SUR LE DERNIER DUEL
EN ESPAGNE
CO Châtelain perpétuel di^ voie forteresse, d'un château, elc. Plusieurs familles avaient acheté, ou obtenu pour récompense de leurs services , ces emplois qui faisaient ensuite partie de leur héritage.
C*) Cette familiarité entre les grandes dames , telle que Séraphine, et leurs domestiques, existait en Espagne ; et Galdéron n'a fait que peindre les mœurs du pays.
C^) Le texte présente un jeu de mots qu'il était difficile de conserver, f^iolante, nom de la dame; violeta , nom de la fleur que nous appelons violette .
^^^ Sarragosse , César Augusta , ou Augustana , la ville de César Auguste.
C^^ Coso , nom d'une grande et belle rue de Sarragosse.
C^) Traduction à peu près littérale d'une grosse bouflbnnerîe de l'original.
C7) Le Cid ( Rodrigue del Vivar ) est regardé comme le modèle des preux en tout genre. Sa courtoisie est passée en proverbe : « Brave et galant comme le Cid. »>
C*) Cruche à rafraîchir Veau, En espagnol alcarraza : vase d'une argile très-poreuse. On le remplit d'eau , et on le suspend avec une ficelle au seuil d'une porte, ou à le! endroit exposé au
courant de Tair : c'est le moyen d'avoir de Teau tres-fraîche à bon marché , avantage inappréciable dans les pajs chauds.
^9) Calzar una gallina , chausser une poule. Je n'ai pas senti la finesse de ce trait : c'est une bouffonnerie sans malice.
0°) Arrasirar la capa , traîner le manteau. Expression proverbiale pour désigner quelqu'un qui n'a pas de maintien ; elle a aussi un sens moral , et peut s'appliquer à celui qui , sous un air de bonhomie, cache des intentions perfides, et véijt arrivera son but sans attirer l'attention.
^") Fernandez de J^elasco , l'une des plus illustres et surtout des plus anciennes maisons de l'Espagne : elle a possédé héréditairement la charge de connétable de Castille jusqu'à la suppression sous le règne de Phflippe Y. ' Cette famille est aujourd'hui représentée par don Bernardino de J^elasco , duc de Fnas et d'Uzëde , jeune 'seigneur qui est membre de l'académie espagnole et du conseil d'état actuel. Son përe mourut à Paris , il j a quelques années , ayant été ambassadeur de Joseph.
C'*) Henriquez , grande famille espagnole issue du sang royal, et qui possédait la dignité héréditaire d'amiral de Castille, comme celle de Velasco la dignité de connétable. Le dernier qui en ait été revêtu, don Diego Henriquez^ suivit le parti de la maison d'Autriche contre celle de Bourbon , et mourut dans l'exil La charge fut supprimée à cette époque (au commencement du siècle passé.) \oyez les Commentaires du marquis de Saint-Philippe*
C'^) Jornada (Journée.) C'est ainsi que les Espagnols nomment ce que nous appelons un acle^ dans les pièces de théâtre. Leurs comédies sont divisées en trois journées.
Histoire de Charles V, par don Fr. Prudencio Sandoval , e'v^que de Pani' pelune, historiographe de Philippe III. Tom. I. Pampelune 1^18.
Voici comment l'évêque Sandoval ( Fr.-Prudencio ) raconte le duel de don Pëdre Torrelîas avec don Jérôme de Ansa , qtii a fourni à Calderon le sujet de sa comédie.
« En cette année i522, vers les derniers jours du mois de décembre , il y eut à Valladolid un duel célèbre entre deux gentilshommes appartenant à des familles de la première qualité. Heuter , écrivain flamand , le rapporte comme un événement digne de mémoire , et par cette raison je vais le transcrire ici. Cet historien dit qu'un seigneur flamand de la cour de Tempereur y témoin du combat , lui en ayant confié le récit en langue française , il a cru devoir le conserver pour faire connaître les usages et cérémonies des Espagnols de cette époque , dans les occasions de cette nature.
