ACTE I, SCÈNE IV
Je voudrais seulement qu^elle s'expliquât .librement au sujet de notre union projetée^ et...
D'ONA IRÈNE
Vous entendriez les mêmes choses que je vous ai déjà dites.
Oui, je n'en doute pas; mais, apprendre que je mérite d'elle quelque attachem^pt, en le lui entendant dire de sa petite bouche si gracieuse , serait poiurnxoi une satisfaction inappréciable.
DONA IRÈNE
N'ayez pas , sur ce point, la plus légère défiance, et mettez-vous bien dans la tête qu'il n'est pas permis à une jeune fille de dire avec ingénuité ce qu'elle ressent. Il serait déplacé , monsieur Diego , qu'une demoiselle ayant de la pudeur , et élevée comme Dieu l'ordonne, osât dire à un homme : Je TOUS aime.
Bien ; si c'était un homme qu elle trouvât par hasard dans la rue, et qu'elle lui décochât cette faveur à la première vue, assuréinent la demoiselle ferait fort mal ; mais un homme avec qui elle doit se marier dans peu de jours, elle pourrait bien lui dire quelque chose qui... D'ailleurs, il y a certaines façons de s'expliquer ...
DONA IRÈNE
Avec moi, elle use de plus de franchise^ à chaque instant nous parlons de vous, et elle manifeste
en tout l'afTection particulière qu elle a pour vous... Avec quel jugement elle parlait hier soir, après que vous fûtes vous coucher ! je ne sais ce que j'aurais donné pour que tous eussiez pu l'entendre.
DOn DIEGO.
Comment ! elle parlait de moi?
• DONÂ IRÈNE
Et qu'elle pense- bien , au sujet de la préférence que doit donner urne créature jeune comme elle à un mari d'un certain âge , ayant de l'expérience , mûr et d'une conduite ....
Bah! elle disait cela.
DONâ IRÈNE.
Non; c'est moi qui le lui disais, et elle m'écoutai t avec une attention ! comme pourrait le faire une femme de quarante ans, la même chose. .. Oh! je lui ai dit de bonnes choses... et elle, qui abeaucoup de pénétration, quoiqu'il soit mal à moi de le dire.... Çà , n'est-ce pas une pitié, monsieur, de voir comme se font les mariages ati jour d'aujourd'hui ? on marie une enfant de quinze ans avec un chiffon de dixhuit ans, ou bien une de dix-sept avec un autre de vingt-deux : elle , enfant sans jugement ni expériectce , et lui , enfant aussi , sans aucune idée de sagesse, ni connaissance de ce q^e c'est que le monde. Eh bien! monsieur (car c'est là ce que je voulais vous dire ), qni gouvernera la maison? qui commandera aux domestiques? qui instruira et cor^ rigera lefe enfans? car il arrive aussi que ces étour-