ACTE II, SCÈNE III
théâtre. ) Le trouble ^ la douleur quç je remarque chcE elle et chez lui,... Hier soir... Ah ! mon Diçu ! mes soupçons ne sont que trop fondes. Écoute, mon cher Juan, il faut éclaircir ce mystère. Parlons bas, qu'as-tu , dis-le-moi , qu as-tu ?
* DON JDA.N.
; J ai • • , . Je ne sais • laissez-moi .
|. DONA BÉATRICE
Écoute; personne ne nous entend , nous pou- Tons parler en toute sûreté : mon frère est dans son Imreau, occupe de ses comptes. Isabelle....
DON JUAN
Ah! laissez-moi.
DONA BÉATRICE
Je t'entends , et je sais tout maintenant. Tu fais bien de t'en aller et je te conseille de ne pas apporter à ton départ le moindre délai. Hàte-toi; Thon- Benr passe avant tout .le reste : tu es sage, tu es homme de bien, tu ne sais pas combien je te tiens compte de ta conduite.
DON JUAN
Mais.... à propos de quoi?
DONA BÉATRICE
Je sais tout ; dispense-toi de feindre avec moi : personne ne me l'a conté, mais depuis hier j'observe et.... Écoute, je sais comment s'est passé ton enfance, les occasions que vous avez eues, les dispositions aimantes que tu as toujours montrées, la tendresse;... enfin, je me souviens de tout. Dieu en a disposé autrement; qu'y faire? Je vois bien
192 LE VIEILLARD ET LA JEUNE FILLE, quelle douleur tu as dû éprourer , je le sens ; mais quel moyen d'y remédier? aucun. Moucher ji Juan y mets un long espace de pays entre elle et toi , et cela bien vite , bien vite. Pour le reste , il faut laisser faire au temps^
DON JUAN
Quand dëtruira-t-il cette passion?
(Us^assied.) DONA BEATRICE.
Je ne puis te rien dire que tu ne te sois déjà dit à toi-même : je ne désire que ton bien. Si tu n aspas de maison où aller ^ j'en ai une à ta disposition: mais si tu veux rester à Cadix*., ce que je n'approuve pas.... Enfin , si tu y restes, songe fcien à jeter tes vues* d'un autre côté; ne va pas non plus te consumer dans la solitude ; tes amis qui t'aiment €t qui sont nombreux t'offriront des distractions; ne donne point matière à la médisance. C'est ime mauvaise action que de troubler la paix d'itn ménage et d'en chasser l'amour et le repos, pour y introduire la discorde. Tu l'as aimée, je le crois; elle t'a payé de retour , rien de plus naturel ; mais ell^ n'est plus à toi.
DON JUAN
Si un misérable ne lui avait pas fait violence; et n'avait pas, par d'infâmes moyens, circonvenu son innocence, je ne la verrais pas au pouvoir d'un.anf tre; elle serait h moi. Si nos cœurs ont été.ccéà pour s'aimer, mIs devaient être unis par le ùomi le plus saint... Ah ! qui a pu les séparer? qui a. pu rompre ce nœud?.... Quel tourment!
ACT£ II, SCÈNE lit, {93
BiOVà BÉATRICE.
Le mal est ei^e^re Urès-HiaeiMl; «t î^ «e amis fxfint surprise de t'entendre parler ainsi; mais plul'tard...
DON JDAN.
Oui, plus lard, quaiklje serai mort.
DON A BËAtit40E.
Au nom de Dieu....
DOK 4X1 A*.
Et il y a sur la terre de la justice, de la vertu, * .-> du respeçf^ p€n^ t^ ikeiq^0|rii|f'|3st tto^i qu'on u^e du pouvoir paternel envers une 'jeune li lie innocente, et que, se prévalant du 'prétexte de l'éducation^ on tyrannise un jeune cœur où . l'aonxMir se &Ât déjà sentir! Quelle iniquité lequel odieux ^sacrifice ! Quant à elle , troublée par la pudeur et par le mespect^ timide, abusée, isolée...^ 41 *i'»est que trop vrai, elle ne ppiwaift fi>ire gjxe çe^u eUe » j^ijt • Tant de ^<;^^ns réiwis contre ma chièr^ J^jelle^ l..,'£t uj^i Igiii^o^ g^orais, élo^goiéd'ejLle d|ex;^ut lî^es^ .dévoué ^par 4e tristes soupçons! Elle^ Jalouse saiitô pfiotif, J^l^ot contre mille embûches!. Malheureuse ! à quelle af- «
diction , à quelle doulfeur *lle dut être en proie!
Et la pitié , la vertu , habitent srur la terre! Je ne le crois pas.
- » (Jl se \èv^ )
1>0*NA BÉATRICE
Ak, «BîKMîftteuî tu tne "désespères, mon. cher'5uan. 0ârfis q«el «bafttcment , dans quelle désdlatÎQn je te vois^!
DOW »UAN.
Ginès!
Théâtre de Moratin, I '-J
i9i LE VIEILLARD ET LA JEUNE FILLE,
DONA BÉATRICE
Un homme raisonnable doit songer....
DOM JUAN
Ginès! •
DONA BÉATRICE
Tu ne m'écoutes pas.