» Deux jeunes gentilshommes de Sarragosse , qui n'avaient pas atteint leur vingt-cinquième année , dont les familles s'étaient réciproquement alliées par des mariages , et qui , étroitement liés depuis leur enfance , vivaient dans la plus grande intimité , se trouvant un jour au jeu de paume , ils s'engagèrent dans une dispute et se maltraitèrent l'un Tautre de paroles au point qu'ils en vinrent à s'appeler en duel pour se couper la gorge. Ils convinrent entre eux du jour , du lieu , de l'heure et des armes , sans que personne en fût instruit. L'un d'eux s'appelait don Pèdre de Torrelîas , et l'autre don Jérôme de An^a. Étant sortis de la ville , et arrivés à l'endroit désigné , n'ayant que leur manteau et leur épée, ils commencèrent à se battre, sans témoins. Après de longs efforts , tant pour se tuer que pour se défendre , aucun des deux n'avait pu blesser son adversaire , car ils étaient fort adroits l'un et l'autre. Enfin , soit par un accident imprévu , soit par lassitude et engourdissement de la main , don Pèdre
43o NOTE HISTORIQUE.
Torrellas laissa tomber son ëpëe. Se voyant désarmé, et son adversaire venant à lui pour le tuer, il lui dit : « Don Jérôme, je suis vaincu ; je me tiens pour mort. La grâce que je vous demande , c'est que personne ne sache ce qui s'est passé ; que ceci reste enseveli dans un profond secret entre vous et moi : sinon donnez-moi tout de suite la mort ; car j'aime mieux mourir que de vivre déshonoré. » Don Jérôme de Ânsa jura qu'il garderait le secret, et que jamais être vivant ne le saurait de sa bouche. Alors ils remirent leurs épées dans le fourreau ; ils s'embrassèrent comme deux amis et retournèrent à la ville. Peu de jours après , cette affaire fut connue publiquement; on en contait tous les détails, de telle manière qu'à la cour on ne parlait d'autre chose. 2T?rrellas se plaignit ^Ansa : il Taccusa d'avoir trahi sa parole; celui-ci jurait qu'il n'avait rien dit , et que l'indiscrétion venait d*un prêtre d'un village voisin , qui , étant allé visiter son troupeau dans les champs , avait vu ce qui s'était passé entre eux , et s'était empressé de le raconter à différentes personnes. Tbrrellas s'adressa directement au prêtre pour savoir de lui ce qu'il avait vu et entendu. Il ne fut pas satisfait de ses réponses , qui lui parurent embarrassées et contradictoires. Il sut en même temps que le prêtre était ami et chaild partisan de son adver* saire ; ce qui le décida à n'ajouter aucune foi à ses explications. Il insista donc à se plaindre d'Ansa , l'accusant de déloyauté^ d'avoir manqué à sa parole , qu'un gentilhomme doit respecter. Ansa , de son côté , soutenait qu'il n'en était rien , et chacun s'obstinant dans son dire , finalement ils se défièrent au combat. Ils demandèrent le champ à l'empereur , présentèrent leur requête suivant les privilèges de l'Aragon , suppliant sa majesté de leur assigner à cet effet le champ et les armes.
» L'empereur les renvoya au connétable de Gastille , auquel , comme capitaine du Voyaume et juge suprême dans tout ce qui concernait les armes , la connaissance de cette affaire devait appartenir. Le connétable chercha , par tous les moyens , à les dissuader de ce combat ; tout fut inutile. Enfin , comme , d'après les lois du royaume , le champ ne pouvait leur être refusé , il leur assigna la place de Yalladolid , d'autres disent un champ auprès de Saint-Paul. Le 29 décembre , on fit entourer d'une
NOTE HISTORIQUE, ^ 43i
barrière un espace de terrain' de 5o pas de long sur 36 de large. La barrière ëtait formée de pou#es plantées l'une à côté de l'autre et fortement liées ensemble , de la hauteur de 5 pieds hors de terre. Après cette première barrière , il y en avait une seconde dont la hauteur était de 6 pieds. Au point central de cette double barrière , on avait laissé de chaque côté un espace de ]8 pieds ou s'élevaient deux amphithéâtres qui se trouvaient ainsi l'un en face de l'autre. L'un de ces amphithéâtres , tendu en draps d'or et de soie , était garni d'un magnifique tapis. On y voyait un riche fauteuil au-dessus duquel était un dais également somptueux. Cet amphithéâtre était réservé pour l'empereur , l'autre pour le connétable. Aux deux centres de gauche et de droite de la barrière s'élevaient également deux amphithéâtres richement décorés , mais toutefois moins somptueux que les deux autres ; ils étaient destinés pour les parens et amis de chaque combattant. A côté de ces amphithéâtres il y avait une tente ou le chevalier devait être armé. Le terrain de la place était bien pavé et recouvert de sable , pour qu'on ne glissât pas. Le combat devait commencer à onze heures. L'empe-. reur arriva le premier , et s'assit sur son trône. On lui présenta une verge d'or , laquelle Sa Majesté devait jeter dans la place , lorsqu'elle jugerait convenable de mettre fin au combat. Les seigneurs de la cour ^ les officiers de la couronne , les ambassadeurs des pripces étrangers ,'les gardes de l'empereur étaient auprès de Sa Majesté ; derrière étaient les tambours , les trompettes et les musiciens.
