendant ce lems Antoine sort du pavillon , et traverse comme pour rentrer.

Antoine , apercevant sa mère, et s’arrêtant.

Dieu! ma mère. .

uad. calas , se retournant.

Le voici. ( Antoine paraît hésiter , puis fait un mouvement pour s’éloigner. ) Mon fils ! ( il s’arrête , et semble vouloir mais n’ose approcher. ) Mon fils 11e reconnaît-il plus sa mère?

ANTOINE

Ma mère. . . ah ! ( il tombe à ses genoux et couvre ses mains de baisers. ) Pardonnez-moi , ma tendre mère , je suis bien coupable !.. oh ! oui , je sais combien ma conduite vous cause de chagrins !... Je ne mérite plus votre tendresse . . . J’ai sans doute allumé contre moi le courroux de mon père. . .Ah ! ne craignez point de m’accabler de reproches. . . Jamais ils n’égaleront ceux que m’adresse mou propre cœur.

Mnd. CALAS.

Cruel jeune homme. .'. non , votre père n’a point de courroux ; je ne vous adresserai point d’autre reproche que ces larmes qui tombent de mes yeux . . . mais no* cœur» sont brisée ... la joie de

vos parons sVgt changée en douleur ; vous étiez noire espoir, et noua n'en avons plus.

antoine.

Hélas ! je n'en ai plus moi-même.

Mad cai as.

Mon Dieu /• . . est-ce donc là le prix de l’amour que nous avons pour nos enfans?

antcinr.

Ma mère. . . Pauline n'est point coupable ; elle n’a point , comme moi, troublé vos jours heureux. Oh! détournez d’un malheureux vos regards affligés ; et doutiez à ma sueur tout l'amour que vous daignez partager entre nous.

tsad. CALAS.

Ainsi la tendresse d’une merc n’a plus de prix à vos yeux ?

ANTOINE

Plu* de prix !... oh! ma mère.. . Vous avez connu mon cœur , et vous l’accusez de ce crime. . . Ah ! je suis un monstre, puisque je fais couler vos larmes 1 . . . mais chacune de ces larmes retombe sur mon cœur comme un feu dévorant. Je donnerais ma vie, tout mon sang, pour en épargner une seule à la plus tendre, à la plus adorée des mères.

M«d. calas , avec un mouvement de joie.

Est-il bien vrai , mon fils? ,

ANTOINE

Ah! si mon père savait combien je le respecte; s’il savait combien sa bonté , sa vertu, l’élèvent à mes yeux au-dessus des autres hommes !... mais non , mon père me croit aussi un fils dénaturé. . . ce cœur rempli d’amour n’inspire que la haine.

Mad. calas.

Dieu ! quelle idée cruelle !... nous te haïr!. . . Regarde donc ta mère, vois ses traits altérés par la douleur !... ces yeux , depuis trois mois, toujburs remplis de larmes. . . Prçsse ton cœur sur le sein qui t’a porté, qui l’a nourri, et -demande à toi même si je peux te haïr.

ANTOINE

Quoi!... ma coupable conduite u'a pas encore épuisé votra amour ?...

stad. CALAS.

Jamais !... jamais !... l’amour d’une mère est sans bornes, comme celui de Dieu. ( Antoine se penche sur la main de sa mère qu’il baise avec transport. Mad. Calas continue.') Oui, mon fils, oui, nous t’aimons toujours ; nous te chérissons peut-être davantage, et nous soutirons avec toi. Mais, combien tes chagrins et les nôtres deviendraient moins amers, si tu voulais nous en moatrer la source. Ecoute, nous sommes seuls . . . personne ne peut nous entendra. . . Je garderai tou secret , si tu veux le cacher à ton père. r ANTOINE»

! que me demandez-vous ?

Mad. CALAS.

As-tu quelque sujet de te plaindre de nou* ?

Antoine.

Crand Dieu , votre bonté m’accable .

/ Mail. CALAS.

Désires-tu changer ton sort?

ANTOINE

Changer mon sort !... Ah! cessez, je vous en conjure , de vouloir pénétrer dans mon âme!... bientôt , je vous le promets, le spectacle de ma douleur n’affligera plus vos regards. . Oui, mon sort va changer . .-. aujourd’hui même.

Mad. CALAS.

Éh bieD?... aujourd’hui ?...

ANTOINE

Mon malheur finira. ( Mad. Calas le regarde avec la plus grande inquiétude. Antoine cherche à se détourner. )

. Mad. calas.

Ton malheur finira !... mon fils !...

( Elle se jette dans ses bras et le presse sur son sein. Au même instant , Pauline sort de la maison. )

Page 1