‹ Calas, melodrame en trois actes et en proseChapitre 35 sur 54 · LOUENT · texte numérisé non relu

LOUENT

Pardi ! certainement ; et monsieur qu’a, tout vu , peut bien dire la vérité tout comme moi. t «.

calas, à Ambroise.

Ah ! Vil est vrai , monsieur . . puisque vous fûtes l’ami de mon malheureux fils, nous devez avoir pitié de son malheureux père !... au nom du ciel , dites la vérité !

AMBROISE

La voici. A neuf heures je sortis du temple , où votre fils était attendu; je me rendis ici pour le prendre et le conduire à l’autel. J’arrive, des cris, des gémissemens frappent de loin mon oreille. . .d'affreux

pressentimeits commencent à m’agiter... j’accours en frémissant;.! peine ai-je atteint la grille, que j’entends retentir les mots de meurtre, d’assassinats !. . j’entre : Madame et Mademoiselle paraissent , se précipitent vers ce pavillon; j’y porte aussi mes regards, et je vois Calas en sortir , tremblant, pâle, défiguré; à son aspect tout le monde s’arrête , et madame , devinant sur ses traits le crime qu’il vient de commettre, s’écrie': mon fils n’est plus !. . Epouvanté de tant d’horreur, je me suis éioigqé de ce repaire du crime, et j'ai cru que le ciel et les hommes m’ordonnaient de demander vengeance ; j’atteste l’hohneur que je n’ai pas dit un mot qui ue soit véritable.

EDOUARD

Misérable ! la plus atroce calomnie serait bien moins funeste que ta perfide vérité.

( M. et madame Calas restent accablés , anéantis. ) le capitoul , a Calas.

Qu’avez-vous à répondre l

calas.

Rien., Monsieur.

Pauli ms , courant dans les bras de son père.

Quoi ! mon père, vous vout laisse/, accuser par ce monstre ? Ah! nous sommes tous témoins que voys adoriez mon frère.

JACOB, JKAMNRTTE, LAURENT.

Oui , oui , Monsieur , tous.

EQpUADD.

Monsieur le Capitou! , vous ne pouvez persister dans cette épouvantable accusation; la nature vous le défend , vous outragez le ciel en ne la repoussant pus. Quoi ! supposez-vous les hommes plus féroces que les monstres des forêts:'' Le tigre chérit les fruits de son amour, et un père les égorgerait! Une mère laisserait déchirer l’enfant qu’elle a porté dans son sein ! Une mère! et la plus tendre, la plus respectable!. . Quoi! soixante années de vertus, la douceur la plus inaltérable, l’amour paternel le plus pur , le plus ardent, ne pourront garantir d’un soupçon qui révolte l'humanité , dont la réalité renverserait l’ordre de la nature? Non , non, vous ne le croyez pas. . . vous ne le croyez pas . . aucun magistrat u 'admet un forfait semblable.

Mad, calas.

Ah ! repoussez celte horrible calomnie.

( Toute la famille et les serviteurs tendent leurs mains vers le

Capitoul. )

le capitoul.

Je ne puis écouter', ni suivre que mon devo : r. Vous êtes accusé, les actions parlent : vous vous défendrez devant les tribunaux, (à sa suite. ) Qu'on arrête Monsieur, qu'on s’assure de sa famille, et que le corps de la victime soit transporté à Fhôtel-de -ville.

Mad. CALAS.

Grand dieu! .

ri. U LIAI.

O mon père !

iacob , jeannette et Liur.E , se jetant aux pieds du Capitoul. Monsieur le Capitoul ! . .

' le capitoul , à sa suite.

Obéissez.

( Les trois serviteurs se relèvent dans la plus profonde affliction Un juge , des soldats et d'autres personnes , entrent dans le cabinet. Calas se trouve en même tems environné de soldats prêts à f emmener. ) 1

calas.

Chère épouse ! ma fille , je 11e suis point coupable. Calmez vo« alarmes sur*mon sort. Dieu 11c permettra pas que le juste succombe. Cependant, s'il le veut , ah ! qu’il détourne cette épreuve trop cruelle pour vos cœurs. [Toutes deux fendent en larmes.) Cher Edouard, vous viendrez me défendre?

edoUaiid.

Je jure de périr avec vous ou de vous justifier.

( Le Capitoul et toutes les personnes qui raccompagnent , sortent * Calas se place, lui-même au milieu de ses gardes , et sort en jetant sur sa famille des regards pleins de douleur. Madame Calas veut faire quelques pas pour suivre son époux . mais dans ce moment le Juge et les soldats entrés dans le cabinet , en sortent ; ils sont suivis de deux hommes qui emportent le cadavre. A cette vue, madame Calas jète un cri , et détourne la vue. Ce rideau baisse au moment où les porteurs sortent du cabinet , et avant que le corps de Marc- Antoine Calas soit vu des spectateurs. )

Fin du second Acte.

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