» Un moment après vint le connétable , à qui ses cheveux blancs donnaient un aspect vénérable ; il était alors âgé de plus de soixante ans , mais robuste : l'air fier et sa bonne mine annonçait bien la haute qualité de sa personne. Yétu d'une longue simarre de drap d'or , il montait un superbe cheval richement caparaçonné.
» Sa suite se con^iposait de quarante gentilshommes vêtus de la même manière et marchant à pied à côté de son cheval ; ses greffiers étaient à cheval , vêtus de robes noires de drap de soie, leurs chevaux couverts de housses de serge bleu foncé. On portait devant le connétable , capitaine général du royaume ,
et juge suprême de l'armée, une épée dans son fourreau ( parce que le roi était présent ). ^rës celui qui portait l'épée y venait le héraut d'armes, portant sur sa cotte d'armes celles de la mai* son de Vêlas co y usage que l'Espagne a retenu des Romains, qui l'avaient adopté dans leurs combats ou entreprises militaires.
» En arrivant au milieu de la place , vis-à-vis le trôn^ de l'empereur, le connétçibl^ lui fit un salut profond , après quoi il vint s'asseoir à la place qui lui était réservée. La garde à pied et à cheval de l'empereur cerna la barrière , et ne laissa plus approcher personne. Aussitôt parut don Pèdrede Torrellas qui avait porté le défi ; il était accompagné de son héraut d'armes : l'amiral de Castille lui servait de parrain. Celui-ci était accompagné du duc de Béjar, de celui d'Albuquerque et de beaucoup d'autres grands seigneurs. Il était en pourpoint d'or et de soie , doublé de martre. On portait devant lui une hache d'armes, un estoc, un bouclier sur lequel étaient peintes les armes de sa maison , et les autres armes dont il devait se servir dans le combat. A son bouclier était suspendu le cartel oii on lisait les conditions du combat. Arrivé vis-à-vis de l'empereur, il s'inclina profondément ; se tournant ensuite du coté du connétable , il le salua de même , et marcha droit à sa tente.
» Don Jérôme de Ansa , appelé au combat par Torrellas parut à son tour. Son vêtement était le même que celui de son adversaire , à l'exception de la fourrure qui était d'hermine. Il avait pour parrain le marquis de Brandebourg. Celui-ci était accompagné du duc de Naxera , de celui d'Albe , du com.te de Benavente , du marquis d'Aguilar et de beaucoup d'autres grands seigneurs ; on portait devant lui l'écu de ses armes, comme j'ai déjà dit qu'on avait fait pour Torrellas. Après avoir salué l'empereur et le connétable, il se rendit à sa tente. On apporta aussitôt les armes , les boucliers , les casques avec lesquels il devaient combattre , et lé tout fut déposé sous les yeux du connétable. Le connétable fit appeler les deux chevaliers ; un prêtre tenait un missel de ses deux mains sur sa poitrine, ils jurèrent l'un et l'autre à Dieu, sur les saints évangiles, et sur celui de la page ouverte , en y portant la main , qu'ils allaient comibattre pour la défense de leur honneur ; que leur cause était juste;
qu'ils n'en avaient point d'autre ; qu'ils se feraient bonne guerre, sans ruse ni supercherie , qu'ils n'useraient ni de maléiice , ni de sortilèges , ni de poisons , ni de pierres ; qu'ils combattraient francbiement et loyalement avec leurs armes , employant uniquement la force et l'adresse de leur personne , et comptant sur l'assistance de Dieu , de saint George et de sainte Marie , qui prendraient soin de la justice de leur cause. Aussitôt, chaque parrain fit apporter dans une caisse les armes qui furent déposées devant le connétable.
M Le connétable les examina , les fit peser , tant les épées que les haches d'armes , les harnais et les casques dont les combattans devaient se servir. Ensuite il ordonna qu'on les mît dans une balance , parce que le poids devait être le même de chaque cÀté, et ne devait pas être de moins de soixante livres : cela fait, on porta ces armes à chaque chevalier. Ensuite un chevalier de chaque côté alla assister à l'armement du combattant du côté opposé , afin de s'assurer qu'il ne prenait pas d'autres armes que celles qui lui auraient été remises par le juge du champ. Le connétable descendit dans la place , et , avec une imposante gravité , il acheva de donner les derniers ordres pour que tout fût en règle ; ensuite , accompagné de douze chevaliers , il se plaça à l'un des angles de la place , droit devant lui. Trois chevaliers furent en même temps placés à chacun des trois autres angles. Les trompettes sonnèrent , et le premier crieur de Fempereur , s'arrêtant à chacun des quatre coins du champ , publia à haute voix le ban que voici :
« De par le roi et son connétable ,
» Tant que les chevaliers combattront, il est défendu à toute » personne , sous peine de la vie , de faire du bruit , d'encoura- » ger les combattans par des paroles , gestes , sifflemens , signes » de tête , de la main ou du corps , et d'aucune manière qi|él- » conque, de les intimider ou exciter , de les irriter ou distraire , » de leur faire prendre ou quitter les armes , excepté ceux qui » sont ici chargés d'y veiller. »
M La publication achevée, Torrellas sortit de sa tente , armé
ToM. I. Caldvron. 28
434 NOTE HISTOKÏQLIE
de toutes armes , et suivi de son parrain. Il portait une hache d'armes à l'antique et son épée au c6të. Le connétable lui crie : « Qui étes-vous , chevalier? Pourquoi entrez- vous ici tout ar- » me ? » Torrellas déclare son nom , et dit la cause de sa querelle , qu'il veut terminer par la voie des armes. Le connétable lui ordonne d'ôter son casque et montrer son visage. Torrellas se découvre. Le connétable le reconnaît ; il est admis , remet son casque et va se placer à l'un des angles de la place , oii les trois chevaliers qui s'y trouvent le reçoivent au milieu d'eux. Le connétable va s'asseoir au milieu des douze chevaliers qui occupaient on autre angle du champ.
» Don Jérôme de Ansa sortit aussitôt de sa tente, de la même manière que l'avait fait Torrellas , et se rendit vers le connétable , qui le reçut avec les mêmes cérémonies que son adver^ saire , et lui indiqua sa place auprès de trois autres chevaliers qui l'attendaient à l'angle opposé à celui oii s'était placé 7brrelias.
» Alors le connétable marcha vers l'amphithéâtre ou trône qui lui était réservé , et s'assit sur son siège.
» Bientôt la trompette sonna de nouveau. Les deux chevaliers prêts à combattre , et leurs parrains , se mirent à genoux et firent leur prière , implorant l'assistance de Dieu. Après quoi chaque parrain donna l'accolade à son chevalier , l'exhortant à combattre comme bon gentilhomme qu'il était , et , prenant congé d'eux, ils se retirèrent chacun à sa tente.
» La trompette donne le signal du combat. Torrellas $* avance fièrement vers son rival ; Ansa se présente aussi de bonne grâce, toutefois d'un pas plus calme que Torrellas, Dès le premier choc , celui-ci déchargea un si rude coup sur la tête de son adversaire , qu'il le fit reculer de quelques pas tout étourdi ; mais reprenant ses sens , il répondit aussitôt à Torrellas par des coups non moins vigoureux. Ils combattirent furieusement de la sorte pendant assez de temps , et tout à coup se rapprochant ou se séparant avec impétuosité l'un de l'autre , ils se portèrent tour à tour les plus rudes atteintes : les haches d'armes étaient en pièces ; ils luttèrent corps à corps. L'empereur voyant qu'ils étaient l'un et l'autre bons et vaillans chevaliers , qu'il serait dommage
que l'un des deux ou tous deux peut-être mourussent dans un combat de cette nature , et jugeant qu'ils avaient bien fait leur devoir et défendu leur honneur avec une égale intrépidité , jeta la verge d'or qu^il tenait à la main , au milieu du champ , comme signal qui annonçait la fin du combat. A l'instant trente chevaliers , qui gardaient le champ , accoururent et séparèrent les deux combattans, non sans beaucoup de peine , tant ils étaient acharnés et déterminés à s'arracher la vie : ils élevaient la voix «t réclamaient l'un et l'autre l'hooneur de la victoire. L'empereur décida la question : il déclara que tous deux avaient bien combattu et soutenu leur honneur et leur réputation , et qu'ils étaient victorieux l'un et l'autre.
n Le connétable descendit de son siège , et vint relever respectueusement la verge d'or qui était par terre , la baisa , la porta sur sa tête , et , se mettant à genoux devant l'empereur et lui baisant la main , il lui remit la verge d'or. L'empereur lui ordonna de faire en sorte que les deux chevaliess redevinssent amis, de leur dire de sa part que sa majesté le voulait ainsi , parce qu'ils avaient bien fait leur devoir l'un et l'autre comïne bons et braves chevaliers, qu'il les estimait tous deux et les regai^ait comme tels ; qu'il serait désormais plus convenable qu'ils exerçassent leur courage et leur adresse contre les ennemis de la foi, là cil il n'y aurait que de la gloire à gagner en toute sûreté de conscience. Malgré ces ordres suprêmes , les deux gentilshonmies persistaient avec tant d'obstination à ne pas obéir aux invitations de l'empereur , à vouloir achever le combat , que le connétable irrité , les poussa tous deux hors de la place chacun du côté par lequel il y était entré , et les menaça des peines les plus terribles s'ils osaient encore une fois prendre les armes l'un contre l'autre. L'empereur , indigné de leur entêtement , les fit renfermer dans des châteaux oii ils restèrent long-temps , jusqu'^à ce que , las d'être privés de leur liberté , ils consentirent à devenir amis et en donnèrent leur parole; mais ils ne le furent jamais de bon cœur. M
L'ALCADE DE ZALAMÉA
NOTICE
L'ALCADE DE ZALAMÉA
L'Alcade de Zalaméa est une bonne composition dramatique. On y trouvera peu de défauts, aucun d essentiel 5 et , ce qui est le plus remarquable , les unités suffisamment respectées.
Le caractère de Pèdre Grespo, et celui du général Figueroa, personnages très-historiques, sont excellens et parfaitement soutenus d un bout à Tautre. Les connaisseurs n'hésitent pas à citer cette pièce comme Tune des meilleures de Caldéron... CoUot-dHerbois en a fait le Paysan magistrat. Voici Forîginal- il est bien supérieur à la copie, malgré les ornemens dont on a voulu enrichir celle-ci.
A l'exception de quelques bouflbnueries triviales, de certaines invocations au soleil , à la lune, aux étoiles, etc., et dune demi-douzaine
44o NOTICE
de caleinibours ^ taches qui se rencontreat nécessairement dans toute comédie espagnole ^ U Alcade de Zalaméa est un ouvrage plein d'esprit ^ de raison et gaieté. L'intérêt est vif et ne languit pas^ Faction n'est pas trop compliquée; elle marche droit au dénoûment.
Je ne dis rien de la manière dont la pièce est écrite ; Galdéron n'est ni moins bon pbëte , ni moins heureux versificateur que Lope de Yega. Il manie sa langue avec une. rare supériorité; il aflecte même de rechercher les détails qui semblent, le moins propres à recevoir les ornemens du style poétique , pour se jouer de la difficulté.
On croit ^ et Fauteur le dit lui-même^ qu'il a pris son sujet dans l'histoire; je Fignoré, et ne m'en suis nullement inquiété. Il est certain que la loi n'accorde point aux alcades subalternes des facultés aussi étendues. Cependant les Espagnols ne reprochent point à Caldéron Finvraisemblance du dénoûment... Il y a du courage de sa part à mettre sur la scène un gentillâtre pour le couvrir de ridicule ^ un officier pour le livrer à la justice civile, en le dépouillant du privilège {fiiero ) d'être jugé par les
SUR L'ALCADE DE ZALAMÉA. 441
tribunaux militaires. C'était attaquer à la fois la noblesse et l'armëe , qui ^ dans tous les pays monarchiques^ forment deux classes redoutables. Mais les comiques espagnols ont tout dît et tout mis sur la scène. La plupart des pièces deCaldéron se jouaient à la cour de Philippe IV, comme celles de Molière en présence de Louis XIV. Ces rois absolus étaient moins sévères que les censeurs d office.
J. d'ësménard.
L'ALCADE DE ZALAMEA
PERSONNAGES